LE LIÈVRE ET SA FEMME
•E lièvre est une personne intelligente. Lorsqu'il demeurait là, il n'avait pas de femme. Alors il dit:
— Que je me fasse une femme.
Il façonna le tronc d'un arbre appelé mvanamoye; il en fit une femme très belle. Ils se bâtirent une hutte. Un certain jour, un homme arriva au village du lièvre. Lorsqu'il y arriva, il
(i) Le Louyi ou Rotsi est parlé sur les bords du Haut Zarabéze depuis les sources de ce fleuve jusqu'au confluent de la Kafwé, dans l'Afrique australe anglaise.
(2) E. Jacottet, Eludes sur les Uugues du Haut Zamlv^e, III" partie, fasc. I, Paris, E. Leroux, 1901, in-8, p. 8-;i.
trouva que le lièvre n'y était pas ; il était allé sa promener ; il n'y avait là que la femme. Cet homme lui demanda :
— Où est allé ton mari ?
La femme répondit :
— Il est allé se promener.
11 lui demanda de nouveau :
— Quel est son nom ?
Elle répondit :
— Son nom est lièvre.
— C'est bien, dit-il ; adieu !
La femme dit r
— Bonjour.
Lorsque le lièvre arriva, sa femme lui dit :
— Un homme est venu me trouver ici.
Le lièvre dit :
— D'où vient-il, cet homme ?
La femme dit :
— Je ne sais pas : il a demandé ton nom ; je le lui ai dit.
Le lièvre dit :
— C'est bien.
Lorsque le matin parut, il alla se promener. La femme resta au village. Cet homme arriva au village du lièvre.
— Bonjour.
— Salut; d'où est-ce que tu viens?
L'homme dit :
CONTES POPULAIRES d'aFRIQCE 345
— Je viens de chez le chef.
— Oui, j'ai entendu.
— Où est allé ton mari ?
— Il est allé dans la forêt.
— Tu es ici toute seule ?
— Oui, je suis toute seule.
Lorsque cet homme partit de là, il alla vers le chef. Lorsqu'il arriva vers le chef, il lui dit :
— J'ai trouvé une femme très belle.
Le chef dit:
— De qui est-elle femme ?
Il dit:
— C'est la femme du lièvre. Allez et voyez-la. Lorsque vous la verrez, ne lui faites pas de mal.
Les envoyés du roi partirent. Lorsqu'ils arrivèrent, ils demandèrent :
— Où est allé ton mari ?
La femme dit :
— Il est tout près ; il arrivera à l'instant même ; attendez-le:
Le lièvre arriva :
— Bonjour!
— Salut.
Le lièvre dit :
— D'où est-ce que vous venez ?
— Nous arrivons de chez le chef.
— C'est bien.
— Adieu!
346 CONTES POPULAIRES d'aFRIQLE
Ils partirent.
Lorsqu'ils arrivèrent vers le chef:
— Nous l'avons trouvée.
Le chef dit:
— Est-elle belle?
Ils répondirent:
— Oui, elle est belle.
Le chef dit:
— Allez et enlevez-la.
Ils allèrent; ils l'emmenèrent ; ils l'apportèrent au chef; il la prit pour femme.
Quand le lièvre revint de la forêt, quand il arriva au village, il trouva qu'ils l'avaient enlevée. Il dit:
— Comment ferai-je? ma femme, ils l'ont emportée.
Il alla à la recherche de sa femme. Lorsqu'il arriva sur la place publique, il dit :
— Donnez-moi ma femme.
Ils le chassèrent.
Lorsqu'il arriva à son village, il dit :
— Je veux me façonner un tambour.
Lorsqu'il l'eut façonné, il partit. Lorsqu'il arriva sur la place publique, il dit:
— Ndindi 1 NMindi! Kandindi tambour !
Kandindi tambour! Kandindi tambour!
Ma femme, ils l'ont enlevée !
Il revint vers son village. QuanJ le matin fut
venu, il arriva là-bas. Lorsqu'il arriva à la place publique, il y trouva sa femme. Lorsqu'elle fut jetée à terre, elle fut métamorphosée en arbre. C'est ici que finit l'histoire du lièvre et de sa femme.
LE SORCIER ET LE FILS DU CHEF (l)
L y a des années, il y avait un homme : c'était un sorcier qui ne possédait pas de bétail. Il vit le fils du chef et dit:
— Je tuerai cet enfant par sorcellerie.
Il fit ainsi. Quand il fut mort, on le porta dans sa tombe. Le sorcier alla l'y prendre ; arrivé au cimetière, il répandit une médecine sur la fosse. L'enfant sortit de la fosse; le sorcier le mit sur son dos et l'emporta chez lui. Arrivé à sa hutte, il dit :
— Aujourd'hui, j'ai trouvé du lait.
Il dit à cet enfant :
— Si je suis allé te chercher, je t'ai cherché afin de faire de toi un fantôme.
(i) Jacottet, Eludts sur les langues du Hau: ZamK\e, 3' partie, fasc. II, Paris, E. Leroux, 1901, in-8, p. 109-112.
348 CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
Il en fit un fantôme qui lui procura du lait et dit:
— Va chez ton père me chercher du lait.
Il y alla pendant plusieurs années, rapportant toujours du lait. Son père dit :
— Oh! qu'est-ce qui nous enlève mon lait? Les garçons dirent:
— Nous ne savons pas.
— C'est vous qui le volez ?
— Non, père.
— Qui est-ce qui le mange ?
Il emmena les vaches dans une île, mais atissi le fantôme y alla continuant chaque jour à enlever le lait. Le chef demanda aux bergers :
— Comment est-ce maintenant ?
— Les vaches n'ont toujours pas de lait, Iç fantôme tette les vaches.
— Comment ferai-je?
— Laissez-les; nous verrons lorsque les eaux baisseront, nous mènerons les vaches dans la forêt.
Ils firent ainsi et les menèrent à la forêt. Quand les bergers furent arrivés, ils dormirent deux jours. Alors le fantôme arriva et fit aux vaches comme auparavant, prenant le lait, le portant à ce sorcier et le lui donnant. Le chef interrogea les bergers :
Comment est-ce maintenant ?
CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE 849
— C'est toujours ainsi.
Le chef dit à ses enfants et à sa femme :
— Comment faire?
— Appelle des médecins.
Le chef fit ainsi. II alla vers un médecin, lui parla, disant :
— Mon enfant, consulte le sort pour moi. Il dit:
— Mon père, mon seigneur, je ne sais pas consulter le sort.
— Viens, mon enfant, tu le sais.
— Soit, allons.
Ils allèrent. Arrivés au village, le médecin dit:
— Mon père, le sorcier qui te fait du mal, c'est quelqu'un du village.
— Qui est-il ?
— Oh ! je ne l'ai pas vu.
Il dit:
— Cherche des hommes robustes qui puissent tenir ma corne.
Il les chercha. Ils saisirent la corne. Il dit :
— Ma corne, saisis le sorcier.
Elle alla. Il dit:
— Ma corne, saisis le sorcier. Elle alla. Il dit:
— Ma corne, saisis le sorcier que je reçoive un bœuf.
La cornealla : elle arriva dansle villageetentra
35o CONTES POPULAIRES d'aFRIQUE
dans la hutte d'un sorcier. Elle cassa les assiettes, les pots et tous les objets qui se trouvaient là dans la hutte.
Le sorcier sortit et dit:
— Qu'est-ce qui arrive ?
— Tu le demandes ? Tu es un sorcier.
— Oh ! où est ma sorcellerie ?
— Ne vois-tu pas ?Pourquoi cette corne entret-elle dans ta hutte ?
— Elle y entre pour rien ; il n'y a pas de sorcellerie chez moi.
Le médecin dit:
— Ma corne, viens ici.
La corne revint; elle retourna avec son maître; il la mit dans sa hutte. 11 dit au chef ce qui était arrivé; le chef dit:
— C'est bien, je l'ai vu, ce sorcier.
Il dit à ses gens:
— Allez, prenez-le, enfermez-le dans sa hutte, avec ses effets, ses enfants et sa femme ; mettezy I2 feu et fermez la porte.