IV. — HAOUSSA
HISTOIRE DE L HOMME, DE SES DEUX FEMMES ET DE SES CHIENS (l).
iN homme dit à ses deux femmes :
— Je vais dans la forêt; si j'attache mes deux chiens, que personne ne les lâche. Il ajouta :
— La femme qui déliera mes chiens à mon insu, je la répudierai à mon retour et elle reviendra chez les siens.
11 possédait de beaux chiens, grands et petits; il les attacha dans sa maison. Il prit sa flûte, sa gibecière et sa hache et s'en alla dans la forêt. Il marcha, il marcha; le dragon le vit et s'avança vers lui. L'homme s'enfuit et monta sur un arbre, un grand arbre; il prit sa flûte et en joua. Les chiens qui étaient dans la maison, entendant le son de la fiûte, bondirent et aboyèrent. Une des femmes dit en voyant cela :
{i) Schœn, Magaiia Hnusa, Londres, 1SS5, in-i6, p. 151- 152 ; R. Bisset, Contes haotissas, tSCélusim, t. III, 1886-1887, col. 22;.
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— Qu'est-il arrivé à ces chiens pour bondir cl aboyer ainsi? Je vais les lâcher.
L'autre femme répondit:
— Non, ne les lâche pas; tu lui as entendu dire : Que personne ne lâche mes chiens quand j'irai dans la forêt.
L'autre reprit :
— Je les détacherai.
La seconde ajouta :
— Si tu les lâches, il se fâchera contre toi quand il reviendra et tu t'en iras dans ta famille.
— Peu m'importe, je les détacherai.
— Va, dit la seconde, détache-les, je n'ai plus rien à te dire.
La femme alla lâcher tous les chiens qui partirent pour la forêt : ils arrivèrent sur le dragon qui arrachait les racines de l'arbre; il les avait toutes enlevées excepté une qui maintenait l'arbre sur lequel était l'homme. En arrivant, le grand chien saisit le monstre par derrière et le terrassa; les autres le tuèrent; leur maître, rempli de joie, descendit de l'arbre. Il revint à la maison et dit :
— Qui a lâché mes chiens ?
La seconde femme dit :
— C'est elle qui les a détachés, bien que je l'eusse avertie de ne pas le taire.
Le mari reprit :
— Va-t'en; je ne t'aime plus; si elle n'avait pas détaché les chiens, je serais mort à présent. Vat'en, je ne t'aime plus.
Il répudiacelle qui n'avait pas délié les chiens et laissa l'autre rester dans la maison tandis qu'il renvoyait sa compagne. Il vécut avec une femme et ses chiens dans sa maison. C'est fini.
LE MOINEAU ET LA POULE (l)
k^E moineau vint dire à la poule :
'^ — Poule, tu as des ailes, pourquoi ne peux-tu pas prendre ton vol comme je le fais ?
— Parce que je ne suis pas telle, répondit la poule.
Le moineau reprit :
— Pourquoi parler ainsi ?Tu as des pieds, des ailes comme les miennes et tout ce qui est lians mon corps existe dans le tien.
Lorsque la poule l'entendit, elle fut mécon-
(1) Schœn, M.igan.i haus.i, p. I46-I4S; R. BAsset, CcnUs liJûiisSiis, col. 227-228.
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tente et ne voulut pas écouter les paroles du moineau.
— • Va-t-en, dit-elle, couche-toi dans le désert ; laisse-moi dormir dans la maison ; le langage que tu m'as tenu ne me plaît pas.
— Puisque tu ne veux pas écouter mes paroles, demain les gens te prendront dans la maison ; ils te tueront et mangeront ta chair : tu n'as pas d'intell'gence ; alors que je viens Rapprendre la sagesse, tu me repousses ! Bientôt, lorsque tu verras les gens venir te tuer, tu sauras alors comment sauver ta vie!
La poule continua :
— Va-t'en, je n'ai que faire de toi.
— C'est bien, dit le moineau.
Il partit et alla se poser sur un arbre.
Lorsque l'aurore arriva, le maître de la maison prit un bâton pour tuer la poule. Celle-ci, en le voyant, s'envola, traversa la maison de son maître, poussa des plaintes et dit :
— Ce que m'avait dit hier le moineau est arrivé et j'ai refusé de l'écouter.
Le moineau, posé sur un arbre, dit à la poule :
— Entre dans l'herbe ; si ton maître te voit, il te tuera. Quand tu seras entrée dans la verdure, ne bouge pas, reste tranquille.
Elle l'écouta et s'enfuit dans le fourré. L'homme chercha dans l'herbe après elle sans
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la trouver. Le soir, il s'en alla se covicher. En le voyant partir, la poule sortit et retourna à sa première place qu'elle avait quittée. Le moineau lui dit :
— S'il vient pour te tuer, ponds un œuf; quand il le verra, il dira : la poule pond des œufs, je ne la tuerai pas ; mais il prendra l'œuf et s'en ira le faire cuire avec du sel, le mangera et sera content. Chaque matin, il viendra chercher à l'endroit où tu pondras un œuf. Voilà le conseil que je te donne ; ne l'oublie pas.
La poule lui dit :
— Je te remercie, mon frère. J'agirai, comme tu me l'as recommandé, aujourd'hui, demain, jusqu'à ma mort ; je te remercie beaucoup.
Le moineau ajouta :
— Si tu écoutes mes paroles, les gens ne te tueront pas d'ici quelque temps.
Puis il s'en alla. L'histoire de la poule et du moineau est finie.
58 CONTES POPULAIRKS d'aFRIOUE