LXII. — NYASSA(i
HISTOIRE DE l'hOMME QUI ÉTAIT UN TROMPEUR (2)
j^l^^N homme arriva à un certain village et S^^^ rencontra plusieurs jeunes filles à qui il '"^■'^ demanda :
— Où allez-vous?
— Nous allons à un mariage; voulez-vous nous r.ccompagner ?
L'homme accepta d'aller avec elles, et ils partirent tous ensemble.
Quand ils arrivèrent au village où ils allaient, ils entrèrent tous dans le parc à bétail, se mirent a danser et, à la fin du jour, ils se séparèrent pour aller dormir dans diverses huttes.
Il arriva que ie lendemain matin, tous allèrent dans les roseaux et y restèrent. Les chefs du village préparèrent la fête du mariage en tuant plusieurs bêtes. Les filles furent alors rappelées
(i) Le Nyassa est parlé sur les bords du grand lac de ce nom. (2) Elmslie, Follilore taies of Central-AJrica, Fu!l;-!ore, t. III. Londres, D. Nutt, 1892, in-8, p. 97-99.
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 287
eî, de nouveau, se mirent à danser jusqu'à ce que la viande fût partagée.
Lorsque chaque groupe eut reçu sa part de viande, on la porta dans la hutte des filles. Alors celles-ci demandèrent à l'homme qui était arrivé avec elles de venir faire cuire leur part. Il obéit et la fit cuire dans deux pots hors de la hutte. Pendant ce temps, toutes les jeunes femmes et les filles étaient dans la hutte.
Alors l'homme fit semblant d'être malade et se coucha. Une des jeunes filles sortit et, le voyant couché, lui demanda :
— Qu'y a-t-il ?
Il répondit :
J'ai très mal à la tête.
La jeune fille rentra dans la hutte où étaient les autres. L'homme se leva, découvrit les pots dans lesquels cuisait la viande et la mangea toute, en sorte que les os restèrent seuls. Puis il se recoucha.
Ensuite trois des filles sortirent et lui demandèrent :
— Est-ce que la viande est prête, maintenant?
— Je ne sais pas, dit-il : je n'ai pas vu. Elles allèrent découvrir les pots qui contenaient
la viande et voici qu'on n'j' voyait plus que les os. Toutes furent très étonnées et s'écrièrent :
— On a mangé la viande ; il ne reste plus que les os.
Là-dessus, elles demandèrent à l'homme :
— Où est la viande?
— Je n'en sais rien : j'étais couché et je me suis endormi.
Les jeunes filles s'en allèrent et dirent aux autres qui étaient dans la hutte :
— Sortez ; on a mangé toute la viande.
Elles sortirent et firent leurs adieux aux hommes, aux femmes et aux jeunes gens du village :
— Portez-vous bien, dirent-elles : on a mangé toute notre viande.
Les gens furent très étonnés et répliquèrent :
— Adieu, bon voyage. Saluez vos gens chez vous.
Alors les jeunes filles sortirent du village et reprirent la route de leur demeure en chantant en chemin. L'homme partit aussi avec elles.
Elles poursuivirent leur route et traversèrent une rivière. L'homme se détourna et dit :
— Je vais suivre cette route, adieu.
Quand elles l'eurent quitté, il s'arrêta et les appela :
— Ecoutez.
— Ecoutons, dirent les jeunes filles : l'homme crie après nous.
Il continua :
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— J'ai mangé votre viande.
— Oh ! dirent-elles, nous avions fait notre compagnie d'un méchant homme. Il a mangé toute notre viande.
Elles arrivèrent à leur demeure et saluèrent leurs gens.
C'est fini.
ii3
HISTOIRE DE TANGALIMILINGO (l)
|uELQUES garçons sortirent pour chasser du gibier. Il arriva, lorsqu'ils furent parvenus à la forêt, qu'ils trouvèrent du gibier en abondance. Ils chassèrent et en tuèrent beaucoup : à savoir des lapins, des antilopes de roseaux, des poules de Guinée, des perdrix et des antilopes de forêt. Ils se dirent :
— Allons à notre hutte et préparons-y la viande.
Ils y arrivèrent et s'y assirent. D'autres gens vinrent aussi à la place où ils étaient : des chasseurs comme eux. Ils restèrent tous au même
(i) Elmslie, FoWorc-tahs of Central- Africa, Folk-lore, t. III, p. 106-107.
e ndroit, coupèrent des bâtonsàfeuetl'allumèrent.
Alors vint un léopard qui saisit une partie de la chair d'une antilope de roseaux qu'ils avaient avec eux.
Là-dessus, quelques hommes s'élancèrent pour donner la chasse au léopard. Pendant ce temps, arriva un élan qui mangea tout le gibier. Lorsque les hommes eurent poursuivi le léopard sans succès, ils se décidèrent à revenir. En arrivant à leur lieu de halte, ils trouvèrent que tout le gibier avait disparu.
— Qui a mangé la viande ? dirent-ils.
Ils firent des recherches avec beaucoup de soin, mais ne découvrirent personne. En arrière, il ne resta qu'un jeune homme. Il advint, tandis qu'ils cherchaient après le gibier, qu'un élan descendit et mangea le jeune homme.
Les gens n'ayant pas réussi à rencontrer celui qui avait mangé le gibier, s'en retournèrent et trouvèrent que le jeune homme avait disparu. Il avait à son bras un couteau dans une gaine.
Quand ils virent qu'il avait disparu, ils se mirent à sa recherche, mais ne le trouvèrent pas. Alors ils se dirent :
— Allons à la maison, maintenant que ce jeune homme est perdu et puisque les gens ont pris notre gibier. Nous n'avons pas vu le jeune homme ni celui qui l'a enlevé.
Alors ils partirent et s'en allèrent chez eux. Comme ils étaient près du village, ils crièrent fort, composant une chanson et disant :
— Nous parlerons de Tangalimilingo ; On l'a pris ;
Il a été enlevé par les gens de l'eau ;
Coq, tu es une poule, une vraie poule ;
Nous serons tués;
Nous parlerons de Tangalimilingo, Tangalimilingo.
On l'a pris ;
Il a été pris par les gens de l'eau ;
Coq, tu es une poule, une vraie poule.
Ils arrivèrent chez eux.
Mais où était Tangalimilingo ? Quand il vit qu'il était dans l'estomac de l'élan, il tira un couteau et partagea l'estomac en deux.
Ainsi il échappa sans que l'élan l'eût tué. En conséquence, les gens ne tuent pas l'élan, car une fois il a été Tangalimilingo.
Alors Tangalimilingo fit une chanson, disant :
— Croyez-vouSj croyez-vous ?
Celui qui a disparu a bu le lait des enfants. 11 se promène sur les sentiers.
11 s'arrête à la porte.
Alors il arriva chez lui, les femmes furent très contentes et se réjouirent, lis chantèrent des'
chansons et tuèrent du bétail en Thonneur de l'esprit qui avait ramené le jeune homme.