‹ Contes populaires dAfriqueChapitre 21 sur 107 · XIV. — GHEEZ (I · texte numérisé non relu

XIV. — GHEEZ (I

LA VISION DE SAINT lARED (ï)

IjN ce jour, le 2 de ghënbot, s'endormit dans le Seigneur lâred le musicien, pareil aux séraphins. Il était des parents d'Abbâ Gédéon, un des prêtres de l'église métropolitaine d'Aksoum. Comme Abbà Gédéon avait commencé à apprendre les Psaumes de David au bienheureux làred, celui-ci ne pouvait les retenir longtemps. Sonmaîtrele frappantetle tourmentant, il s'enfuit dans le désert, s'assit à l'ombre d'un arbre et vit un ver qui montait sur l'arbre. Quand il était arrivé à la moitié, il tombait à terre. Il recommença souvent et arriva, non sans peine, au hautde l'arbre, làred, ayant vu le zèle du ver, se repentit en lui-même, revint vers son maître et lui dit :

— Pardonne-moi, ô mon maître 1 fais-moi ce que tu voudras.

(i) Le gbeez, aujourd'hui éteint, est demeuré la langue liturgique et savante de l'E;liiopie

(2) Dillmann, Chreslomctta alhiopica. Leipzig, Weigel, 1876, in-8, p. 54.

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Son maître spirituel l'accueillit. Alors il demanda en pleurant au Seigneur de lui ouvrir l'esprit des livres anciens et nouveaux. Puis il fut tait diacre. A cette époque, il n'y avait pas de notation dans la liturgie. Le Seigneur envoya à lârcd trois oiseaux du paradis terrestre qui conversèrent avec lui dans la langue des hommes et l'enlevèrent avec eux vers la Jérusalem céleste où 2 1 prêtres des cieux lui apprirent les modes de musique. Lorsqu'il revint à lui, il alla dans la sainte église métropolitaine d'.\ksoum vers la troisième heure et cria :

— Alléluia au Père! alléluia au Fils! alléluia au Saint-Esprit! Il a créé le ciel comme la première Sion ; il a apparu à Moïse pour qu'il lui construisît le tabernacle.

Il appela ce mode musical Aryam. Au bruit de sa voix, le roi et la reine accoururent avec l'évêque, les prêtres et les grands et demeurèrent là à l'écouter. Il disposa les cantiques selon les saisons, d'une année à l'autre: ceux du printemps, de l'hiver, de l'été et de l'automne, d'après les fêtes et les dimanches ; ceux des anges, des prophètes, des martyrs et des justes, d'après trois modes qui sont le ghéé^, le éjél et l'ardrâi. Il ne dépassa pas les trois modes correspondant aux paroles des hommes, aux chants des oiseaux, aux cris des animaux. Lorsque lâred chanta, il

était au-dessous du roi Gabra-Masqai, et lorsque le roi entendit sa voix, son bâton de fer pénétra dans le pied du saint : il en coula beaucoup de sang, sans que lâred s'en aperçût, jusqu'à ce qu'il eût fini. A cette vue, le roi en fut effrayé, arracha le bâton de son pied et lui dit :

— Demande ce que tu voudras, pour prix de ce sang qui a coulé.

lâred l'adjura en ces termes :

— Laisse-moi aller me faire moine.

Le roi, l'ayant entendu, s'affligea avec tous ses fonctionnaires, mais il craignit, en l'empêchant, de manquer à son serment. lâred, étant allé à l'église, se tint près de l'arche de Sion et dit :

— Sainte et heureuse! louée et bénie! honorée et exaltée!

Si bien que dans sa perfection il s'éleva de terre à plusieurs coudées. Puis il alla vers le désert de Samèn, y demeura dans le jeûne et la prière, y fatigua beaucoup son corps et y accomplit sa lutte. Dieu lui promit qu'on invoquerait son nom et qu'on ferait sa commémoration.

4^ LE SOLITAIRE ET LES FEMMES (l).

ORSQUE Yohani eut douze ans, le vieillard (qui l'avait élevé) réfléchit :

— C'est mon fils, se disait-il : son instruction est terminée; je le mènerai à l'évêque pour qu'il devienne diacre.

Il partit avec Yohani et, s'étant un peu éloigné de sa demeure, il fit route pendant une demijournée. L'enfant vit dix femmes qui portaient de l'eau dans des jarres: elles étaient nues et avaient les seins allongés.

— Mon père, demanda Yohani, qu'est-ce que ces êtres singuliers et séduisants, qui ont quatre pieds et les cheveux longs?

Auparavant, il n'avait jamais vu de femme. Le vieillard réfléchit :

— Voici, dit-il, que mon fils n'a jamais connu sa mère, ni rien du siècle; pourquoi luiapprendrai-je la différence qui existe entre la femme et l'homme? Puis s'adressant à lui :

— Mon enfant, ce sont des démons impurs

(i) René Basset, Vie d'Jbha Yohnni. Alger, 1885. in-8, Fontar.a, p. l8-iq.

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qui prennent l'âme dans leurs rets ; si tu en vois encore, jette-toi dans le précipice.

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