‹ Contes populaires de Basse-BretagneChapitre 6 sur 22 · MÉTAMORPHOSÉS EN MOUTONS ET LEUR SŒUR · texte numérisé non relu

MÉTAMORPHOSÉS EN MOUTONS ET LEUR SŒUR

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, l y avait une fois neuf frères et leur sœur, restés orphelins. Ils étaient riches, du reste, et habitaient un vieux château, au milieu d'un bois. La sœur, nommée Lévénès, qui était l'aînée des dix enfants, prit la direction de la maison, quand le vieux seigneur mourut, et ses frères la consultaient et lui obéissaient en tout, comme à leur mère. Ils allaient souvent chasser, dans un bois qui abondait en gibier de toute sorte.

Un jour, en poursuivant une biche, ils se trouvèrent près d'une hutte construite avec des branchages entremêlés de mottes de terre. C'était la première fois qu'ils la voyaient. Curieux de savoir qui pouvait habiter là-dedans, ils y entrèrent,

l68 MARÂTRES ET SORCIÈRES MÉCHANTES

sous prétexte de demander de l'eau, pour se désaltérer. Ils ne virent qu'une vieille femme, aux dents longues comme le bras, et dont la langue faisait neuf fois le tour de son corps. Effrayés à cet aspect, ils voulurent s'enfuir, quand la vieille leur dit :

— Que désirez-vous, mes enfants ?. . . Avancez, et n'ayez pas peur, comme cela ; j'aime beaucoup les enfants, surtout quand ils sont gentils et sages, comme vous.

— Nous voudrions un peu d'eau, s'il vous plaît, grand'mère, répondit l'aîné, qui se nommait Goulven.

— Certainement, mes enfants, je vais vous donner de l'eau toute fraîche et claire, que j'ai été puiser, ce matin, à ma fontaine. Mais, avancez donc, et ne craignez rien, mes pauvres chéris.

Et la vieille leur donna de l'eau, dans Une écuelle de bois, et, pendant qu'ils buvaient, elle les caressait, et prenait dans ses mains les boucles de leurs cheveux blonds et frisés, et, quand ils voulurent partir, elle leur dit :

— A présent, mes enfants, il faudra aussi me payer le petit service que je, vous ai rendu.

— Nous n'avons pas d'argent sur nous, grand'mère," répondirent les enfants, mais, nous en demanderons à notre sœur, et vous l'apporterons demain.

— Oh ! ce n'est pas de l'argent que je veux, mes amis ; mais, il faut qu'un de vous, l'aîné, par exemple, car les autres sont encore bien jeunes, nie prenne pour femme. Et, s'adressant à Goulven :

— Veux-tu , Goulven , me prendre pour femme?

Le pauvre garçonne sut que répondre, d'abord, tant cette demande lui parut étrange.

— Réponds donc, veux-tu que je sois ta petite femme? lui demanda encore l'horrible vieille, -en l'embrassant.

— Je ne sais pas... dit Goulven, interdit... Je demanderai à ma sœur...

— Eh bien ! demain matin, j'irai moi-même au château, pour avoir la réponse.

Les pauvres enfants s'en retournèrent à la maison, tout tristes et tout tremblants, et se hâtèrent de raconter à leur sœur ce qui leur était arrivé.

— Serai-je donc obligé d'épouser cette horrible vieille, ma sœur ? demanda Goulven, en pleurant.

— Non, mon frère, tu ne l'épouseras pas, lui répondit Lévénès ; je sais que nous aurons à en souffrir tous ; mais, nous souffrirons ce qu'il faudra, et ne t'abandonnerons pas.

La sorcière vint au château, - le lendemain,

comme elle l'avait promis. Elle trouva Lévénès et ses frères dans le jardin.

— Vous savez, sans doute, pourquoi je viens } dit-elle à Lévénès.

— Oui, mon frère m'a tout raconté, répondit la jeune fille.

— Et vous voulez bien que je devienne votre belle-sœur?

— Non, cela ne peut pas être.

— Comment, nos? Mais vous ne savez donc pas qui je suis, et ce dont je suis capable ?

— Je sais que vous pouvez nous faire beaucoup de mal, à mes frères et à moi ; mais, vous ne pouvez pas me faire consentir à ce que vous me demandez.

— Songez-y bien, et revenez vite sur cette sotte résolution, pendant qu'il en est temps encore, ou malheur à vous 1 cria la sorcière, furieuse, et les yeux brillants comme deux charbons ardents.

Les neuf frères de Lévénès tremblaient de tous leurs membres ; mais, elle, calme et résolue, répondit à ces menaces :

— C'est tout songé, et je n'ai rien à changer à ce que j'ai dit.

Alors, l'horrible vieille tendit vers le château une baguette qu'elle tenait à la main, prononça une formule magique, et aussitôt le château

s'écroula, avec un grand bruit. Il n'en resta pas pierre sur pierre. Puis, retournant la baguette vers les neuf frères, qui se cachaient derrière leur sœur, saisis d'épouvante, elle prononça une autre formule magique, et les neuf frères furent aussitôt métamorphosés en neuf moutons blancs. Elle dit ensuite à Lévénès, qui avait conservé sa forme naturelle :

— Tu peux, à présent, aller garder tes moutons, sur cette lande. Et encore ne dis jamais à personne que ces moutons sont tes frères, ou il t'arrivera comme à eux. Puis elle partit, en ricanant.

Les beaux jardins du château et le grand bois qui l'entourait avaient été changés aussi, instantanément, en une grande lande, aride et désolée.

La pauvre Lévénès, restée seule avec ses neuf moutons blancs, les faisait paître sur la grande lande, et ne les perdait pas de vue, un seul instant. Elle leur cherchait des touffes d'herbe fraîche, qu'ils mangeaient dans sa main, et jouait avec eux, et les caressait, les peignait, et leur parlait, comme s'ils la comprenaient. Et ils paraissaient la comprendre, en effet. Un d'eux était plus grand que les autres ; c'était Goulven, l'aîné de ses frères. Lévénès avait construit, avec des pierres, des mottes de terre, de la mousse et des herbes sèches, un abri, une sorte de hutte, et, la

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nuit, ou quand il pleuvait, elle s'y retirait avec ses moutons. Mais, quand le temps était beau, die courait et bondissait au soleil avec eux, ou chantait des chansons et récitait ses prières, qu'ils écoutaient attentivement, rangés en cercle autour d'elle. Elle avait une fort belle voix, claire et juste.

Un jour, un jeune seigneur, qui chassait dans oes parages, fut étonné d'entendre une si belle voix, dans un pays si désert. Il s'arrêta, pour l'écouter; puis, se dirigeant vers elle, il se trouva bientôt devant une belle jeune fille, entourée de neuf moutons blancs, qui paraissaient l'aimer beaucoup. Il l'interrogea, et fut si frappé de sa douceur, de son esprit et de sa beauté, qu'il voulut l'emmener avec lui, à son château, elle et ses moutons. Elle refusa. Mais, le jeune seigneur ne rêvait plus que de la jolie bergère, et, tous les jours, sous prétexte de chasser, il allait la voir et causer avec elle,, sur la grande lande. Enfin, il l'emmena avec lui à son château, et ils se marièrent, et il y eut de grands festins et de belles fêtes.

Les neuf moutons avaient été introduits dans le jardin du château, et Lévénès y passait presque toutes ses journées, à jouer avec eux, à les caresser, à les couronner de fleurs ; et ils semblaient être sensibles à toutes ces attentions. Son mari était

étonné de les voir si intelligents, et il se demandait si c'étaient bien là des moutons véritables.

Lévénès devint enceinte. Elle avait une suivante, dont le jardinier du château était l'amant, et qui se trouvait aussi enceinte, sans que sa maîtresse en sût rien. C'était la fille de la vieille qui avait changé ses frères en moutons, et elle l'ignorait également. Un jour, que Lévénès se penchait sur le rebord d'un puits, qui était dans le jardin, pour en voir la profondeur, sa suivante la prit par les pieds et la précipita dans le puits. Après quoi, elle courut à la chambre de sa maîtresse, se coucha dans son lit, ferma les rideaux des fenêtres et ceux du lit, et feignit d'être malade, en peine d'enfant. Le seigneur était absent, pour le moment. Mais, à son retour, ne trouvant pas sa femme dans le jardin, au milieu de ses moutons, comme d'habitude, il se rendit à sa chambre.

— Qu'avez- vous, mon petit cœur? lui demanda-t-il, croyant la trouver couchée.

— Je suis bien malade, répondit la traîtresse. Et, comme il voulait entr'ouvrir les rideaux :

— Je vous en prie, n'ouvrez pas les rideaux, je ne puis supporter la lumière.

— Pourquoi restez-vous seule ainsi? Où est votre suivante ?

— Je ne sais ; je ne l'ai pas vue, de toute la journée.

Le seigneur la chercha partout, dans le château, puis dans le jardin, et, ne la trouvant pas, il revint auprès de sa femme, et lui dit :

— Je ne sais ce qu'est devenue votre suivante, je ne la trouve nulle part. Avez-vous besoin de quelque chose? Vous avez peut-être faim?

— Oh ! oui, j'ai grand'faim ?

— Que désirez-vous manger ?

— Il me faut un morceau du grand mouton blanc qui est dans le jardin.

— Quel caprice! vous qui aimiez tant vos moutons, et celui-là par-dessus les autres !

— Il n'y a que cela qui puisse apporter quelque soulagement au mal affreux dont je souffre. Mais, ne vous trompez pas, c'est du grand mouton blanc que je veux manger, et non d'aucun autre.

Le mari descendit au jardin, et donna Tordre au jardinier de prendre le grand mouton blanc, pour être aussitôt tué et mis à la broche.

Et voilà le jardinier, qui était de connivence avec la suivante, de courir après le mouton blanc. Mais, celui-ci courait si rapidement, autour du puits, en bêlant tristement, qu'il ne pouvait l'attraper. Le seigneur, voyant cela, veut lui venir en aide et s'approche du puits. Il est étonné d'entendre des plaintes et des gémissements, qui semblent en sortir. Il se penche sur l'ouverture, et demande :

— Qui est-là? Y a-t-il quelqu'un dans le puits?

Et une voix plaintive, et qu'il connaissait bien, lui répondit :

— Oui, c'est moi, votre femme Lévénès.

Le seigneur, sans attendre d'autre explication, descendit, vite, le seau dans le puits, et en retira sa femme. La frayeur de la pauvre Lévénès avait été telle, qu'elle en accoucha aussitôt d'un fils beau comme le jour.

— Il faut faire baptiser l'enfant, sur-le-champ, dit-elle; vous lui donnerez la marraine que vous voudrez, mais, je veux que le parrain soit mon grand mouton blanc.

— Quoi I donnerjin mouton pour parrain à votre fils!...

— Je le veux ainsi, je vous le répète ; obéissezmoi, et ne vous inquiétez de rien.

Pour ne pas contrarier la jeune mère, et de crainte d'aggraver son mal, le père consentit, quoique à contre-coeur, à ce que le grand mouton blanc fût le parrain de son enfant.

On se rendit à l'église. Le grand mouton blanc, tout joyeux, marchait de front avec le père et la marraine, une jeune et belle princesse. Les huit autres moutons, ses frères, les suivaient. Tout ce cortège entra dans l'église, au grand étonnement des habitants du village. Le père présenta l'enfant

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au prêtre. Celui-ci regarda la marraine, mais, ne voyant pas de parrain, il demanda :

— Où est donc le parrain ?

— Le voici, répondit le père, en lui montrant le grand mouton blanc.

— Comment, un mouton I...

— Oui, selon l'apparence ; mais, ne vous arrêtez pas à la forme, et procédez sans crainte à la cérémonie. Le prêtre ne fit pas d'objections, les métamorphoses de ce genre étant, sans doute, communes, de son temps, et il se mit en devoir de baptiser l'enfant.

Le mouton se leva alors sur ses deux pieds de derrière, prit son filleul avec ses deux pieds de devant, aidé par la marraine, et tout se passa pour le mieux.

Mais, aussitôt la cérémonie terminée, le mouton parrain devint un beau jeune homme. C'était Goulven, le frère aîné de Lévénès. Il raconta comment ses frères et lui avaient été changés en moutons, par une vieille sorcière, parce qu'il avait refusé de l'épouser. Sa sœur, la mère de l'enfant, qui avait été témoin de la métamorphose, ne pouvait en rien dire, sous peine d'éprouver le même sort ; mais, à présent, le charme était rompu, et la sorcière n'avait plus aucun pouvoir sur eux.

— Ces moutons sont donc vos frères? de~ manda alors le prêtre.

— Oui, ce sont mes frères; et le moment est venu, pour eux aussi, d'échapper au pouvoir de la sorcière et de recouvrer leur forme humaine. Posez sur eux votre étole, récitez une oraison, et vous les verrez redevenir hommes, comme moi.

Le prêtre suivit ce conseil : il posa son étole sur les moutons, successivement, récita une oraison, à chaque fois, et aussitôt ils revinrent à leur forme première.

Goulven raconta alors la trahison dont sa sœur avait été victime, de la part de sa suivante, la fille de la sorcière.

On retourna au château, et Ton songea à récompenser chacun selon qu'il l'avait mérité.

On envoya chercher la vieille sorcière, dans le bois qu'elle habitait, et quand elle fut arrivée, sa fille et elle et le jardinier furent écartelés, chacun entre quatre chevaux, puis ils furent jetés dans un grand bûcher et réduits en cendres.

Goulven et Lévénès vécurent alors heureux et tranquilles, et eurent, dit-on, beaucoup d'enfants.

Conté par Le Noac'h, de Gourin, à ATerville, près Lorient, le 10 mars 1874.

Kement-man hol oa d'an-amçr, Ma ho defoa dennt ar ter.

Tout ceci se passait du temps, Où les poules avaient des dents.

^n dit qu'autrefois, dans les temps anciens, il y avait un beau château, là où se voit à présent la ferme de Kerodern, dans la commune de Louargat, près de la montagne de Bré, et que ce château appartenait à un riche et puissant seigneur, qui avait un fils et trois filles, d'une beauté remarquable.

Mais, des géants, laids et méchants, habitaient un autre château, situé à quelque distance de là, au milieu d'une forêt, et ils enlevaient les bœufs, les vaches, les moutons et les chevaux du vieux

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seigneur, qui avait grand'peur que, quelque jour, Us ne lui enlevassent aussi ses filles. Aussi, les surveillait-il et ne les laissait sortir que rarement du jardin du château, qui était entouré de hautes murailles.

Son fils, qui se nommait Malo, allait chasser, tous les jours, dans la forêt.

Un jour, en rentrant de la chasse, il trouva toute la maison dans la désolation. Sa sœur aînée avait été enlevée par les géants.

Cela ne l'empêcha pourtant pas de retourner le lendemain à la forêt, après avoir recommandé à son père de bien veiller sur ses deux sœurs cadettes.

Quand il rentra, le soir, la seconde de sqs sœurs avait aussi disparu.

Cependant, il retourna encore, le lendemain, à la forêt, après avoir recommandé à son père de redoubler de surveillance, attendu qu'il ne lui j

restait plus que sa fille cadette. I

— Oh ! celle-là, dit le vieillard, ne me sera }

pas enlevée, dussé-je y perdre la vie. )

Hélas 1 quand Malo rentra, sa troisième sœur avait aussi disparu, et son père était mort. Sa douleur fut grande. Il resta plusieurs jours sans sortir et s'enferma pour pleurer.

Cependant, au bout de quelque temps, il reprit son fusil et retourna à la forêt. Il y rencontra un

beau Lièvre au poil argenté, qui, assis sur son derrière, le regardait et ne paraissait pas le craindre. Il voulut essayer de le prendre, sans le tuer. Mais, au moment où il croyait mettre la main dessus, le Lièvre s'enfuit un peu plus loin et s'arrêta encore à le regarder. Il le poursuivit et le manqua encore. Ce manège dura longtemps, l'animal paraissant assez disposé à se laisser prendre, et s 'échappant toujours, au moment où le chasseur croyait être sûr de lui. Si bien que le soir survint, et que Malo, dépité et ne voulant pourtant pas tuer un si beau Lièvre, s'en retourna à la maison, d'assez mauvaise humeur.

Le lendemain, il retourna à la forêt et retrouva le Lièvre argenté, au même endroit que la veille.

— Pour le coup, dit-il, si tu ne veux pas te laisser prendre, je te tuerai, comme un Lièvre ordinaire.

Et il recommença sa poursuite, mais, sans plus de succès. Enfin, impatienté, il se dit :

— Ah ! bast, je suis bien bon de me donner tant de mal pour un lièvre 1

Et il coucha l'animal en joue et fit feu. Le Lièvre ne bougea pas.

— Je l'ai manqué, pensa-t-il.

Et il fit feu une seconde fois. Le Lièvre ne bougea toujours pas.

— Il faut que je l'aie tué raide, du premier

coup, se dit-il alors, car je ne suis pas si maladroit que cela.

Et il s'avança pour le prendre. Mais, au moment où il allait mettre la main dessus, le Lièvre s'enfuit encore, et s'arrêta à une cinquantaine de pas plus loin. Malo, honteux de sa maladresse, fit alors pleuvoir sur lui une véritable grêle de plomb. Le Lièvre ne bougeait pas et le regardait tranquillement. Malo finit par s'apercevoir que le plomb s'aplatissait sur lui, sans lui faire du mal.

— C'est un Lièvre enchanté ! se dit-il alors, et je perds mon temps et ma peine à essayer de le prendre ! Il ne me reste qu'à m'en retourner à la maison ; mais, j'en suis loin, ici, et la nuit vient ; je crains fort qu'il ne me faille coucher sous les linceuls de l'alouette !

— Non, si vous voulez, lui dit le Lièvre, dans le langage des hommes.

— Comment cela, s'il vous plaît? demanda Malo, étonné.

— Descendez tout du long cette avenue de vieux chênes que voilà, et vous trouverez, à l'extrémité, un château où vous pourrez passer la nuit et voir votre sœur aînée.

— Je serais heureux de revoir ma soeur, pensa-t-il, et de la ramener à la maison, si je le puis, car je la soupçonne de n'être pas bien, là où elle est.

Et il suivit le conseil du Lièvre, descendit l'avenue de vieux chênes et se trouva devant un vieux château, ceint de hautes murailles. Il frappa à la porte avec la crosse de son fusil et une voix, qu'il reconnut facilement pour être celle de sa sœur aînée, demanda de l'intérieur :

— Qui est là ?

— C'est moi qui viens te voir, sœur chérie ; ouvre-moi, vite.

— Comment! c'est toi, frère chéri? Que je suis donc heureuse de te revoir !

Et elle ouvrit la porte, et ils s'embrassèrent tendrement.

Malo entra dans le château, conduit par sa sœur, qui lui fit servir à manger. Puis, elle lui dit :

— J'aurais été bien heureuse, frère chéri, de te voir passer quelque temps ici, avec moi, mais, hélas ! cela ne se peut pas, sans grand danger pour ta vie. Le géant, mon mari, est parti depuis ce matin, comme tous les jours, pour la chasse aux hommes (i), car c'est là à peu près sa seule nourriture, et quand il rentrera, ce soir, je crains fort qu'il ne veuille te manger, aussi surtout si sa chasse n'a pas été bonne.

— Ah ! ton mari mange les hommes ! Il n'im-

(i) Da duta, expression bretonne qui ne se peut traduire littéralement que par le barbarisme hotnttur.

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porte, je voudrais bien le voir. Cache-moi quelque part d'où je puisse le voir, sans être vu de lui ; derrière ces tonneaux que voilà, par exemple.

Malo se cacha derrière les tonneaux, au bas de la salle, et le géant arriva aussitôt. Il jeta quatre ou cinq hommes morts sur la table, en disant :

— Voilà pour mon souper !

Puis, ôtant de dessus ses épaules son manteau, qui pesait cinq cents livres, il le jeta sur les tonneaux, en disant :

— Je suis bien fatigué!

— Pourquoi aussi vous donner tant de mal, tous les jours? lui dit sa femme.

— Il le faut bien, répondit-il : donnez-moi à boire, j'ai soif.

Et la sœur de Malo prit une grande pinte, tira du vin d'un tonneau et le posa sur la table, devant le géant. Celui-ci saisit aussitôt la pinte, et il s'apprêtait à la vider, lorsqu'il s'écria en reniflant :

— Que signifie ceci ? Ce vin sent le chrétien ! Il y a un chrétien ici 1 Où est- il ? Je veux le voir, à l'instant !...

— C'est mon frère, qui est venu me voir ; ne lui faites pas de mal, je vous prie.

— Si c'est votre frère, je ne lui ferai pas de mal, dit le géant, en se calmant; nous avons

bien de quoi manger, d'ailleurs ; mais, où est-il ? Présentez-le-moi, pour que nous fassions connaissance.

Et la jeune femme le fit sortir de sa cachette, derrière les tonneaux, le prit par la main et le présenta au géant.

— Il est fort gentil, votre frère, dit celui-ci, et je ne lui ferai certainement pas de mal. Assiedstoi, beau -frère, à côté de moi, bois un coup de vin et causons ensemble, pendant que ta sœur nous préparera à manger. Comme tu t'es donné de la peine, depuis quelques jours, à courir après le Lièvre au poil d'argent, de la forêt !

— C'est vrai, répondit Malo; j'aurais bien voulu le prendre !

— Ah ! mon pauvre ami, toi prendre le Lièvre argenté ! Songe donc que voici cinq cents ans que je cours inutilement après lui, et que je ne suis pas encore parvenu à savoir où il se retire, quand je perds sa trace.

— N'importe, dit Malo, je veux le poursuivre encore, pour voir.

— Crois-moi, tu ferais mieux de rester ici tranquille avec ta sœur, et de ne plus songer au Lièvre argenté.

— Non, je veux encore essayer de le prendre.

— Eh bien ! pour te venir en aide, autant que je le puis, prends ce cor d'ivoire, et quand tu

l88 CONTES DIVERS

auras besoin de secours, souffle dedans, et tu seras secouru de ma part.

Malo prit le cor d'i voire, puis, ils soupèrent et allèrent ensuite se coucher.

Le lendemain, ils partirent tous les deux, de bon matin : le géant, pour la chasse aux hommes, selon son habitude, et Malo, pour poursuivre le Lièvre argenté.

]1 le rencontra encore, dans la forêt, à la place accoutumée, et le poursuivit jusqu'au soir, croyant le prendre, à chaque moment, et le voyant s'échapper toujours, jusqu'à ce que, épuisé de fatigue, il se laissa tomber sur l'herbe, en disant :

— Le soir vient, je suis loin de la maison, et je crains qu'il ne faille passer la nuit sous les linceuls de l'alouette.

— Non, si vous voulez, dit encore le Lièvre argenté, qui le regardait tranquillement, assis sur son derrière.

— Comment cela donc?

— Vous n'avez qu'à suivre cette avenue tout du long, — et le Lièvre lui désignait, d'une de ses pattes de devant, une belle avenue de grands châtaigniers, — et vous trouverez au bout le château où habite votre seconde sœur.

Malo suivit le conseil et se trouva, à l'extrémité de l'avenue, devant un beau château, entouré de hautes murailles. Il frappa à la porte,

et une voix, qu'il reconnut pour être celle de sa seconde sœur, demanda :

— Qui est là ?

— C'est moi, répondit-il, qui viens te voir, ma sœur chérie ; ouvre-moi, vite.

— Comment ! c'est toi, mon frère chéri ! Que je suis donc heureuse de te voir !

Et elle lui ouvrit la porte, et ils s'embrassèrent tendrement.

Malo entra dans le château, et mangea et but, car il avait grand 'faim. Puis, comme il paraissait vouloir passer quelques jours chez sa sœur, celle-ci lui dit :

— J'aurais été bien heureuse, frère chéri, de te voir passer quelques jours avec moi, dans ce château, mais, hélas 1 cela ne se peut pas, sans grand danger pour ta vie. Le géant, mon mari, est parti depuis ce matin, comme tous les jours, pour la chasse aux hommes, car c'est là à peu près sa seule nourriture, et quand il rentrera, ce soir, je crains qu'il ne veuille te manger toimême, surtout si sa chasse n'a pas été bonne.

— Ah 1 ton mari aussi mange des hommes ? N'importe, je voudrais le voir. Cache-moi quelque part d'où je le verrai, sans être vu de lui ; derrière ces tonneaux que voilà, par exemple.

— Eh bien ! oui, cache-toi, vite, derrière ces tonneaux, car voici l'heure où il a coutume de rentrer.

IÇO CONTES DIVERS

Malo se cacha derrière des tonneaux, qui étaient entassés au bas de la salle, et le géant arriva presque aussitôt. Il jeta quatre ou cinq hommes morts sur la table, en disant :

— Voilà de quoi souper !

Puis, ôtant de dessus ses épaules son manteau, qui pesait sept cents livres et le jetant sur les tonneaux :

— Je suis bien fatigué, dit -il.

— Pourquoi vous donner aussi tant de mal à courir, tous les jours ? lui dit sa femme.

— Il le faut bien ; mais, donnez-moi à boire, car j'ai grand'soif.

Et la seconde sœur de Malo prit une grande pinte, tira du vin d'un tonneau et le posa sur la table. Le géant s'apprêtait à boire, quand il s'écria, en reniflant :

— Que signifie ceci ? Ce vin sent le chrétien ! Il y a un chrétien ici î Où est-il ? Je veux le voir, à l'instant !

— C'est mon frère, qui est venu me voir, répondit la jeune femme ; ne lui faites pas de mal, je vous en prie.

— Si c'est votre frère, je ne lui ferai pas de mal ; nous avons de quoi souper, du reste ; présentez-lemoi, pour que nous fassions connaissance ensemble.

Et elle alla le chercher, au bas de la salle, l'amena par la main et le présenta au géant.

— Il est fort gentil, votre frère, dit le géant, et je ne lui ferai sûrement pas de mal. Et s'adressant à Malo : — Assieds-toi là, mon garçon, à côté de moi, bois un coup de vin, et causons. Comme tu t'es donné du mal, depuis quelques jours, à courir après le Lièvre argenté !

— Cest vrai, répondit Malo, et j'aurais bien voulu pouvoir le prendre.

— Ah ! mon pauvre ami, toi prendre le Lièvre argenté î Songe donc que voici plus de sept cents ans que je cours inutilement après lui, et que je ne sais pas encore où il se retire, quand je perds sa trace 1

— N'importe, dit Malo, je veux le poursuivre encore, pour voir...

— Crois-moi, tu ferais mieux de rester ici, avec ta sœur, et de ne plus songer au Lièvre argenté.

— Non, je veux encore essayer.

— Eh bien ! pour te venir en aide, autant que je le puis, prends ce bec d'oiseau, et, quand tu auras besoin de secours, souffle dedans, et tu seras secouru de ma part.

Malo prit le bec d'oiseau, et ils allèrent ensuite se coucher.

Le lendemain matin, ils partirent tous les deux, le géant, pour la chasse aux hommes, selon son habitude, et Malo, pour poursuivre le Lièvre argenté. Il le trouva au même endroit, dans la forêt,

le poursuivit longtemps et inutilement, comme les jours précédents, si bien que le soir le surprit encore, harassé de fatigue et n'en pouvant plus.

— Il me faudra, sans doute, passer la nuit sous les linceuls de l'alouette, dit-il encore, en s'asseyant au pied d'un arbre.

• Et le Lièvre argenté lui dit encore :

— Non, si vous voulez.

— Comment cela ?

— Suivez cette avenue de grands hêtres, jusqu'au bout, et vous arriverez au château qu'habite votre plus jeune sœur.

Malo suivit le conseil et se trouva, à l'extrémité de l'avenue, devant un vieux château, entouré de tous côtés de hautes murailles. Il frappa à la porte, et une voix, qu'il reconnut pour être celle de sa plus jeune sœur, demanda :

— Qui est là ?

— C'est moi, répondit-il, qui viens te voir, ma sœur chérie; ouvre-moi, vite.

Et elle lui ouvrit, et ils s'embrassèrent tendrement.

Malo entra dans le château, et mangea et but, car il avait grand'faim. Puis, comme il paraissait vouloir passer quelques jours auprès de sa sœur, celle-ci lui dit :

— J'aurais été bien heureuse, mon frère chéri, de te voir passer quelques jours ici, avec moi,

LE LIÈVRE ARGENtÉ 193

mais, hélas! cela ne se peut pas, sans grand danger pour ta vie. Le géant mon mari est parti, ce matin, comme tous lès jours, pour la chasse aux hommes, car c'est là à peu près sa seule nourriture, et quand il rentrera, ce soir, il aura faim, et je crains qu'il ne veuille te manger, surtout si sa chasse n'a pas été bonne.

— Ah! ton mari mange aussi des hommes'? répondit Malo ;• n'importe, je veux le voir. Cachemoi quelque part, d'où je le verrai, sans être vu de lui, derrière ces tonneaux que voilà, au bas de la salle, par exemple.

— Eh bien! oui, cache-toi derrière ces tonneaux, car voici le moment où il rentre.

Malo se cacha derrière les tonneaux, au bas de la salle, et le géant arriva aussitôt. Il jeta une demi-douzaine d'hommes morts sur la table, en disant :

— Voilà de quoi souper !

Puis il ôta de dessus ses épaules un manteau qui pesait mille livres et s'assit, en disant :

— Je suis bien fatigué !

— Pourquoi aussi vous donner tant de mal, tous les jours ? lui dit la sœur de Malo.

— Il le faut bien ; mais, donnez-moi à boire, car j'ai grand'soif, reprit le géant.

Et la jeune femme prit une grande pinte, tira du vin d'un tonneau et le posa sur la table, déni. 13

vant le géant, qui s'apprêtait à boire, quand il s'écria, en reniflant :

— Que signifie ceci ? Ce vin sent le chrétien 1 Il y a un chrétien ici ! Où est-il ? Je veux le voir, à l'instant !

— Cest mon frère, qui est venu me voir; ne lui faites pas de mal, je vous en prie.

— Si c'est votre frère, je ne lui ferai pas de mal ; nous avons de quoi souper, du reste ; présentez-le-moi, pour que nous fassions connaissance ensemble.

Et elle alla le chercher, derrière les tonneaux, l'amena par la main et le présenta au géant.

— Il est fort gentil, votre frère, dit celui-ci, et je ne lui ferai sûrement pas de mal. Et s'adressant à Malo : — Assieds- toi là, beau-frère, à côté de moi, bois un coup de vin et causons. Comme tu t'es donné du mal, depuis quelques jou&, à courir après le Lièvre argenté !

— C'est vrai, répondit Malo; je voudrais bien pouvoir le prendre !

— Ah ! mon pauvre ami, toi prendre le Lièvre argenté 1 Songe donc que voici plus de mille ans que je cours inutilement après lui, et que je ne suis pas encore parvenu à savoir où il se retire, quand je perds sa trace.

— N'importe, dit Malo, je veux le poursuivre encore, pour voir...

— Crois-moi, tu ferais mieux de rester ici tranquillement, avec ta sœur, et de ne plus songer au Lièvre argenté.

— Non, je veux encore essayer de le prendre.

— Eh bien ! pour te venir en aide, autant que je le puis, prends cette mèche de cheveux dorés, et quand tu auras besoin de secours, dis simplement ces mots, en la tenant à la main : — Par la vertu de cette mèche de cheveux dorés, je demande du secours ! et aussitôt tu seras secouru de ma part.

Malo prit la mèche de cheveux dorés, puis ils allèrent se coucher.

Le lendemain matin, le géant et Malo partirent de bonne heure : le géant, pour se livrer à la chasse aux hommes, selon son habitude, et Malo, pour poursuivre le Lièvre au poil argenté. Il le rencontra, comme les jours précédents, au même endroit, dans la îorêt, et le poursuivit jusqu'à un bras de mer, qui pénétrait sous le bois. Le Lièvre sauta lestement par -dessus l'eau, mais, Malo ne put faire comme lui, et le voilà bien embarrassé. Il aperçut sur le rivage, à l'angle de deux grands rochers, une pauvre hutte, dont la porte était ouverte. Il y entra. C'était l'habitation d'un vieux cordonnier.

— Dites-moi, mon brave homme, lui demanda-t-il, n'avez- vous pas vu un Lièvre au poil d'argent, passer par ici, il n'y a qu'un instant ?

— «Chat 1 chut ! Partez 'plus bas, je vous prie, répondit le cordonnier, d'un air mystérieux ; ce n'est pas là un Lièvre, comme <vous le croyez, maïs .bien une iprincesse, la fille du roi de Perse. Je suis :son cordonnier. Tous 'les jours, je lui fournis une paire de souliers neufs, que je hii pente îmoi-même, dans "son palais.

— Je voudrais bien y aller aussi avec vous, "si vous ,1e voulez bien ?

— Je Je veux bien, onàis, à la condition que vons ne direz pas que c'est moi 'qui vous y aurai conduit. Je voyage à volonté à travers les airs (i), et je .traverse .ainsi facilement ht mer, pour -me rendre jau palais de la princesse. Je vous donnerai iun manteau, qui vous rendra invisible ; vous monterez sur mon «dos, et nous partirons, aussitôt que j'aurai terminé mes souliers.

Quand les souliers furent adhevés, le vieux cordonnier mit sur les épadles de Malo le manteau nui rend invisible, lui dit de monter sur son dos, «t ils partirent alors, avec larapidité du veut. Ils traversèrent ainsi la mer, et arrivèrent promptementau château de la princesse. Ils descendirent dans la cour.

(i) Le breton dit : « Je vais en Egypte, quand je veux. •» Cette expression, dans nos contes populaires, signifie : Voyager par les airs.

LE HÈVRBT ARGENTÉ 197

—• Suivez-moi, dit le vieux cordonnier à Malo, et ne craignez rien, car personne -ne- pourra vous voir, tant que vous aurez* le manteau sur les épaules ; gardez-vous donc de Fôter;

Ils pénétrèrent jusqu'à la chambre de la princesse. Elle. était absente: Le: vieux cordonnier y déposa, les souliers, et* s'en- alla. Malo y resta*

La :princesse .rentra, peu: après, et dit à sa servante::

— J'ai bien- couru. par là forêt de Kerodern, espérant y rencontrer mon amoureux, comme d'ordinaire,, et je ne l'ai pas vu; aussi; sois-je bien fatiguée, et bien en peine de IuL .

» — Consolez-vous, ma maîtresse, lui dit la^servante» vous le reverrez, sans doute, demain. Mangez et buvez, pour réparer- vos forces,- et /demain vous serez plus heureuse*:,

La princesse mangea et but, mais, moins que d'ordinaire, puis, elle se retira dans sa chambre, toute . soucieuse. Malo, qui avait faim: aussi, et qui, grâce à son manteau, avait pu entendre la conversation de la princesse et de sa . servante, sans être vu d'elles, dit, quand la princesse arriva dans sa chambre* où il l'avait suivie .:

—Vous avez mangé et bu, princesse, mais, moi, je suis à jeun, depuis longtemps, et je. voudrais .faire comme voua.

— Qui est là? demanda la princesse, étonnée

et effrayée d'entendre parler ainsi, à côté d'elle, et de ne voir personne.

— Le fils du seigneur de Kerodern, répondit Malo ; ne vous effrayez pas, je vous prie, princesse.

— Le fils du seigneur de Kerodern?... Mais, où êtes- vous donc? Montrez-vous, je vous prie.

Malo ôta son manteau, et redevint aussitôt visible. La princesse, transportée de joie, lui sauta au cou, pour l'embrasser. Puis, elle lui fit servir à manger et à boire, et ils passèrent la nuit ensemble. Malo resta au château, sans que personne en sût rien, et la princesse ne sortit plus.

Un jour, elle dit à son père :

— Il est temps de me marier, mon père.

— A qui veux-tu que je te marie, ma fille? répondit le vieillard ; aucun prince ne m'a encore demandé ta main.

— J'ai moi-même choisi mon mari, mon père.

— Qui est-ce donc, ma fille, et où est-il?

— Il n'est pas loin, mon père ; je vais vous le faire voir.

Et elle se rendit à sa chambre et en revint aussitôt, en tenant Malo par la main.

— Voici, mon père, dit-elle, celui que je désire pour époux 1

Le vieillard ne fit aucune difficulté d'accepter Malo pour son gendre, d'autant plus que le jeune

Breton avait fort bonne tournure, et les noces furent célébrées promptement, et avec grande pompe et solennité.

Quelque temps après, la princesse recommença à sortir, toujours sous la forme d'un Lièvre au poil argenté. Chaque matin, avant de partir, elle remettait à son mari les clefs de toutes les chambres, de toutes les salles et de tous les cabinets du château, même celle de son trésor, le laissant libre d'entrer partout, à l'exception "d'un petit cabinet, dont elle lui recommanda bien de ne jamais ouvrir la porte, sous peine des plus grands malheurs.

Malo, une fois la princesse partie, se promenait de tous côtés, dans les jardins et les salles et les chambres du château, et partout il voyait des trésors et des merveilles de tout genre. Il avait bien envie de visiter aussi le cabinet défendu, mais, il' se rappelait la défense de la princesse, et n'osait pas. Un jour, pourtant, il succomba à la tentation : il ouvrit la porte, et aussitôt le diable s'élança hors du cabinet et dit :

— C'est très bien ; ta femme est à moi, à présent, et je vais l'emporter !

— Vous attendrez bien, au moins, jusqu'à dix heures, demain matin, répondit Malo.

— Oui, mais à dix heures précises, demain matin, je l'emporterai.

Quand la princesse rentra, le soir, elle trouva Malo tout embarrassé et tout triste.

— Je sais, lui dit-elle, ce qui est cause de ta tristesse; tu m'as désobéi; tu as ouvert la porte du cabinet défendu, et à présent, j'appartiens au diable, qui y était enfermé.

— J'ai commis une faute, je le reconnais, répondit Malo, mais, soyez sans inquiétude pourtant , car je saurai bien vous défendre contre le diable.

I,e lendemain matin, le diable se présenta à Malo, à dix heures juste, et lui dit :

— Où est ta femme ? Je viens la chercher.

— Je vais vous la livrer, tout à l'heure. Rendez-vous là-bas, au milieu de la plaine, devant le château, et je vous la conduirai là, dans un instant.

Le diable se rendit au milieu de la plaine. Malo l'y vint rejoindre bientôt, accompagné de la princesse. Mais, au lieu de la lui livrer, il souffla dans le cor d'ivoire, que lui avait donné le géant, mari de sa sœur aînée, et aussitôt arrivèrent toutes les bêtes à cornes du pays, qui coururent sus au diable. Celui-ci aurait bien voulu s'échapper, mais de tous côtés, il se heurtait à des cornes aiguës, qui lui fermaient la retraite. Il perdit un œil et demanda quartier, jusqu'à dix heures, le lendemain matin ; ce qui lui fut accordé.

Le lendemain matin, à dix heures, on se trouva encore, de part et d'autre, dans la plaine, et le diable réclama encore la princesse.

— Oui, si tu la gagnes, lui répondit Malo, car il te faudra encore combattre.

Et aussitôt il souffla dans le bec d'oiseau, que lui avait donné le second géant, et tous les oiseaux du pays, petits et grands, arrivèrent de tous côtés,' se précipitèrent sur le diable, et lui crevèrent l'œil qui lui restait. Si bien qu'il demanda encore quartier, jusqu'à dix heures, le lendemain matin.

— Je le veux bien, répondit Malo, mais, ce sera pour la dernière fois.

Le lendemain matin, à l'heure dite, on se retrouva dans la plaine, de part et d'autre, et le diable réclama encore la princesse. Malo, pour toute réponse, tira de sa poche la mèche de cheveux dorés, que lui avait donnée, le troisième géant, lui commanda de faire son devoir, et aussitôt tous les animaux à poil du pays, petits et grands, accoururent, de tous côtés, et tombèrent sur le diable, l'attaquant chacun à sa manière. Le combat fut terrible, et le diable, quoique aveugle, se défendit comme un diable. Il poussait des cris épouvantables, sous les coups de dents et de griffes des assaillants... Enfin, il fut vaincu, abattu, foulé aux pieds et enchaîné.

On construisit un grand bûcher, au milieu de la plaine ; on y mit le feu et le diable fut jeté dans le brasier. Comme il était habitué au feu, il n'y mourait pas, mais, il poussait des cris, qui effrayaient tout ce qui vivait à plusieurs lieues à la ronde, et il essayait de s'échapper. Mais, les animaux faisaient cercle autour du bûcher, et l'y repoussaient. Voyant cela, il dit à Malo que, s'il voulait le laisser partir, il renoncerait à tout droit sur la princesse. Comme on ne pouvait venir à bout de lui, d'aucune manière, Malo y consentit, mais, à la condition qu'il signerait sa renonciation avec son sang. Il signa, et on le laissa partir, alors.

Et voilà pourquoi il vit encore, et fait tant de mal sur la terre. Si on avait pu en venir à bout, quand on le tenait, le pauvre monde serait, sans doute, plus heureux qu'il ne l'est.

Malo se maria alors à la princesse, et il y eut, à cette occasion, dçs fêtes magnifiques, des jeux et des festins, pendant quinze jours.

Coûté par Jeanne Ewen, de Louargat (Côtcs-du-Nord). — 1869.

|L y avait, une fois, trois jeunes gens, trois frères, qui habitaient un vieux manoir, avec leur mère, qui était veuve. Depuis la mort de leur père, on entendait, chaque nuit, du bruit, dans la chambre où il était décédé, et on ne savait quelle pouvait en être la cause. Personne n'osait coucher dans cette chambre, et la veuve parlait d'abandonner le manoir. Mais, avant de prendre cette détermination, elle réunit, un jour, ses enfants et leur parla de la sorte :

— Nous ne sommes plus riches, mes pauvres enfants, et ce serait un grand dommage pour nous, s'il nous fallait abandonner cette maison, pour aller habiter ailleurs. Je voudrais auparavant qu'un de vous eût la hardiesse d'aller passer une nuit, dans la chambre où l'on entend le bruit, afin de savoir ce qui en est la cause.

— Moi, j'y irai, ma mère, dit l'aîné, nommé Fanch.

Et, après souper, et les prières faites en commun, Fanch se rendit à la chambre. C'était au mois de décembre, et il fit un bon feu, dans la vaste cheminée, et il se mit à fumer sa pipe, en buvant un verre de cidre* de temps en- temps.

Dix heures étaient sonnées, qu'il n'avait encore entendu aucun bruit, si ce n'est quelques rats trotter dans le grenier. Onze heures sonnèrent, et toujours rien. Il s'endormit, dans son fauteuil, près du feu. Vers minuit, sa mère- et ses frères, qui (étaient en bas, entendirent le vacarme ordinaire^ Fanch dormait profondément et n'entendit rien;

Le lendemain matin, quand il descendit, sa mère courut l'embrasser •«» disant :

-r- Dieu soit loué ! Tu es donc encore en vie, mon pauvre enfant ?

— Mais oui, ma mère, comme vous voye? ; pourquoi me demandez-vous cela ?

— C'est qu'il y a eu, cette nuit, tant de bruit et de vacarme, là-haut, que nous craignions pour ta vie.

— Je n'ai rien vu ni entendu, ma mère,

— > Estrce possible? Nous n'en avons pas pu dormir, un instant.

— Quant à moi, j'ai bien dormi..

Xa nuit suivante, ce lut le second fils, nommé Jean, qui voulut veiller, dans la chambre hantée.

11 lui arriva absolument ;comme a son aîné. Il s'endormit aussi, et n'entendit ni ne vit rien, bien que le «vacarme allât encore bon 'train.

— C'est mon 'tour, dit alors le cadet, nommé Alanic.

Et, la nuit venue, il monta aussi a la chambre; mais, il n'emporta pas de cidre et ne s'endormit point.

Vers minuit, 'Comme il lisait tranquillement, près du feu, Il lui -sembla «entendre marcher derrière lui. Il tourna la tête, et fut bien étonné de Toir «on père, comme quand 'il était en vie. Il eut dîabord peur, puis il s?enhardit -et dit:

— C'est vous qui êtes là, mon père ?

— Oui, mon enfant, c'est moi, réponâÎNÎl tristement.

— Puis-je quelque chose pour vous, mon père ? Parlez, je suis prêt à vous servir, quoi que vous puissiez me demander.

— Hélas ! mon enfant, quand je vivais encore sur la terre, je promis, étant malade sur mon lît, d'aller en pèlerinage à Saint-Jean*de-Galice, si je recouvrais la santé. Je guéris et n'allai point à Saint-Jacques-de-Galice, et maintenant, je suis dans le Purgatoire, et je n'efi puis sortir, que

lorsqu'un de mes enfants aura accompli pour moi le pèlerinage promis.

— Je le ferai, mon père, et je partirai dès demain matin, dit Alanic.

— La bénédiction de Dieu soit sur toi, mon fils! répondit le fantôme, qui s'évanouit aussitôt (i).

Le lendemain matin, quand Alanic descendit, sa mère lui demanda :

— Est-ce que, comme tes frères, tu n'as aussi rien entendu ni rien vu, mon fils ?

— Si, ma mère, répondit-il, j'ai entendu et j'ai vu.

— Quoi donc, mon fils? Dis-moi, vite.

— J'ai vu mon père, comme quand il était en vie, et il m'a parlé, ma mère.

— Grand Dieu!... Et que t'a-t-il dit, mon enfant ?

— Il m'a dit que c'est lui qui fait, chaquenuit, le bruit que vous savez, et qu'il est dans le Purgatoire, et n'en sortira que lorsqu'un de ses enfants aura fait pour lui le pèlerinage de Saint- Jacques-de-Galice, qu'il avait, promis de faire, étant gravement malade, et qu'il ne fit point, après sa guérison.

(z) Tout ce début doit être une interpolation moderne, dans une fable entièrement payenne, à l'origine.

— Jésus mon Dieu !... Et que lui as- tu répondu, mon enfant?

— Je lui ai répondu, ma mère, que je ferai le pèlerinage promis, à Saint-Jacques-de-Galke, et je veux me metire en route aujourd'hui même.

— Nous t'accompagnerons, lui dirent ses deux aînés.

— Non, répondit-il, je veux être seul.

Et il prit son arc seulement et partit (i). Il était bon tireur, et le gibier qu'il prenaifsuffisait à sa nourriture. Il avait iait vœu de ne s'arrêter dans aucune hôtellerie, pour manger ou pour dormir. Il marche et marche, mettant toujours un pied devant l'autre, et arrive à une grande forêt. Il y avait trois jours et trois nuns qu'il était dans cette forêt, sans pouvoir en sonir. Il arrive à un vieux château entouré de hautes murailles. Comme il considérait ce château et en cherchait la porte, un lièvie vint à passer près de lui. Il bande son arc, lance la flèche et abat le lièvre. Aussitôt un ramier passe au-dessus de sa tête, et il l'abat aussi à ses pieds.

— Voilà de quoi dîner, se dit-il.

(1) Ici commence un autre conte, d'un tout autre caractère et entièrement payen. Les deux récits ont été réunis et confondus par le conteur populaire, comme cela se voit souvent, pour allonger son conte, et dans l'intention d'en augmenter l'intérêt. Je donne son récit tel que je l'ai recueilli.

Et, comme il s'apprêtait à ramasser son gibier, il vit tout à coup apparaître, à côté de lui, deux énormes géants. Cette vue le surprit et lui fit peur, un peu.

— Tu es un bon tireur, lui dit un des géants.

— On en peut trouver facilement de plus mauvais que moi, répondit-il.

— Ferais-tu d'un chat ce que tu as fait de ce lièvre et de ce pigeon ?

— Je pense que oui.

— Ce chat n'a qu'un œil, qui est au milieu du front, et il faudra le frapper dans cet œil, ou il te mettra en pièces.

— Alors, je préfère ne pas essayer.

— Si tu n'essaies pas, mon frère et moi nous te mettrons aussi à mort.

— Alors, j'essaierai. Où est le chat1?

— A midi juste, il paraîtra sur le mur du château et s'y promènera au soleil, pendant <jue sonneront les douze coups, et c'est dans cet intervalle que tu devras le tuer, sous peine d'être tué parlai.

— Cestbienl

Un moment après, frappa le premier coup de midi, et un grand chat blanc parut sur le mur et se mit à s'y promener, au soleil. Alanic tend son arc et vise ; la flèche part et le chat tombe du haut du mur, en criant : Miaou I miaou I... d'une façon effrayante.

— C'est à merveille ! dit l'aîné des géants, et la princesse nous appartient, à présent. Cependant, il nous reste encore à pénétrer dans le château, ce qui n'est pas facile. Voici comment nous pourrons y arriver : Je vais m'adosser au mur, mon frère montera sur mes épaules, toi tu monteras sur les épaules de mon frère et atteindras ainsi le sommet, puis, tu descendras dans la cour par ce chêne qui est de l'autre côté et dont les branches touchent le mur, et alors tu nous ouvriras la porte.

Alanic pénétra, en effet, de cette façon, dans la cour du château. Mais, au moment où il allait ouvrir la porte, il aperçut, suspendu â un clou au mur, un beau sabre sur la lame duquel il lut ces mots :

a Celui qui pénétrera dans cette cour, et qui abattra avec moi les têtes des deux géants, deviendra le maître de ce château, ou il trouvera de grands trésors. »

— C'est bien ! se dit Alanic, en s' emparant du sabre ; mais, je ne suis pas assez grand pour pouvoir frapper les géants à^'Ja tête; comment faire?

11 aperçut alors, au bas de la porte, un trou rond comme une chatière, et comme les géants lui criaient déjà : — « Ouvre-nous la porte, » il leur répondit :

— Je ne puis pas, je ne trouve pas la clef,

mais, je vais, avec un sabre que je vois ici, agrandir la chatière, jusqu'à ce que vous puissiez passer par là.

Et il agrandit le trou et dit ensuite aux géants :

— Voyez si le trou est assez grand, à présent, et mettez-y la tête.

Et l'aîné des géants passa sa tête par la chatière. Alanic lui déchargea de toutes ses forces un coup de sabre sur la nuque, et la tête roula sur le pavé de la cour.

— En voilà toujours un, qui ne fera plus de mal à personne, se dit-il.

Et il se tint en silence près de la porte. L'autre géant, qui ne savait pas ce qui venait de se passer, criait à son frère :

— Passe donc, vite !

Et comme il ne bougeait pas, il le tira à lui, et quand il vit qu'il n'avait plus de tête, il poussa un cri épouvantable ; puis il tomba sur la porte à coups de poings et de pieds ; mais, la porte était solide et ne cédait pas. Alanic ne soufflait mot, de son côté ; si bien que le géant pensa qu'il s'était rendu près de la princesse, que le chat blanc retenait captive, dans le château. U mit aussi la tête à la chatière, et Alanic l'abattit, comme celle de son frère.

— Voilà qui est fait ! dit-il ; voyons, à présent, ce qu'il y a dans le château.

Et il entra dans le château.

Dans une première salle, il vit une table toute servie. Il avait faim, et il but et mangea, sans que personne vînt le contrarier, ni qu'aucun être vivant se montrât. Au-dessus d'une porte, qui donnait sur cette salle, il lut ces mots :

<r C'est dans la quatrième salle qu'est le plus beau trésor : quiconque pénétrera jusque-là et donnera un baiser à la princesse qu'il y verra couchée et endormie sur un lit, possédera le château, avec tout ce qu'il renferme, mime la princesse, »

— Voyons, se dit Alanic, si nous pourrons aller jusqu'à cette quatrième salle.

Et il entra dans la seconde salle, où il vit des monceaux de pièces de monnaie d'argent, toutes neuves. Tout était d'argent, dans cette salle, jusqu'aux murs. Il remplit ses poches et songea d'abord à s'enfuir. Mais, il lut au-dessus d'une autre porte ces mots : * Encore plus beau I » et il entra dans la troisième salle. Là tout était d'or, et il jeta les pièces d'argent qui remplissaient ses poches, et les remplaça par des pièces d'or, puis il songea encore à s'enfuir avec son or. Mais, ses yeux tombèrent sur cette inscription, au-dessus d'une quatrième porte : « Encore plus beau ! » et il se dit :

— Il faut que je voie tout, pendant que j'y suis ; c'est là, sans doute, qu'est la princesse.

Et il entra dans la quatrième salle, et resta immobile, la bouche ouverte, et comme pétrifié, à la vue de la merveille qui s'y trouvait. C'était une jeune princesse, belle comme le soleil béni de Dieu, quand il se lève, un beau jour de printemps, et qui sommeillait sur un lit en or massif, enchâssé de diamants et de perles. Il s'approcha d'elle, tout doucement et sur la pointe du pied, de peur de l'éveiller. Il posa un baiser sur une de ses mains, qui pendait hors du lit. Elle ne fit aucun mouvement. U s'enhardit et se coucha à côté d'elle, et lui donna le baiser qu'il fallait. Elle s'éveilla alors, ouvrit peu à peu les yeux et lui sourit doucement, en disant : « Mon amour 1 »

Mais Alanic, effrayé de son audace, sauta à bas du lit, et, dans son trouble, chaussa un de ses souliers et une des pantoufles de la princesse, et s'enfuit, au plus vite.

La princesse se leva aussi, et le poursuivit, à travers les salles, puis la cour, puis hors de la cour. Elle le perdit de vue, dans le bois sombre qui entourait le château, et en éprouva une grande douleur.

Sur la lisière du bois, était un grand chemin, par où passaient tous ceux , qui se rendaient en Espagne. Elle se dit :

— Tôt ou tard, il passera par ce chemin, — car elle savait qu'il devait aller en Espagne.

Par son art magique, elle bâtit un château magnifique, au bord de la route, avec cette inscription, au-dessus de la porte principale :

(( Ici Von héberge gratuitement tous les passants, à la seule condition de dire à la maîtresse de la maison qui ils sont, d'où ils viennent, où ils vont, et enfin tout ce qui leur est arrivé d'extraordinaire, dans leurs voyages. »

Un jour, vers le coucher du soleil, Alanic arriva devant cette maison, en revenant de Saint- Jacques-de-Galice. Il était tout poudreux, exténué de fatigue, avait faim et point d'argent. Il lut l'inscription et s'écria :

— Dieu soit béni !

Il entra et fut bien accueilli par la princesse. Il ne la reconnut pas ; mais, elle le reconnut, à première vue. Elle lui servit elle-même à manger et à boire et eut pour lui toutes les attentions possibles, ce qui l'étonna.

Quand il fut restauré et un peu remis de sa fatigue, il la regarda attentivement et eut un souvenir vague de l'avoir vue quelque part, mais, il ne pouvait se rappeler où. La princesse lui dit alors :

— Vous avez sans doute lu, jeune voyageur, l'inscription qui est au-dessus de la porte de ma maison.

— Oui, je l'ai lue, répondit Alanic, et je suis prêt à m'y conformer.

Et il raconta le motif de son départ de la maison paternelle, et son aventure du château du bois, mais, sans entrer dans tous les détails.

La princesse lui demanda :

— N'avez-vous pas aussi rencontré, dans une salle de ce château, une jeune princesse qui dormait sur un lit, et profitant de son sommeil, ne l'avez-vous pas embrassée?

— Oui, répondit-il en rougissant.

— Reconnaîtriez-vous bien cette princesse, si vous la revoyiez ?

— Je pense que oui, dit-il, en la regardant plus attentivement.

— N'avez-vous rien emporté aussi du château?

— Non..., si ce n'est pourtant une petite pantoufle d'or.

— Qu'avez-vous fait de cette pantoufle ?

— Je l'ai encore ; la voici !

Et, la tirant de sa poche, il la posa sur la table.

— Moi aussi, dit la princesse, j'ai une pantoufle d'or, de tout point pareille à la vôtre. .

Et elle posa sur la table une seconde pantoufle, absolument semblable à la première. Les deux faisaient la paire. Puis elle les chaussa, et elles lui allaient parfaitement. Et elle sauta au cou d'Alanic et l'embrassa, en disant :

— C'est vous qui m'avez délivrée, en tuant le chat blanc qui me retenait enchantée, dans son château, au milieu du bois, et* en me donnant le baiser qui m'a réveillée et a rompu le charme. Vous serez désormais mon époux, et ce château vous appartient, avec tous les trésors qu'il renferme.

Alanic fit venir sa vieille mère et ses deux frères, et son mariage avec la princesse fut célébré, avec pompe et solennité, et il y eut, à cette occasion, de grands festins et des fêtes et des réjouissances publiques, pendant quinze jours entiers.

La trisaïeule de ma bisaïeule était employée dans la cuisine du château, et c'est grâce à elle que le souvenir s'est conservé dans ma famille de cette belle histoire et que j'ai pu vous la raconter

Sans mensonge aucun,

Si ce n'est peut-être un mot ou deux (i).

Conté par François Flouriot, laboureur, de Prat (Côtes-du-Nord). Septembre 1874.

(1) ... Hep lavartt gaou,

Met Huurtcç eur gtr pe daou.

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