‹ Contes populaires berbèresChapitre 79 sur 104 · MOITIÉ DE COQ · texte numérisé non relu

MOITIÉ DE COQ

(go) Le texte et la transcription de ce récit, qui m’a été conté à Cherchel en 1 885 par Moh’ammed ‘Abdi, ont été publiés dans mon Recueil de textes et de documents relatifs à la philologie berbère ( Bulletin de Correspondance africaine , 1 885 , p. 317-326).

(gi) Le conte de Moitié de coq existe dans diverses provinces de France avec des détails plus ou moins différents. Entre toutes, la version de la Haute-Bretagne est une des plus semblables à celle de Kabylie : une femme partage un coq avec son mari; la moitié qui lui appartient trouve une bourse d’or que le roi lui enlève; elle se met en route pour la reprendre et emmène sous son aile le renard, le loup et la Seine. Arrivée à Paris, elle est jetée par ordre du roi dans la basse-cour, dont le renard dévore les habitants, puis dans l’écurie pour être foulée aux pieds par les chevaux ; ceux-ci sont égorgés par le loup; enfin dans un bûcher qui est éteint par la Seine; le roi est obligé de rendre à Moitié de coq la bourse qu’il lui avait enlevée (P. Sébillot, Contes des paysans et des pécheurs , p. 3iy-32i). La version poitevine de Mouété de quene (Moitié de cane) est identique à celle de la Haute-Bretagne : l’échelle et le rocher ont été ajoutés aux trois auxiliaires de la cane (P. Sébillot, Contes des provinces de France, p. 28t-28g). Une autre recension ( Bout de canard), mais où manque le loup, a été pu-

bliée par M. Ch. Marelle {Contes et chants populaires français, ap. Herrig’s, Archiv fur das Studium der neueren Sprachen, Brunswig, 1876). Dans un conte du pays messin recueilli par M. Nérée Quépat (René Paquet), Moitié de coq, allant réclamer une bourse d’argent, est sauvée par l’échelle, la rivière et le loup ( Mélusine , t. I, 1877, p. 181-182). En Picardie, Coquelet (le petit coq), allant à Paris vendre une perle, s’adjoint pareillement la rivière, le renard et le loup qu'il cache sous sa queue. Un fermier lui donne l’hospitalité dans son étable; il fait dévorer les moutons par le loup ; un aubergiste le loge dans le poulailler, il fait croquer les volailles par le renard; pour punir un paysan qui le faisait coucher sous une chaise, il lâche la rivière qui noie tous les environs et arrive sans encombre à Paris (Carnoy, Littérature orale de la Picardie, p. 2 14 2 1 7). — La version albanaise {le Coq et la Poule , Dozon, Contes populaires albanais , n° 23) est plus rapprochée du kabyle : le coq va chanter dans le jardin du roi qui le fait enfermer dans son trésor où il se gorge de sequins, puis fait le mort. On le jette dehors; il revient vers son maître qui, sur son conseil, le suspend par les pattes et le frappe à coups de bâton jusqu’à ce qu’il ait dégorgé l’or qu’il avait avalé. Une voisine veut s’enrichir de même avec sa poule; celle-ci avale des serpents sur le conseil du coq, et lorsque sa maîtresse la suspend et la frappe, les reptiles sortent et la dévorent. Diverses versions de ce conte se rencontrent chez les Slaves du sud : trois ont été recueillies par Matija Kracmann Valjavec (Krauss,

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Sagen und Mœrchen der Süd Slaven, t. I, n° 26, p. 95-97, Coq et Poule). Dans celle-ci, un mari et une femme, en se séparant, se partagent tout ce qu’ils possèdent : le premier prend le coq, la seconde la poule. Elle refuse un œuf à son mari malade; celui-ci congédie le coq qui va chercher fortune : il rencontre le loup, le renard, le ruisseau, le rucher qu’il loge dans son corps, et arrivé à une ville chante une chanson injurieuse pour le roi : celui-ci le fait jeter dans l’écurie dont le loup tue les chevaux ; dans la basse-cour des oies qui sont étranglées par le renard, dans un poêle qu’éteint le ruisseau. Le coq, qui chaque fois a entonné sa chanson, est repris et mis dans la chambre du trésor, mais les abeilles empêchent les serviteurs d’en refermer les portes; il en profite pour se couvrir de ducats qu’il rapporte à son maître. La femme envieuse envoie à son tour sa poule chercher fortune; elle ne lui rapporte qu’un denier, une épingle et des cailloux : la femme va demander pardon à son mari qui se réconcilie avec elle. On remarquera que, comme le texte kabyle, la version slave et l’albanaise possèdent la contre-partie morale du conte; la punition de l’envieuse qui croit réussir par les mêmes moyens; de même nous retrouvons dans la première les formules en vers par lesquelles le coq appelle ses alliés à son secours, sa chanson contre le roi et les paroles qu’il adresse à son maître à son retour, paroles imitées par la poule. D’un autre côté le kabyle qui a conservé, comme les recensions occidentales, le personnage singulier d’une moitié d’animal, l’explique par un par-

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tage qui, dans les textes orientaux (slave et albanais), porte, d’une manière plus raisonnable, sur un coq et une poule. Le kabyle nous a donc conservé la forme la plus ancienne de ce conte : peutêtre l’a-t il emprunté à l’arabe d’où il serait également passé, par l’intermédiaire du turc, en albanais et en slave. La source immédiate des versions occidentales (bretonne, poitevine, picarde et lorraine) est plus difficile à établir.

4a. — LE PRÉSENT DE LA FÉE

(92) Le texte et la transcription de ce conte qui m’a été communiqué à Frendah en 1 883 par Ould Tedjini, ont été publiés dans la troisième Série de mes Notes de lexicographie berbère (p. 73, 76-77).

(93) Dans les traités de démonologie musulmane, on appelle 1 If rit les génies qui enlèvent les femmes (L1 Abchihi, Mostat'ref , t. II, p. 161). La métamorphose de la cendre en pièces de monnaie, se rencontre fréquemment dans les diverses littératures : quelquefois ce sont des pierres, des charbons, de la paille, des débris de plats à la place de la cendre. Cf. un conte lorrain : le Fiove don père C/ialât : pour avoir gardé la vache des fées, il reçoit une pelletée de braises qu’il jette; un seul morceau resté par hasard, devient un louis d’or (Adam, Les patois lorrains, p. 408- 409). Dans un conte de Bendorf, une jeune fille, après avoir essayé en vain d’allumer du feu pen-

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dant la nuit, emprunte à trois reprises des charbons incandescents au foyer de trois inconnus qui disparaissent sur le coup de minuit. Les charbons s’éteignent, et le lendemain ce sont des lingots d’or (Gottschalck, Die Sagen und Volksmcerchen der Deutschen, p. 17-22. Sommer, Sagen, Mcerchen und Gebrceuche aus Sachsen, p. 65). La même histoire est contée à Wiedenbrüch en Westphalie où une servante, sans voir personne, reçoit la défense de prendre plus de trois fois des charbons merveilleux Stahl, ( West phælische Sagen und Geschichten , t. I, p. 1 1 9) . D’api ès un conte recueilli à Halle, un tailleur et un orfèvre reçoivent d’un vieux kobold qui leur a rasé les cheveux et la barbe, des charbons qui, le lendemain, sont devenus des lingots d’or : en même temps, leurs cheveux et leur barbe ont repoussé. L’avidité excite l’orfèvre à retourner à la même place-, le kobold le rase et lui donne des charbons qui n’éprouvent aucune métamorphose : bien plus, l’or de la veille redevient du charbon et l’orfèvre reste chauve (Sommer, Sagen, Mcerchen und Gebrceuche aus Sachsen , p. 67). A Weislingen, en Souabe, le même miracle s’opère (E. Meier, Deutsche Sagen , Sitten und Gebrceuche aus Schwaben, t. I, p. 5q). Dans d’autres légendes, ce sont des pierres : D’après les Persans, Alexandre (Dzou‘l Qarnain), après avoir échoué dans la recherche de l’eau de la vie, rencontre dans le pays des Ténèbres l’ange Serouch qui lui remet, ainsi qu’à ses soldats, des pierres grandes comme une obole. Lorsqu'ils reviennent à la lumière, ils trouvent ces cailloux changés en pier-

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res précieuses (Vogelstein, Adnotationes quædam ex litteris orientalibus petitæ ad fabulas quœ de Alexandro magno circumferuntur , p. 17). Le pseudo Callisthène rapporte la même aventure, mais sans faire intervenir l’ange (Weismann Alexander, Gedicht des qwœlften Jahrhunderts, t. II, p. 1 35- 1 3y). A Friedringen, sur le Danube, ce sont des pierres ramassées dans les ruines d’une ville antérieure à la guerre de Trente-Ans, qui deviennent de l’or (Meier, Deutsche Sagen , Sitten und Gebræuche aus Schvaben , t. I, p. 41)). Un conte allemand, recueilli à Holfta, prèsd’Eisleben, met en scène l’empereur Otton dans le Kifthæuser : il donne un rameau à chacun des musiciens qui lui jouent une sérénade : ceux-ci jettent le présent, à l’exception d’un seul qui trouve, le soir même, son rameau changé en or; ses compagnons essaient, mais inutilement, de retrouver les leurs. Un berger qui parvient à pénétrer dans la grotte reçoit des charbons qui se transforment en or; un autre obtient une quille qui subit la même transmutation (Sommer, Sagen, Mœrchen und Gebræuche aus Sachsen, p. 1). Près des ruines du château de Hohenkræhen, en Souabe, deux apprentis qui ont joué aux quilles avec des «c Poppele » et perdu tout leur argent, trouvent, en s’en allant, une boule égarée du jeu, laquelle devient d’or massif (Meier, Deutsche Sagen, Sitten und Gebræuche aus Schwaben, t. I, p. 77). Dans un conte de l’Amiénois, le Dimanche on ne doit pas travailler , recueil. i par M. Carnoy, un bûcheron qui a rompu l’enchantement des nains en achevant la

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chanson qu’ils chantaient, reçoit en re'compense un sac de feuilles sèches qui se changent en écus d’or quand sa femme les a aspergés d’eau bénite ( Mélusine , t. I, p. 239-240). De même en Allemagne, la sage-femme qui a délivré la femme d’un nixe, obtient pour son salaire autant de balayures qu’elle en peut porter; ces ordures se transforment ensuite en or (Kühn, Mcerkische Sagen, p. 81 ; Müllenhof, Sagen aus Schleswig, Holstein und Lauenburg , p. 407 ; Wolf, Deutsche Mcerchen und Sagen, p. 80). Dans la version arabe d’un conte berbère que j’ai donné plus haut (n° XXIV), trois jeunes filles assassinées qui apparaissent à un joueur de guitare lui laissent, comme salaire, des écorces d’orange qui, le lendemain, deviennent des pièces d’or, des perles et des diamants (Bresnier, Cours de langue arabe , p. 607). Dans la forêt de Tippelsdorf, ceux qui, après avoir rencontré des religieuses, coupent de l’herbe, la voient se changer en serpents; s’ils les tuent et les rapportent à la maison, ils trouvent de l’or. Pareille métamorphose existe en Saxe pour des navets froids comme glace et découverts sous l’herbe (Sommer, Sagen, Mcerchen und Gebrœuche aus Sachsen, p. 67). Une primevère cueillie par un berger d’Eibensbach qui la met à son chapeau, devient pareillement de l’or. Il y a ici un jeu de mots sur le nom de la fleur ( Schlüssel-blutn , fleur-clef) qui doit servir à désenmorphoser des êtres ensorcelés (Meier, Deutsche Sagen, Si tien und Gebrceuche aus Schwaben, t. I, p. 37). Des tiges de pois, à Dornhein, ont la même propriété (Meier, Op. laud., p. 62);

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à Kiebingen, près de Rotenburg, il s’agit de grains d’orge (Meier, Op. laud., p. 5 1 ) ; près de Mühlheim, sur le Danube, une pauvre femme cueille des feuilles qui se changent en or (Meier, Op. laud., p. q5-5o). De même à Kalw (Meier, Op. laud , p. 5o). Le plus souvent, c’est de ia paille ou un brin de paille qui est ainsi transmuté : dans un conte recueilli à Pfüllingen, trois brins de paille renfermés dans une boîte sont la récompense d’une sage-femme qui a accouché une fée dans le château d’Urschelberg. Comme dans presque tous les récits de ce genre, la sagefemme jette deux des brins de paille : le troisième, qu’elle a gardé par mégarde, se.change en or. Dans une variante du même récit, les trois brins sont renfermés dans trois lettres (Meier, Op. laud., t. I, p. 1 6- 1 8). Une « petite femme de la terre » ( Evdweible ), près de Loft'enau, attache au chapeau d’un individu un lien de paille qui se change en or quand l’homme rentre chez lui (Meier, Op. laud., t. I, p. 46). Près du lac de Heitzenbach en Souabe, une sage femme qui a aidé à la délivrance d’une ondine, reçoit pour prix de ses services de la paille qu’elle jette ensuite, sauf un brin qui reste atttaché après elle et qui devient de l’or (Meier, Op. laud., t. I, p. 68). Un bourgeois de Forbach, dans le pays de Bade, qui a accompagné une ondine sortie du lac Mummel, obtient comme récompense une tresse de paille qui se transforme de même (Meier. Op. laud, t. I, p. 71). A Eybach, en Souabe, un enfant qui a osé se faire descendre dans la grotte des fées est également gratifié

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d’une poignée de paille qui se change en or quand il revient à la lumière (Meier, Op. laud., t. I, p. 21). A Rotenburg, une poignée de paille trouvée par un enfant devient de l’argent (Meier, Op. laud., p. 52). Des débris de vaisselle, ramassées à Würmlingen, devant une cave où habite un serpent à couronne d’or, se trouvent être des morceaux d’argent (Meier, Op. laud., t. I, p. 28-29) : deux morceaux de tôle placés sur une fourmillière, sur le mont Urschel, près de Pfüliingen, ont la même propriété Meier, Op. laud., 1. 1, p. 5o). Dans le Tyrol, on raconte la même métamorphose de quelques morceaux de fer blanc, mais la jeune fille qui les avait trouvés était entrée à l’église le jour de la Saint-Jean (Von Alpenburg, Mythen und Sagen Tirols, p. 332), etc.

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