‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 20 sur 107 · TRAVESTISSEMENT · texte numérisé non relu

TRAVESTISSEMENT

)N homme labourait son champ dans la saison d'hiver, avec un attelage à deux bœufs, lorsqu'un individu, fils du péché, se dirigea de son côté, se dépouilla de son bur-

(l) Cherboniieau, Exercices peur la lecture des manuscrits arabes, Piris, Hachetie, 1853, in-8, p. 53-54,62-64.

Il6 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

nous et se mit à laver sans eau. Le laboureur, voyant ce manège, se réjouit parce qu'il avait soif. Le drôle eut bientôt ramassé son burnous et vint droit à lui :

— Que Dieu t'assiste ! lui dit-il.

— Que Dieu te bénisse, repartit le laboureur, qui ajouta aussitôt :

— Je meurs de soif.

— Eh quoi ! fit l'autre ; il y a de l'eau tout près d'ici et tu meurs de soif!

— Comment t'appelles-tu ? demanda le laboureur.

— Je me nomme Meddih.

— Mon cher Meddih, fais-moi le plaisir de garder iues deux bœufs jusqu'à mon retour.

Il partit, mais quand il revint, le gardien et l'un des deux bœufs avaient disparu. Aux cris désespérés du laboureur, notre compère arrive avec un nouveau costume.

— Qu'as-tu à crier ainsi? lui dit-il en l'abordant.

— On m'a volé un bœuf.

— Cours vite à sa recherche, ajouta l'homme au déguisement.

— Ton nom ? demanda le laboureur.

— Je m'appelle Moulhiq-Khouh (j'emmène son frère).

— Eh bien, mon cher Moulhiq-Khouh, aie la

complaisance de me garder ce taureau jusqu'à ce que je revienne.

Cela dit, il se mit à courir pendant que notre homme complétait son œuvre. A son retour, le laboureur ne trouva plus ni homme ni taureau. Il en perdit la tête et grommela entre ses dents :

— Qu"on vienne un peu me prendre le soc et la charrue !

LES RICHESSES DE LA K.\La'aH (l)

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JN raconte qu'une caravane y était venue pour acheter de l'huile. Arrivée à la porte d'El Adjeraoua, cette même Adjeraoua dit aux gens qui la composaient :

— Que voulez-vous ?

Ils lui répondirent :

— Nous désirons acheter de l'huile.

— Combien en voulez-vous ?

— Cent charges, dirent-ils.

Elle donna des ordres à ses serviteurs qui leur vendirent de l'huile jusqu'à concurrence de la quantité demandée, après quoi il en resta une quantité considérable. La caravane emporta l'huile et parvint à un endroit près de Ras el

(l) Méquesse, Notice sur la Kalaa des Béni Hammad, Revue Jfricaitie, Alger, Jourdan, t. XXX, 1886, p. 502.

Il8 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE

Oued, dans le Riras-Dahras. Mais Adjeraoua, qui avait vendu l'huile, trouva une souris morte dans l'huile qui restait ; elle leur envoya un messager pour leur dire que l'huile qu'ils emportaient était corrompue, de revenir en prendre d'autre et de jeter celle qu'ils avaient, à l'endroit où ils se trouvaient, à Ras el Oued. Ils revinrent et elle leur mesura la même quantité d'une autre huile. C'est pourquoi le lieu où ils ont jeté l'huile, nommé Ras el Oued, a été appelé Merdj ez Zit (pré de l'huile), nom qu'il porte encore aujourd'hui.

MOULEY VAQOUb ET SON FILs(l)

;s sultan Mouley Yaqoub ben Mansour régnait dans le Maghreb. Un jour vint à lui un serviteur de Sidi Bel Abbès es Sebti qui lui demanda sa fille en mariage. Le sultan lui répondit :

— Si ton but est d'épouser ma fille, apportemoi une pierre comme celle-ci.

C'était un rubis Le serviteur alla sur-le-champ chez son maître Sidi Bel Abbès et lui raconta ce qui s'était passé entre lui et le sultan. Le cheikh

(i) René Basset, Ne'droiiuh ei les Traras, Paris, Leroux, 1901, in-8, p. r.05-209.

lui ordonna d'aller à la rivière et de lui rapporter autant de pierres qu'il pourrait, semblables à celle qu'il avait vue dans la maison du prince. Le disciple obéit et toutes ces pierres rapportées de la rivière devinrent des rubis. Quand le roi vit cela, il lui donna en mariage sa fille Sâfyah. La nuit des noces, le disciple entra chez son épouse; le mur se fendit; son maître Sidi Bel Abbès entra par là et dit à son disciple :

— Si tu as pour but ce bas-monde, tu y es ; mais si tu as l'autre pour but, suis-moi.

Alors le mari abandonna sa femme et partit en compagnie du cheikh. Le lendemain elle écrivit à son père une lettre pour lui demander de venir chez elle. Quand il fut arrivé, elle lui dit :

— Tu n'es pas roi.

Et elle lui raconta ce qu'avait fait son mari et le maître de celui-ci. Au matin, le sultan ordonna de prendre ce qu'il avait amassé dans son trésor ; il confia le gouvernement à un fils qu'il avait, appelé Es Soltân el Akh'al et se voua à l'abstinence des choses de ce monde. Sa fille Sâfyah le suivit. Ils se rencontrèrent un jour d«ns le désert et ils vinrent ensemble dans la ville de Tlemcen.

Mouley Yaqoub ben Mansour raconta que la dame qu'il avait avec lui était sa femme, et il se mit à fabriquer des matelas pendant l'espace de

deux ans. A cette époque, régnait à TIemcen un roi nommé El Ablaq el Fertas. Un jour, les voisins de Mouley Yaqoub beii Mansour allèrent tous chez le roi et lui dirent :

— Le matelassier a une femme douée de beauté et de grâce; ordonne-lui de la répudier et tu l'épouseras.

Le sultan de TIemcen lui envoja exposer ces paroles. Quand le matelassier l'apprit, il jura qu'il ne répudierait jamais sa femme. Mais comme le prince insistait, il demanda un délai de trois jours pour délibérer. Dans l'intervalle il écrivit un billet à son fils qui résidait dans la capitale, lui demandant de venir avec ses soldats. Quand il fut arrivé à TIemcen, il entoura la ville, lui ordonna de tuer son roi et elle le tua. Puis il emmena son père et sa sœur Sâfyah ; il alla trouver le prophète de Dieu Youcha (Josué), bâtit la muraille autour de son tombeau et, après avoir égorgé quarante taureaux, il partit pour sa capitale avec son père et sa sœur. Quand ils fur rent entrés dans leur pays, le cheikh Sidi Bel Abbés vint les trouver avec son disciple et ils le saluèrent. Puis le serviteur en question prit sa femme Sâfyah que précédemment Mouley Yaqoub lui avait donnée en mariage.

e) Arabe du Maroc.

LE HIBOU (l)

)l était une pauvre femme qui avait un fils. Ils ne possédaient qu'une chèvre. Ils regorgèrent et mangèrent sa chair. Le lendemain, le fils dit à sa mère :

— Porte cette peau au marché. J'irai te l'acheter; assurément un juif viendra aussi pour te l'acheter et il te trompera. Je veux y aller et faire réussir l'affaire : nous arriverons, le juif et moi, et nous mettrons une enchère sur la peau.

Ils surenchérirent de sorte qu'elle arriva à cent mithqals. Ils la vendirent au Juif, emportèrent les cent mithqals lui et sa mère, et ils achetèrent des moutons qu'il emmena paître.

Dans la forêt, il rencontra un hibou dans une maison déserte. L'oiseau cria :

— Mouak !

Le berger demanda :

— Combien m'en donnes-tu ?

— Mouak.

(l) Socin et Stumme, Dcr arahische Dialeht d,r Hotnvara, Leipzig, Hirzel, J894, in-8, p. 34-37,98-99.

— Cent réaux ?

— Mouak.

Ils recommencèrent.

— Que Dieu t'en fasse profiter! (marché conclu), dit le berger.

Il rentra à la maison et dit à sa mère :

— J'ai vendu le troupeau.

— A qui ?

— A un hibou.

— As-tu jamais vu les gens vendre à des hiboux?

— Je le lui ai vendu. C'est fait.

— T'a-t-il payé ?

— Je suis convenu avec lui de quinze jours. Quand le délai fut passé, il retourna à cette

maison et rencontra le hibou qui lui dit :

— Mouak.

— As-tu apporté l'argent?

— Mouak.

— Donne-le.

Alors il lui lança une pierre. Le hibou s'envola. Le jeune homme le suivit jusqu'à son trou : il y entra et trouva une marmite pleine de réaux. Il en prit cent pour prix des moutons et s'en revint à la maison.

— Le hibou m'a payé, dit-il à sa mère.

— Où cela?

— Dans sa demeure.

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— Tu connais le chemin de l'endroit où il t'a payé ?

— Oui, je le connais.

Sa mère alla avec lui au trou du hibou ; ils entrèrent, prirent la marmite pleine de réaux et revinrent à la maison.

La femme prit son fils et le cacha dans la cave. Elle apporta un moulin et un crible pour moudre et cribler l'eau. Les gens vinrent lui dire le lendemain :

— Lâche ton fils.

Ils allèrent le voir et le saluèrent.

— Salut! leur dit-il ; que béni soit le bien qui nous est tombé hier!

— Quel bien, demandèrent-ils.

— J'ai passé la nuit avec la pluie et le tonnerre. Quand il eut recouvré la raison, elle le fit sortir

du silo et le maria à une jeune fille.

L'histoire est terminée; je les ai laissés et je suis venu ici.

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