D’UNE HISTOIRE DE REVENANT
FRAGMENTS
D'UNE HISTOIRE DE REVENANT (XXe dynastie)
LS nous ont été conservés sur quatre tessons de pot, dont un est aujourd'hui au Louvre et un autre au Musée de Vienne; les deux derniers sont au Musée Égyptien de Florence.
UOstracon de Paris est formé de deux morceaux recollés ensemble et portant les débris de on:(e lignes. Il a été traduit, mais non publié, par Dévéria, Catalogue des manuscrits égyptiens du Musée du Louvre, Paris, i8y2, p. 208, et le cartouche qu'il
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renferme, étudié par Lincke, Ueber einem noch nicht erklàrteti Kônigsnamen auf einem Ostrakon des Louvre, dans le Recueil de Travaux relatifs à la philologie et à l’archéologie Égyptienne et Assyrienne, 1880, t. II, p. 8)-8^. Cinq lignes du texte ont été publiées en fac-similé cursif par M. Lauth, qui lit le nom royal Râ-Hap-Amb, et le place dans la IV^ dynastie (Manetho und der Turiner Kônigspapyrus, p. 18 y). Les deux fragments de Florence portent, sur le Catalogue de Migliarini, les numéros 2616 et 26 ly. Ils ont été photographiés en i8y6 par M. W. Golénischef, puis transcrits d’une manière incomplète par M. Erman, dans la Zeitschrift (1880, y^fasc.), enfin publiés en fac-similé, transcrits et traduits par W. Golénischeff, Notice sur un Ostracon hiératique du Musée de Florence (avec deux planches), dans le Recueil, 1881, t. III, p. y-y. fai joint au mémoire de M. Golénischeff une Note additionnelle (Recueil, t. III, p. y) qui renferme quelques coi'rections . Les deux fragments de Florence ne donnent en réalité qu’un seul texte, car l’ Ostracon 261 y parait n’être que la copie de l’ Ostracon 2616. Enfin V Ostracon de Vienne a été découvert, publié et traduit par M. E. de Bergmann, dans ses Hieratische und Hieratisch - Demotische Texte
d’une histoire de revenant
der Sammlung Ægyptischer Alterthümer des Allerhôchsten Kaiserhauses, Vienne, 18S6, pl. IV, p. VI. Il est brisé par le milieu et la moitié de chaque ligne a disparu.
Il est impossible de deviner quelle était la donnée principale du conte. Plusieurs personnages y jouaient un rôle,' un grand-prétre d’Arnon Thébain, Khonsoumhabi, trois hommes sans nom, et un revenant qui parle en fort bons termes de sa vie d'autrefois. L’Ostracon de Paris paraît nous avoir conservé un fragment du début. Le grand-prêtre Khonsoumhabi semble préoccupé de Vidée de trouver un emplacement convenable pour son tombeau.
envoya un de ses subordonnés à l’endroit où s’élevait le tombeau du roi de ^ la Haute et de la Basse-Égypte, Râhotpou, V. s. f. (i), et avec lui des gens sous les
(i) Le nom de Râhotpou a été porté par un roi obscur Je la XVI® ou de la XVII® dynastie, dont le tombeau paraît avoir été situé à Thèbes, dans le même quartier de la Nécropole, où s’élevaient les pyramides des souverains de la XI®, de la XIII®, de la XIV® dynastie et des dynasties suivantes, vers Drah- Abou’l-Neggah. C’est probablement de ce Râhotpou qu’il est question dans notre texte.
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Oidres du grand-prêtre d’Amon, roi des dieux, trois Uommes, en tout quatre hommes : celui-ci s’embarqua avec eux, il navigua, il les amena à l’endroit indiqué, auprès du tombeau du roi Râhotpou, V. s. f. Ils s’en approchèrent avec
elle, ils y pénétrèrent : elle adora vingt-cinq
dans la royale contrée, puis ils vinrent au
rivage, et ils naviguèrent vers Klionsoumhabi, le grand-prêtre d’Amon-Râ, roi des dieux, et ils le trouvèrent qui chantait les louanges du dieu dans le temple de la ville d’Amon.
IL leur dit : « Réjouissons-nous, car je suis « venu et j’ai trouvé le lieu favorable pour y « établir mon séjour à perpétuité! » Les trois hommes lui dirent d’une seule bouche : « Il est « trouvé le lieu favorable pour y établir ton « séjour à perpétuité, » et ils s’assirent devant elle, et elle passa un jour heureux, et son cœur se donna à la joie. Puis il leur dit : « Soyez prêts « demain matin, quand le disque solaire sortira « des deux horizons. » Il ordonna au lieutenant du temple d’Amon de loger ces gens-là, il dit à chacun d’eux ce qu’il avait à faire et il les fit revenir se coucher dans la ville le soir. Il établit...
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ANS les fragments de Florence, le grand-prêtre
se trouve en tête-à-tête avec le revenant. Peutêtre est-ce en faisant creuser le tombeau qu’il a rencontré par hasard un tombeau plus ancien, dont les hôtes se sont mis à causer avec lui.- Au point où nous prenons le texte, une des momies semble raconter sa vie à la première, le prophète d’Amon.
JE grandissais et je ne voyais pas les rayons « du soleil, et je ne respirais pas le souffle « de l’air, mais l’obscurité était devant moi « chaque jour, et personne ne me venait trou- « ver. » L’esprit lui dit : « Moi, quand j’étais « encore vivant sur terre, j’étais trésorier du « roi Râhotpou, v. s. f., j’étais aussi son lieute- « nant d’infanterie. Puis, je passai en avant des « gens et à la suite des dieux (i), et je mourus en « l’an XIV, pendant les mois de Shomou (2) du « roi Monhotpourî, v. s. f. Il me fit mes quatre « enveloppes et mon sarcophage en albâtre; il « fit faire pour moi tout ce qu’on fait à un « homme de qualité, me donna des offrandes... »
(i) Passer en avant des hommes et à la suite des dieux, c’est mourir. Le mort précède dans l’autre monde ceux qui restent sur terre et va se ranger parmi ceux qui suivent Râ, Osiris, Sokaris ou quelqu’un des dieux funéraires.
(2) L’année ég)rptienne était divisée en trois saisons de quatre mois chacune ; celle de Shomou était la saison des moissons.
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OUT ce. qui suit est fort obscur. Le moi't semble
^ se plaindre de quelque accident qui lui serait arrive a lui-même ou à son tombeau, mais je ne vois pas bien quel est le sujet de son mécontentement. Peut-être désirait-il simplement, comme Noferképhtah dans le conte de Satni-Khâmoïs , avoir à demeure auprès de lui sa femme, ses enfants, ou quelqu’une des personnes qu’il avait aimées. Son discours fini, le visiteur prend la parole à son tour.
1 E premier prophète d’Amon - Râ , roi des dieux, Khonsoumhabi, lui dit : « Ah ! donne- « moi un conseil excellent sur ce qu’il con- « vient que je fasse, et je le ferai faire pour « toi, ou du moins accorde qu’on me donne « cinq hommes et cinq esclaves, en tout dix perce sonnes, pour m’apporter de Teau, et alors je (( donnerai du grain chaque jour, et cela m’en- (( richira, et on m’apportera une libation d’eau (( chaque jour. » L’esprit Nouitbousokhnou (i) lui dit ; (( Qli’ est-ce donc que tu as fait? Ne pas (( laisser le bois au soleil, il ne restera pas des-
(i) Ce nom signifie la demeure fie l’enferme point : peut-être, au lieu d’être le nom du mort, est-ce un terme générique servant à désigner les revenants.
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« séché; ce n’est pas la pierre vieillie qu’on fait « venir »
I E prophète d’Amon semble, comme on voit, deman- ^ der un service à l’esprit ; l’esprit de son côté ne paraît pas disposé à le lui accorder, malgré les promesses que le vivant lui fait. Im conversation se prolongeait sur le même thème asse^ longtemps et je crois en trouver la suite sur l’Ostracon de Vienne. Khonsoumhabi désirait savoir à quelle famille appartenait l’un de ses interlocuteurs , et celui-ci satisfaisait amplement cette curiosité bien naturelle.
î ’esprit lui dit ; « X... est le ‘nom de mon ^ « père, X... le nom du père de mon père, « et X... le nom de ma mère. « Le grand-prêtre Khonsoumhabi lui dit : « Mais alors je te connais « bien. Cette maison éternelle où tu es, c’est moi « qui te l’ai fait faire; c’est moi qui t’ai foit « ensevelir, au jour où tu as rejoint la terre, « c’est moi qui t’ai fait faire tout ce qu’on doit « faire à quiconque est de haut rang. Mais moi, « voici que je suis dans la misère, un mauvais (( vent d’hiver a soufflé la faim sur le pays, et je « ne suis plus heureux, mon cœur ne déborde pas
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« (de joie) comme le Nil » Ainsi dit Khon-
soumhabi, et après cela Khonsomnhabi resta là, en pleurs, pendant longtemps, sans manger, sans boire, sans
Le texte est criblé de tant de lacunes que je ne nie flatte pas de l’avoir bien interprété partout. Il aurait été complet que la diflîculté aurait été à peine moins grande. Je ne sais si la mode était che\ tous les revenants égyptiens de rendre leur langage obscur à plaisir : celui-ci ne paraît pas s’être préoccupé d’étre clair. Son discours est interrompu brusquement au milieu d’une plrrase, et, à moins que M. Golénischeff ne découvre quelque autre tesson dans un musée, je ne vois guère de chance que nous en connaissions jamais la fln, non plus que la fln de l’histoire.
HISTOIRE D’UN MATELOT
lE fragment est extrait du grand papyrus démotique de la Bibliothèque nationale. Ce papyrus, rapporté en France, au commencement du siècle, par un des membres de l’expédition d’Égypte, était demeuré, jusqu’en 1873, perdu dans une liasse de papiers de famille. Offert par la librairie Maisonneuve à la Bibliothèque nationale de Paris, il fut acquis moyennant la faible somme de mille francs.
Il est écrit sur les deux faces et renferme plusieurs compositions d’un caractère particulier, qui ont la prétention d’être historiques, mais où l’imagination l’emporte de beaucoup sur l'histoire. Le seul fragment qui ait sa place bien nettement marquée dans ce recueil est celui dont je donne la traduction dans les pages suivantes. Le mérite d’en avoir découvert et publié le texte revient à M. Eugène Révillout, conservateuradjoint au Musée égyptien du Louvre :
Premier extrait de la Chronique Démotique de Paris : le roi Am.asis et les Mercenaires, selon les données d’Hérodote et les renseignements de la Chronique, dans la Rei'ue égyptologique, t. I, p. 49-82, et planche 2, in-4°, Paris, 1880, E. Leroux.
Le roi Amasis eut, paraît-il, le privilège d'inspirer les conteurs égyptiens. Sa basse origine, la causticité de son esprit, la hardiesse de sa politique à l’égard des Grecs soulevèrent contre
HISTOIRE d’un matelot
lui la haine tenace des uns et lui valurent l’admiration passionnée des autres. Hérodote recueillit sur son compte les renseignements les plus contradictoires. L'Histoire du Matelot nous rend, dans la forme originale, une des anecdotes qu’on racontait de lui : l’auteur prétend que le roi Amasis, s’étant enivré un soir, se réveilla, la tête lourde, le lendemain matin, et, ne se sentant pas disposé à traiter d’affaires sérieuses, demanda à ses courtisans si aucun d’eux ne connaissait quelque histoire amusante. Un des assistants saisit cette occasion de raconter les aventures d’un matelot. Le texte est trop tôt interrompu pour qu’on puisse juger de la tournure que prenait le récit. On peut supposer à la rigueur que le narrateur en tirait une morale applicable au roi Amasis :’il me paraît assez vraisemblable que l’épisode du début n’était qu’un prétexte à histoire. Sans parler du passage du livre d’Esther, où Assuérus, ne pouvant dormir, se fait lire les annales de son régne, le premier roman égyptien de Saint-Pétersbourg commence à peu près de la même manière ; le roi Snofroui assemble son conseil et lui demande une histoire. On me permettra donc de ne pas attacher à ce récit plus d’importance que je n’en ai accordée aux récits de Sinouhit ou de Thoutii.
HISTOIRE D’UN MATELOT
(ÉPOQ.UE PTOLÉMAÏQUE)
jour, au temps du roîAhmasi, dit à ses grands : « Il me plaît vm d’Égypte ! » Ils dirent :
(( Notre grand maître, c’est dur de boire du bran- « devin d’Égypte. » Il leur dit ; « Est-ce que « vous trouveriez à reprendre à ce que je « dis (i)? » Ils dirent : « Notre grand maître, ce « qui plaît au roi, qu’il le fasse. » Le roi dit : « Qu’on porte du brandevin d’Égypte sur le lac ! »
(i) Lût. : « Est-ce que cela a mauvaist odeur ce que je vous « dis? »
arriva un que le roi ^ boire du br:
HISTOIRE D UN MATELOT
Ils agirent selon l’ordre du roi. Le roi se lava avec ses enfants, et il n’y eut vin du monde avec eux, si ce n’est le brandevin d’Égypte ; le roi se délecta avec ses enfants, il but du vin en très grande quantité, à cause de l’avidité que marquait le roi poulie brandevin d’Égypte, puis le roi s’endormit sur le lac, le soir de ce jour-là, car il avait fait apporter un lit de repos sous une treille, au bord du lac.
Le matin arrivé, le roi ne put se lever à cause de la grandeur de l’ivresse dans laquelle il était plongé. Passée une heure sans qu’il pût encore se lever, les courtisans proférèrent une plainte disant : « Est-il possible que, s’il arrive au roi de « s’enivrer autant qu’homme au monde, homme « au monde ne puisse plus entrer vers le roi pour « une affaire (i) ? » Les courtisans entrèrent donc au lieu où était le roi, et dirent : « Notre « grand maître, quel est le désir qui possède le « roi? » Le roi dit : « Il me plaît m’enivrer (c beaucoup... N’y a-t-il personne parmi vous « qui puisse me conter une histoire, afin que je
(i) Lin. : « Est-ce chose qui peut arriver celle-là, s’il arrive que le roi fasse ivresse d’homme tout du monde, que ne fasse pas homme tout du monde entrée pour affaire vers le roi ? <»
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« puisse me tenir éveillé par là? » Or, il y avait un Frère royal (i) parmi les courtisans dont le nom était Peoun (2), et qui connaissait beaucoup d’histoires. Il s’avança devant le roi, et dit : « Notre grand maître, est-ce que le roi « ignore l’aventure qui arriva à un jeune pilote « à qui l’on donnait nom... ? »
L arriva au temps du roi Psamitik (3) qu’il y eut un pilote marié : un autre pilote, à donnait nom..., se prit d’amour pour la femme du premier, à qui on donnait nom Taonkh... (4), et elle l’aimait et il l’aimait.
IL arriva qu’un jour le roi le fit entrer... ce jour-là. Passé la fête, un grand désir le prit... que lui avait donné le roi ; il dit : « », et on
(i) La lecture est douteuse. Le titre de Frère royal, assez rare eu Égypte, marquait un degré élevé de la hiérarchie nobiliaire.
(2) La lecture du nom est incertaine. J’ai pris, parmi les signes connus, celui dont la figure se rapproche le plus de la forme donnée par le fdc-siniile de M. Revillout.
(}) Le nom remplit la fin d’une ligne et est fort mutilé : j’ai cru reconnaître un P dans le premier signe, tel qu’il est sur le fac-similé, et cette lecture m’a suggéré le nom de Psamitik.
(q) Litt. : « Prit amour d’elle-même on lui disait Taonkh (?) « son nom, un autre pilote était à lui nom... »
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le fit entrer en présence du roi. Il arriva à sa maison, il se lava avec sa femme, il ne put boire comme à l’ordinaire ; arriva l’heure de se coucher tous les deux, il ne put la connaître, par l’excès de la douleur où il se trouvait. Elle lui dit : « Que t’est-il arrivé sur le fleuve?... »
I A publicatio7i d’un fac-similé exact me permettra ^ peut-être un jour de traduire complètement les dernières lignes. J’essaierai, en attendant, de commenter le petit épisode du début, celui qui servait de cadre à Vhistoire du Matelot.
Le roi Ahmasi, l’Amasis des Grecs, veut boire une sorte de liqueur que le texte nomme toujours Kolobi d’Égypte, sans doute par opposition aux liqueurs d’origine étrangère que le commerce importait en grandes quantités. M. Révillout conjecture que le Kolobi d’Égypte pourrait bien être le vin âpre duFayoum ou de Marea (i). On pourrait penser que le Kolobi n’était pas fabriqué avec du raisin, auquel cas il y aurait lieu de le comparer à l’espèce de bière que les Grecs nommaient Koumi (2). Je suis asse^ porté à croire que ce breuvage, si rude à boire et dont l’ivresse rend
(1) Revue égyptologîque, t. I, p. 65, note i.
(2) Dioscoride, De la matière médicale, 1. II, ch. 109 et iio.
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le roi incapable de travail, n’était pas un vin naturel. Peut-être doit-on y reconnaître un vin singulier dont parle Pline (i) et dont le nom grec ekbolas pourrait être une assonance lointaine du ter'tne égyptien kolobi. Peut-être encore désignait-on de la sorte des vins si chargés d’alcool qu’on pouvait les enflammer comme nous faisons de l’eau-de-vie : c’est cette seconde Ijypothèse que j’ai admise et qui m’a décidé à choisir pour rendre kolobi le terme inexact de brandevin (2).
La scène se passe sur un lac, mais je ne crois point qu’il s’agisse ici du lac Maréotis (j) ni d’aucun des lacs naturels du Delta. Le terme shi, lac, est appliqué perpétuellement, dans les écrits égyptiens, aux pièces d’eau artificielles dont les riches particuliers aimaient il orner leur jardin (4). On souhaite souvent au mort, comme suprême faveur, qu’il puisse se promener en paix sur les rives de la pièce d’eau qu’il s’est creusée dans son jardin, et l’on n’a point besoin d’être demeuré longtemps en Égypte pour comprendre l’op-
(1) Pline, H. N., xiv, i8.
(2) M. Groff a émis récemment l’opinion que le kolobi était un vin cuit de qualité supérieure (Noie sur le mot kaloui du Papyrus Égypto-Aramèen du Louvre, dans le Journal asiatique, VIII« s., t. XI, p. 305-306).
(3) Révillout, Op. l., p. 65, note 2.
(4) Cfr. sur le lac, ce qui est dit p. 129, note 2.
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portunité d’un souhait pareil. Les peintures des tombeaux thébains nous montrent le défunt assis au bord de son étang ; plusieurs tableaux prouvent d’ailleurs que ces étangs étaient parfois placés dans le voisinage immédiat de vignes et d’arbres fruitiers. L’une des histoires magiques que renferme le conte de Khoufoui, nous a montré que les palais royaux avaient leur shi, tout comme les maisons de simples particuliers (i). Ils étaient ordinairement de dimensions asse‘1 restreintes : celui de Snofroui était pourtant bordé de campagîies fleuries et présentait asse^ de surface pour suffire aux évolutions d’une barque montée par vingt femmes et par un pilote. L’auteur du récit démotique ne fait donc que rappeler un petit fait de vie courante, lorsqu’il nous dépeint Ahmasi buvant du vin sur le lac de sa villa ou de son palais et passant la nuit sous une treille au bord de l’eau (2). Un passage de Plutarque, où l’on raconte que Psamitikfut le premier à boire du vin (y), semble montrer qu’ Ahmasi n’était pas le seul à qui l’on prêtât des habitudes de ce genre. Peut-être avait-on raconté de Psamitik les mêmes
(1) Voir plus haut, p. 64 sqq.
(2) Wilkinson, A popular Account of ihe Antient Egypiians, t. I, p. 2S, 38, 42-
(3) Plutarque, de Iside et Oslride, § 6.
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histoires d’ivresse qu’on attribuait à Amasis : l’auteur à qui Plutarque empnintait son renseignement aurait connu le Conte du Matelot ou un conte de cettô espèce, dans lequel Psamitik jouait le rôle du Pharaon ivrogne. Les récits d’Hérodote nous prouvent du moins qu’ Amasis était, à l’époque persane, celui des rois suites à qui l’on donnait le rôle le plus ignoble : c’était la conséquence naturelle de la haine que lui portaient la classe sacerdotale et les partisans de la vieille famille saïte. Ces bruits avaient-ils quelque fondement dans la réalité, et les contes recueillis par Hérodote n’étaient-ils que l’exagération maligne d’une faiblesse du prince ? Les scribes égyptiens devenaient éloquents lorsqu’ils discouraient sur l’ivresse et mettaient en garde leurs élèves et leurs subordonnés contre les maisons d’almées et les hôtels où l’on boit de la bière (i). L’ivresse n’en était pas moins un vice fréquent che'{ les gens de condition élevée, même che:(^ les femmes ; les peintres qui décoraient les tombeaux thébains n’hésitaient pas à en noter les effets avec fidélité. Si donc rien ne s’oppose à ce qu’tin Pharaon comme Ahmasi ait eu du goût pour le
(i) Papyrus Anastasi n° IV, pl. XI, 1. 8 sqq., Papyrus de Boulaq, t. I, pl. XVII, I. 6-1 1; cfr. Chabas, U Égyptologie, t. I, p. lOi sqq.
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vin, rien non plus, sur les monuments connus, ne nous autorise à affirmer qu'il ait péché par iw'ognerie. Je me permettrai donc, jusqu’à nouvel ordre, de considérer les données que le conte démotique et les contes recueillis par Hérodote noiis fournissent sur le caractère d’Amasis comme tout aussi peu authentiques que celles que l’histoire de Sésostris ou de Khéops nous fournit sur le caractère de Khoufoui et de Ramsès IL