‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 10 sur 107 · I. — TAZEROUALT · texte numérisé non relu

I. — TAZEROUALT

HISTOIRE DE LA JEUNE FILLE QUI VOYAGEAIT AVEC LES GAZELLES (l)

(i. était un homme qui avait un garçon et ItS '•'"^ G.\\e. Un jour il voulut faire le pèlerinage; il bâtit une maison, y fit une fenêtre et alla dire au moueddin :

(i) Stumme, ALerchen der ScMuh' von lazeriuult, Leipzig, Hinrich éd., 189;, in-8. p. 4*6, 77-81.

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— Par Dieu, voici de l'argent; va chaque matin à cette fenêtre, demande à ma fille si elle a besoin de quelque chose et apporte-le-lui jusqu'à ce que je revienne du pèlerinage.

Là-dessus, le moueddin répondit :

— Bien.

Cet homme partit avec son fils. Un jour le moueddin devint amoureux de la jeune fille; elle ne voulut pas de lui.

— Quand ton père reviendra, lui dit-il, j'inventerai un moyen pour qu'il te jette sur la route ou qu'il te tue.

Elle lui répondit :

— Tu feras ce que tu \oudras.

— Bien, dit-il.

Le père revint du pèlerinage avec son fils. Le moueddin lui avait envoyé en route une lettre où il écrivait:

— Ta fille s'est moquée de toi et t'a déshonoré; tu ne peux plus revenir ici ; tous les gens du village le savent.

Le père reçut cette lettre ; il la lut et le malheureux s'affligea. Il fit partir son hls avec cet ordre :

— Par Dieu, mon fils, va à la maison, applique une échelle, entre et dis à ta sœur de se mettre en route avec toi. Tu la conduiras dans le désert, tu l'cgorgeras, tu m'apporteras ses vê-

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tements et une gorgéede sang-quejeboirai pour refroidir ce qui est dans mon cœur.

Ce jeune homme répondit :

— Bien, mon père.

II partit, arriva à la maison, prit une échelle et monta. Su sœur se réjouit de le voir etluidit :

— Salut sur toi, mon frère.

Il ne lui fit pas de réponse. Un peu après, il lui dit :

— Ton père m'a ordonné de t'emmener dans le désert pour t'égorger.

— Bien, mon frère, répondit-elle.

Elle s'apprêta et partit avec lui.

Il l'emmena dans le désert, lui enleva ses vêtements, la chassa dans la solitude en lui disant :

— Ma sœur, ne reviens jamais dans notre maison.

— Bien, mon frère, dit-elle.

La jeune fille partit dans le désert et le jeune homme s'en retourna. II trouva un lièvre en chemin ; il le prit, l'égorgea, remplit une outre de son sang et le porta à son père : celui-ci le but. Ils partirent et rentrèrent dans leur pays, mais ils ne purent trouver quelqu'un qui tînt des propos sur la jeune fille.

A présent, revenons à elle.

Elle alla dans un désert oii elle trouva des ga-

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zelles; elle se joignit à elles, mangea de l'herbe avec elles; ses cheveux poussèrent jusqu'à la couvrir complètement.

Nous allons maintenant parler d'un roi. Un jour il sortit avec ses amis pourchasser. Quand ils arrivèrent dans ce désert, ils firent lever les gazelles et virentla jeune filleau milieu d'elles. Quand ils l'eurent aperçue ilss'en retournèrent. Le roi fit faire cette proclamation :

— Qui peut m'amensr la jeune fille qui est avec les gazelles i

Un Juif vint lui dire :

— Seigneur^ si cette jeune fille est un être humain, jeté l'amènerai; si elle est des génies, je ne pourrai rien faire.

Le roi répondit :

— Bien, Juif, va. et pratique ton art. ■

Il alla remplir deux plats de couscouss : dans l'un il n'y avait pas de sel; dans l'autre il y en avait. Il mit dans ce désert une assiette où brûlait du feu : il y plaça aussi les deux plats, puis il allaépier cette jeune fille. Celle-ci arriva et, trouvantde la nourriture et du feu, elle s'assit pour en manger. Elle ne toucha qu'au plat où il y avait du sel. Elle mangea jusqu'à ce qu'elle fût rassasiée et se chauffa à ce feu. Le Juif recommença cela pendant huit jours ; ensuite le feu affaiblit les genoux de la jeune fille;

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE Sj

des cavaliers arrivèrent, la prirent et l'amenèrent au roi. Celui-ci l'épousa et la noce dura huit jours. Elle resta une année avec lui et mit au monde un fils. Il avait observé qu'elle ne parlait pas. Il dit au Juif:

— Fais en sorte qu'elle parle.

— Bien, mon seigneur, dit le Juif.

Il alla trouver la jeune femme quand elle chantait à son fils dans le lit, prit l'enfant et lit mine de le lancer par la fenêtre. La femme s'élança et voulut crier : la boule qui était dans son gosier sortit; elle parla. Le Juif se retira; le roi arriva et fut joyeux : pendant sept jours, il fit des réjouissances parce que sa femme

parlait.

Le temps se passa. Un jour le vizir entra chez

cette femme et voulut l'aimer. Elle lui dit :

— Va- t'en!

Le vizir reprit :

— Aujourd'hui cela n'a pas lieu, mais le temps viendra.

— Ni maintenant, ni jamais, répliqua-t-elle. Le vizir lui dit :

— Si tu ne veux pas, je tuerai ton fils.

— Je lie veux pas; tue-le.

Il alla prendre cet enfant, le frappa contre la muraille, puis il sortit.

La femme se leva, revêtit ses ellets et partit

38 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

dans le désert. Elle marcha jusqu'à ce qu'elle arriva dans une solitude. Elle y trouva un berger qui faisait paître les brebis.

— Par Dieu, lui dit-elle, donne-moi cette brebis, je te donnerai cet anneau.

— Bien, dit le berger.

Elle prit la brebis, l'égorgea, enleva la peau du ventre, la lava, la mit sur sa tête et elle ressembla à une teigneuse. Quand elle arriva à une ville, elle loua une boutique, y établit une pâtisserie, changea ses vêtements pour des habits d'homme et vendit des gâteaux. Les gens la prcniiient pour un homme.

Revenons maintenantà son père et à son frère. Le premier passa une année entière sans que personne lui parlât de sa fille soit en bien, soiten mal. Il demanda à son fils:

— Mon fils, as-tu tué ta sœur ou non ?

— Non, mon père, répondit-il ; je Tai seulement chassée dans le désert.

Le père reprit :

— Mon fils, allons la chercher.

Ils marchèrent tant qu'ils arrivèrent à cette ville. 11 y avait aussi le moueddin qui était arrivé dans cette ville, ainsi que le roi et le vizir, tous pour chercher cette femme. Dieu les fit s'y rencontrer. Ils entrèient tous dans cette boutique. La femme leur dit :

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE Sq

— Par Dieu, je vous invite à passer la nuit cliez moi; vous êtes étrangers; moi aussi je le suis, nous nous raconterons des histoires.

— Bien, dirent-ils; et ils partirent de là. Quand ils eurent fait la prière du soir, ils

allèrent chez cette femme. Elle leur prépara un repas, leur apporta des gâteaux, leur fit du thé et leur dit :

— Qui de vous racontera une histoire?

Ils répondirent :

— Que raconterons-nous ? Nous n'avons pas de récit à faire. Raconte-nous quelque chose, toi.

— Bien, dit-elle; je vous raconterai unehistoire amusante.

Alors elle leur lit le récit de tout ce qui lui était arrivé. Quand elle eut fini, elle ajouta :

— Voici mon père, voici mon frère, voici mon mari, voici le moueddin, voici le vizir qui a tué mon fils.

Alors elle dénoua sa chevelure et leur montra sa tête. Son mari la prit et l'embrassa, de même son père et son frère.

Le père de la jeune femme saisit le moueddin et regorgea ; le mari saisit le vizir et le tua.

Il emmena sa femme dans son pays. Le père devint son khalifah; il fit une fête pendant sept jours. On me donna dans ce festin un peu de miel etde beurre, puis je les laissai pour venir ici.

It. — DEN'I SAID

LE KOI KT LA SORCŒHK (l)

[l y avait autrefois une sorcière. Un jour, elle se mit à mendier devant la maison du roi. La négresse du roi sortit et lui apporta une aumône. La vieille lui dit :

— Je voudrais parler à la reine.

— Attends, répondit la négresse, je vais la consulter.

Quand elle eut consulté sa maîtresse, celle-ci répondit :

— Fais-la entrer.

Quand la vieille fut entrée, elle se mit à pleurer.

— Pourquoi pleures-tu ? demanda la reine.

— Madame, de mon métier, je calcule la destinée; j'ai fait ce calcul pour mon seigneur; j'ai trouvé qu'il a sept enfants et j'ai trouvé qu'il les tuera lui-même.

Après cela, la reine lui donna ce que Dieu lui donna. La vieille sortit.

(i) René Basset, Etude sur Us dialectes herbères du Rif marocain. Paris, 1899, in-8°, p. 126-130.

La reine demeura l'esprit surpris : sa crainte devint de la stupéfaction ; son visage changea. La mère du roi entra chez elle et lui dit:

— Ma hlle, qu'est-ce que tu as? Qu'est-ce qui te trouble ?

Elle appela un nègre et lui dit :

— Va dire à ton maître qu'il vienne tout de suite.

Le nègre partit, alla trouver son maître et lui dit:

— Viens dans ta maison ; il y a quelqu'un qui te demande tout de suite.

Le roi se leva et courut chez lui; il trouva sa femme toute changée. Il lui demanda:

— Qu'as-tu ?

Elle lui répondit:

— Une vieille est venue et m'a dit : Le roi a sept tils; ce sont des hommes; ils mourront et ce sera lui la cause involontaire de leur mort.

Le roi dit :

— Les paroles ne sont que des mensonges. Je vaisenvoyerdeschaouchschercher après la vieille partout où elle sera ; ils l'amèneront devant moi ; je cacherai quelque chose et je verrai si elle le trouvera.

Les chaouchs amenèrent la sorcière. Il cacha un anneau dans une gargoulette d'eau. Quand la vieille arriva, il lui dit :

— Tu sais tout, sorcière ?

— Oui, dit-elle, ô roi.

n reprit :

— Clierche-moi une chose, si tu la trouves, je te donnerai une mesure d'argent.

La vieille répondit:

— Voici, je suis prête.

Elle se mit à calculer, puis elle dit au roi :

— Il te manque un anneau d'or.

— Oui, dis-moi qui l'a volé?

— Personne ne te l'a volé: c'est toi qui te l'es volé toi-même.

— Si je me le suis volé, dis-moi où il est.

— Attends que j'examine.

Elle se mit à calculer et dit:

— Voilà ton anneau dans la gargoulette d'eau sur la fenêtre.

Le roi fut stupéfait de son intelligence ; il lui donna de l'argent et lui dit :

— Ce soir, ne passe pas la nuit dans mon pays.

La vieille s'en alla.

Quatre jours après qu'elle était partie, un autre roi vint attaquer celui-ci pour le chasser de son pays. Il dit aux principaux de son conseil :

— Décidez ce que nous ferons avec ce roi qui nous attaque.

Quelqu'un lui dit :

— Interroge la vieille femme pour qu'elle nous conseille.

Le roi envoya des gens chercher la sorcière. Quand ils furent sortis de la ville, ils trouvèrent un homme qui disait :

— Ne fais rien à Dieu, Dieu ne te fera rien. Ils le saisirent et l'emmenèrent au roi. Celuici lui demanda :

— Que disais-tu ainsi ?

11 répondit :

— Ce que je disais est la vérité.

Le roi dit aux chaouchs :

— Mettez-le en prison jusqu'à demain.

I! ajouta après avoir réfléchi :

— J'éprouverai si tes paroles sont la vérité.

Il ht une galette de blé et y mit du poison. Le lendemain, il fit sortir l'homme de prison et lui dit :

— Prends pour toi cette galette ; tu partiras tout de suite; je ne veux pas que lu restes ici; si je te prends, je te couperai la tête.

Les fils du roi étaient partis à la chasse. Ils allèrent à une montagne loin de la ville et restèrent à chasser jusqu'à ce que la chaleur pesât sur leurs chevaux. Alors ils descendirent sous un arbre à l'ombre. L'un d'eux vit un homtnj qui marchait sur la route. Les fils du roi n'avaient pas emporté de quoi manger, ils avaient

faim. Quand ils virent l'homme sur la route, ils remontèrent à cheval et arrivèrent sur lui. Ils lui dirent :

— As-tu du pain sur toi ?

— J'en ai ; ne fais rien à Dieu^ il ne te fera rien.

Ils lui enlevèrent celte galette, s'en retournèrent à l'endroit où ils étaient et se la partagèrent. Chacun en donna un morceau à son lévrier. Quand ils eurent mangé de ce pain, ilsmoururent, eux et les lévriers, il ne resta que les chevaux et les armes.

Des voyageurs arrivèrent, se rendant à la ville du roi ; ils trouvèrent les chevaux seuls avec leurs selles et l'or. Ils se dirent entre eux :

— Ces chevaux sont ceux du roi.

Ils les lui amenèrent. Quand ils furent arrivés et quand il les vit, le roi se frappa le front et dit :

— Tous mes enfants sont morts; ce que m.'avait dit la vieille est arrivé.

Il fit monter à cheval tous ses gens pour chercher après SCS enfants; ils les trouvèrent tous morts et les rapportèrent sur des mulets. Quand ils furent tous arrivés, leur père poussa un seul cri et tomba mort.

e) Berbères du Sénégal.

LA GUEULE TAPEK, LA HYENE ET LE LION (l)

N raconte que la gueule tapée alla un ^ylÀ jour à la chasse et trouva un œuf. Elle le mit entre ses pattes, le poussa avec la tête, puis se traîna sur le dos jusqu'à ce qu'elle arriva à une marmite où elle voulait faire cuire Fœuf pour son fils.

Tandis qu'elle soulevait la marmite, arriva une hyène qui voulut la prendre. Elle frappa la gueule tapée, lui arracha son plat et voulut chercher, pour le manger, un endroit où elle serait seule. Elle songea à la grotte de son aïeule qu'elle se figurait connue d'elle seule.

Elle se leva et y courut rapidement par la route. Mais quand elle y entra, il y avait un lion endormi. La hyène, sans le savoir, posa la marmite sur sa tête. Le lion se leva furieux; la hyène, qui ne l'avait pas d'abord aperçu, lui dit :

— Voici ce que te donne ma mère.

Puis elle le laissa et se sauva.

(1) René Bisset, y,ouveaux Coules berhcrcs, p. 9-11.

46 CONTES POPULAIRES d'aFRIQLE

AVENTURES DANGEREUSES (l)

|ES individus étaient en voyoge. En chemin ils s'arrêtèrent chez des anthropophages. Quand ceux-ci les virent la nuit, ils se mirent à se réjouir, les saisirent tous et les emprisonnèrent dans des cages de fer, deux par deux dans chaque cage. La nuit et le jour, à chaque moment, ils leur donnaient à manger. Quand ils furent gras, ils en mangèrent trois.

Une nuit que les anthropophages dormaient, un des prisonniers, qui était avisé, chercha un moyen de sortir, lui et ses compagnons. Quand il eut fait un trou par où pouvaient sortir deux hommes, tous s'évadèrent par là. Le bruit du fer réveilla les gens qui se mirent à leur poursuite avec leurs lions et leurs serpents. Ils les reprirent tous, excepté deux, desquels était l'avisé ; ceux-ci se sauvèrent parce que, en entendant les anthropophages sur leurs traces, il avait fait une hutte d'herbes oij ils s'étaient cachés, de sorte qu'ils ne furent pas aperçus.

Quand leurs ennemis furent partis, ils cnle-

(i) René Basset, Nouveaux Contes hirbèies, f . 172.

vèrent l'herbe et s'endormirent. A son réveil, l'avisé sentit son pied allégé ; il s'aperçut qu'un lion avait dévoré son compagnon, sauf le pied. Il demeura stupéfait et effaréjusqu'à ce qu'il fut sorti de l'antre du lion et s'enfuit. Il aperçut une tente au loin, vers laquelle il se dirigea; il y vit tine femme qui lui dit :

— Sois le bienvenu et le bien accueilli. Puis elle lui dit de s'asseoir sur sa natte, mais

sous elle était un trou. On voulait l'emprisonner, mais il n'y avait pas que cela. Quand il se fut assis, elle tira la natte par dessous, l'avisé tomba dans un puits et la natte fut replacée sur lui. Il resta là jusqu'à ce qu'arriva le maître de la tente, portant deux hommes qu'il avait égorges. Sa femme lui raconta ce qu'elle avait dit à l'avisé, puis ajouta :

— Va le tuer aussi, il est plus gras qu'eux. Le prisonnier saisit le maître de la maison par

ses longues tresses, le tua et dit à la femme qu'il était son mari. Elle le fit remonter. Alors il l'effraya et l'obligea de lui livrer tout ce qu'ils possédaient en fait d'ornements, d'argent, de parures, d'esclaves, de chameaux, de moutons et de brebis. Elle lui donna tout cela et il revint vers les siens.

f) Touareg.

AMMAMEI.LEN ET ELIAS (l).

(2PAnSMMAMELLEN avait Une sœur, et toutes les

(U^lrl r- • . ,1

v,'i^>7 rois qu elle mettait au monde un garçon,

'""''*^'*^ il le tuait. Les choses se passèrent ainsi

jusqu'à ce qu'un jour, étant accouchéeen même

temps que sa négresse, la sœur d'Ammamellen

donna son fils à la négresse et prit avec elle celui

de cette dernière. Ammamellen vint, saisit cet

enfant et le tua. Le fils de la femme libre resta

chez l'esclave; il grandit et devint homme. 11

s'appelait Elias.

Il n'est rien qu'Ammamellen ne tentât pour

l'attirer dans un piège et le tuer ; mais Elias

était plus rusé que lui et il ne put accomplir

ses projets de meurtre.

Un jour, Elias alla trouver Ammamellen ; il

avait très soif et Ammamellen connaissait de

l'eau dans la montagne, mais il ne voulait pas

dire où elle était. Le sol de la montagne était de

rocher nu et ne conservait pas l'empreinte des

(i) Haiioteau, Essai de grammaire iamachck, Paris, i8éo, in-8, p. 148-161.

pieds. Ammamellen allait la nuit avec ses nègres faire boire les troupeaux et rentrait pendant que tout le monde dormait encore. Elias prit les souliers des nègres et les enduisit de graisse. Le lendemain, il suivit leurs traces. Là où les souliers avaient touché le rocher, ils avaient laissé de la graisse. 11 put ainsi arriver jusqu'à l'eau.

Ammamellen l'avait vu et le suivait. Au moment où Elias penché sur l'eau s'apprêtait à boire, il aperçut dans l'eau l'image d'Ammamellen qui tirait son sabre et allait l'en frapper sur la nuque; il s'élança de l'autre côté et s'enfuit.

Ammamellen revint à sa tente. Un jour, il alla dans une vallée et, avec des pieds d'animaux morts, il y fit des traces de chamelles, de chèvres, de brebis et d'ânes; il y mit aussi trois vieux chameaux : l'un borgne, l'autre galeux et le troisième ayant la queue coupée. Il rentra chez lui et le lendemain, il dit à Elias :

— Va visiter cette vallée là-bas, tu nous diras ce qui s'y trouve.

Elias alla voir la vallée et lorsqu'il fut de retour, Ammamellen lui dit :

— Eh bien, as-tu visité cette vallée ?

— Oui, répondit Elias, je l'ai visitée.

— Et que s'y trouve-t-il ? Le pays te plaît-il, oui ou non ?

50 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

— II nie plaît, seulement il y a des traces d'animaux morts et trois vieux chameaux dont l'un est borgne, l'autre galeux et le troisième a la queue coupée.

— Comment distingues-tu la trace d'un animal vivant d'un animal mort?

— La trace d'un animal vivant revient sur elle-même, tandis que celle d'un animal mort ne revient pas.

— A quoi reconnais-tu qu'un vieux chameau est borgne ou qu'il a ses deux yeux ?

— Le chameau borgne mange toujours les arbres du côté de son bon œil.

— Et le chameau galeux ?

— On reconnaît un chameau galeux parce qu'il se gratte à tous les arbres qu'il rencontre.

— Et qui te fait distinguer un chameau dont la queue est coupée de celui qui a saqueue ?

— Lorsqu'un chameau qui n'a pas de queue vient à fienter, les crottes restent en tas, tandis que celui qui a sa queue s'en sert pour les disperser.

Un jour Ammamellen alla dans un certain endroit et ramassa beaucoup d'herbes dont il fit ' plusieurs tas. 11 revint et dit à Elias:

— Demain, tu iras à tel endroit et tu rapporteras l'herbe que j'y ai mise en tas.

Le lendemain, il prit les devants et se blottit

CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 5i

dans un tas d'herbe, attendant Elias pour letuer. Celui-ci vint et rassembla toute Therbe, excepté un tas dont il ne voulut pas s'approcher. Ses compagnons lui dirent :

— Tu as rassemblé tous les tas d'herbe, pourquoi laisses-tu celui-là ?

— Celui-là respire^ dit Elias ; les autres ne respirent pas.

En entendant cela, Ammamellen se leva précipitamment, saisit son javelot elle lança contre Elias qu'il manqua. Il s'écria alors:

— Va, je m'incline devant toi, fils de ma sœur ! que ma sœura enfanté et qu'elle a fait enfanter à ma négresse.

LE GARÇON ET LES AUTRUCHES (l).

T^frt^i- y avait un garçon qui s'en alla seul P?!^ dans le monde. Il alla dans la plaine ^^''^ déserte. Tous les animaux le fuyaient. ÎI alla d'abord aux gazelles ; elles le fuirent. Il alla aux antilopes mohor ; elles le fuirent.

(i) Masqueray, Ohirvaiious grammaticahs sur la grammaire touareg et t;xles de la Tcm.ihaq ties Taîloqs, publiés par René Basset et GauJefroy-Demonibyues, Paris, E. Leroux, 1S96-1897, ia-8, p. 164-165.

52 CONTES POPULAIRES d'aFRKJUE

11 alla aux antilopes addax; elles le fuirent. Il alla aux antilopes tihammin ; elles le fuirent. Il alla aux lions ; ils le fuirent. Il alla aux tahouris ; elles le fuirent. Il alla aux éléphants; ils le fuirent. Et toujours ainsi jusqu'à ce qu'il arriva aux autruches ; elles restèrent près de lui; il habita avec elles; il devint leur compagnon. Quand elles se couchaient, elles ouvraient leurs ailes et il s'endormait entre elles. Elles l'habillaient de leurs plumes. Il mangeait leur nourriture excepté le /essor (arbuste épineux) et les petites pierres qui étaient trop dures pour lui. Quand il grandit, ses cheveux grandirent sur lui et il en vint à les porter traînant à terre. Un jour, des hommes montèrent sur des chevaux; ils le suivirent à la trace car il était parmi elles ; ils les suivirent jusqu'à ce qu'elles se levèrent de dessous un arbre. Les épines de l'arbre le saisirent et le retinrent' jusqu'à ce qu'ils le trouvèrent près de mourir. Ils l'oignirent de parfums; il reprit ses sens. Il leur dit:

— Les autruches sont meilleures que tous les animaux.

Lorsque les siens apprirent cela, ils dirent:

— Nous jurons de ne jamais tuer les autruches à cause du bien que nous avons vu d'elles.

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