LA FILLE DU PRINCE DE BAKHTAN
dieu de bon conseil, fut transporté vers Khonsou qui règle les destinées, le dieu grand qui chasse les étrangers, et Sa Majesté dit en face de Khonsou en Thèbes, dieu de bon conseil : « Excellent « seigneur, s’il te plaît tourner ta face à Khonsou « qui règle les destinées, dieu grand qui chasse « les étrangers, on le fera aller à Bakhtan. » Et le dieu approuva de la tête fortement par deux fois (i). Alors Sa Majesté dit : « Donne-lui ta « vertu que je fasse aller la Majesté de ce Dieu au « Bakhtan, pour délivrer la fille du prince de « Bakhtan. » Et Khonsou en Thèbes, dieu de bon conseil, approuva de la tête fortement, par deux fois, et fit la transmission de vertu magique à Khonsou qui règle les destinées en Thèbes, par
(i) Les statues, étant animées d’un double, manifestaient leur volonté, soit par la voix, soit par des mouvements cadencés. Nous savons que la reine Hatshopsitou avait rw/et/au le dieu Amon lui commander d’envoyer une escadre aux Echelles de l’Encens, pour en rapporter les parfums nécessaires au culte. Les rois de la XX' et de la XXI' dynastie, moins heureux, n’obtenaient que des gestes, toujours les mêmes; lorsqu’ils adressaient une question à un dieu, la statue demeurait immobile si la réponse était négative, secouait fortement la tête à deux reprises si la réponse était favorable, comme c’est ici le cas. Ces consultations se faisaient selon un cérémonial strictetement réglé, dont les textes contemporains nous ont coitservé les opérations principales (Maspero, Noies sur différents points, dans le Recueil, t. I, p. i>8-i)9).
ET l’esprit possesseur
quatre fois (i). Sa Majesté ordonna qu’on fit partir Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes, sur une barque grande, escortée de cinq nacelles, de chars et de chevaux nombreux qui marchaient de droite et de gauche. Quand ce Dieu fut arrivé à Bakhtan, en l’espace d’un an et cinq mois, voici que le prince de Bakhtan vint avec ses soldats et ses généraux au devant de Khonsou, qui règle les destinées, et se mit à plat ventre, disant : « Tu
(i) La vertu innée des dieux (sa) paraît avoir été regardée par les Égyptiens comme une sorte de fluide, analogue à ce qu’on appelle chez nous de différents noms, fluide magnétique, aura, etc. Elle se transmettait par l’imposition des mains et par de véritables passes, exercées sur la nuque ou sur l’épine dorsale du patient : c’était ce qu’on appelle Soipou sa et qu’on pourrait traduire par à peu près pratiquer des passes. La cérémonie par laquelle le premier Khonsou transmet sa vertu au second est assez souvent représentée sur les monuments, dans des scènes où l’on voit une statue de Dieu faire les passes à un roi. La statue, d’ordinaire en bois, avait les membres mobiles : elle embrassait le roi, et lui passait la main par quatre fois sur la nuque, tandis qu’il se tenait agenouillé devant elle, lui tournant le dos. Chaque statue avait reçu au moment de la consécration, non seulement un double, mais une portion de la vertu magique du dieu qu’elle représentait : le sa de vie était derrière elle qui l’animait et pénétrait en elle, au fur et à mesure qu’elle usait une partie de celui qu’elle possédait en le transmettant. Le dieu luimême, que cet écoulement de sa perpétuel aurait fini par épuiser, s’approvisionnait de sa à un réservoir mystérieux que renfermait l’autre monde : on ne disait pas à quelle pratique le réservoir devait de ne pas s’épuiser (Maspero, Bulletin Critique de la religion Egyptienne. Le Rituel du Sacrifice funéraire, p. 17-18, 2S-29.)
LA FILLL DU fRINCE DE BAKHTAN
« viens à nous, tu te rejoins à nous, selon les « ordres du roi des deux Égyptes Ousirmarî « Sotpounirî. » Voici, dès que ce dieu fut allé au lieu où était Bint-Rashit, et qu’il eut fait les passes magiques à la fille du prince de Bakhtan, elle se trouva bien sur le champ, et le démon qui était avec elle dit en présence de Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes : « Viens en paix, dieu grand « qui chasses les étrangers, Bakhtan est ta ville, « ses gens sont tes esclaves, et moi-même je suis « ton esclave. Je m’en irai donc au lieu d’où je « suis venu, pour donner à ton cœur satisfaction « au sujet de l’affaire qui t’amène, mais ordonne « Ta Majesté qu’on célèbre un jour de fête pour « moi et pour le prince de Bakhtan. » Le dieu fit à son prophète un signe de tête approbateur pour dire : « Que le prince de Bakhtan fasse une grande « offrande devant ce démon. » Or, tandis que cela se passait entre Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes, et entre ce démon, le prince de Bakhtan était là avec son armée frappé de terreur. Et, quand on eut fait une grande offrande par-devant Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes, et par devant le démon du prince de Bakhtan, en célébrant un jour de fête en leur honneur, le
ET l’esprit possesseur
démon s’en alla en paix au lieu qui lui plaisait, selon l’ordre de Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes.
Le prince de Bakhtan se réjouit grandement ainsi que tous les gens de Bakhtan, et il s’entretint avec son cœur, disant : « Puisque ce Dieu « a été donné au Bakhtan, je ne le renverrai pas « en Egypte. » Or, après que ce Dieu fut resté trois ans et neuf mois au Bakhtan, comme le prince de Bakhtan était couché sur son lit, il vit en songe ce Dieu sortant de sa châsse, en forme d’un épervier d’or qui s’envolait haut vers l’Égypte ; quand il s’éveilla, il était tout frissonnant. Alors il dit au prophète de Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes ; « Ce Dieu qui était demeuré avec « nous, il retourne en Égypte ; que son char aille « en Égypte ! » Le prince de Bakhtan accorda que ce Dieu partît pour l’Égypte, et il lui donna de nombreux cadeaux de toutes bonnes choses, ainsi qu’une forte escorte de soldats et de chevaux. Lorsqu’ils furent arrivés à Thèbes, Khonsou, qui règle les destinées en Thèbes, se rendit au temple de Khonsou en Thèbes, le bon conseiller; il mit