DE LA VERSION COPTE-THÉBAINE DU ROMAN D’ALEXANDRE
(ÉPOQUE arabe)
N des feuillets racontait quelque épisode du séjour d’Alexandre che\ les Brahmanes, mais il est tellement mutilé qu’on n’en peut tirer autre chose que des noms pn opres comme Kalynos et Alexandros.
Quatre autres feuillets ont trait à une aventure qui n’est racontée dans aucune des versions orientales ou occidentales que je connais jusqu’à présent . Alexandre s’est déguisé en messager, comme le jour où il alla che^ la reine d’Éthiopie, et s’eA rendu dans une ville où règne un de ses ennemis. Là, après avoir
324 fragments de la VERSIOK COPTE-THÉBAmE
exposé l’affaire qui V amène, il rencontre un vieillard perse du nom d’Éléaxar, qui l’emmène avec lui et lui apprend que le roi ne renvoie jamais les messagers des souverains étrangers, mais les garde prisonniers jusqu’à leur mort. Les messagers sont là qui se pressent pour voir le nouveau venu : au moment où le texte commence, Alexandre vient de leur être présenté et Éléei:(ar achève de l’informer du sort qu’il attend.
X Æoi, dit-il, j’ai entendu que de qui
« est roi de Quant à toi, mon frère, tu
« ne reverras plus ton maître, ton roi, à jamais. » Alexandre pleura amèrement ; tous ceux qui le voyaient s’en admirèrent et quelques-uns de la foule dirent : « Il ne fait que d’arriver tout droit, « et son cœur est encore chaud en lui ! » Eléazar, le vieillard perse, se saisit d’Alexandre, l’emmena à sa maison, les messagers vinrent derrière lui et s’assirent, chacun selon son pays, [en grand
pitié de] voir Alexandre qui pleurait Eléazar
dit à Alexandre : « Demande à chacun de ceux-ci : depuis combien de temps es-tu en ce lieu ? » Le premier d’entre eux dit : « Écoute-moi mon frère. « Je suis du pays de Thrace, et voici quarante
DU ROMAN d’aLEXANDRE
« ans que je suis venu en cet endroit, car on « m’avait envoyé avec des lettres en ce pays. » Le second dit : « Quant à moi, mon frère, voici « vingt-deux ans que j’ai accomplis depuis que je « suis venu pays des Lektoumenos (i). » Le troisième leur dit : « Voici soixante-six ans que « je suis venu en ce lieu, car on m’avait envoyé
« avec des lettres de mon seigneur le roi ês.
« Maintenant donc, console-[toi ! » Eléazar di]t à A[lexan]dre : «
JE ne saurais dire ce qui se passe ensuite ; les feuillets sont détruits. Quand le récit reprend, le roi de la ville dans laquelle Alexandre s’est introduit est en conversation familière avec un de ses conseillers nommé Antilochos. Il semble résulter de leurs paroles : 1° qtd Alexandre ou bien s’était fait connaître pour échapper à la captivité perpétuelle qui le menaçait, ou bien avait été découvert, peut-être, comme dans l’épisode de la reine d’Éthiopie, à sa ressemblance avec
(i) Si nous n’avons pas ici un mot inventé de toutes pièces, il faut du moins admettre que le copiste copte a singulièrement défiguré le nom de peuple qu’il trouvait dans cet endroit de l’original grec. Lektoumenos, prononcé Lekdoumenos, renferme tous les éléments du grec Lakedcemonios. Je pense donc qu'il s’agit ici d’un envoyé Lacédémonien.
un portrait de lui que le roi possédait ; 2° qu’Antilochos avait conseillé au roi d’épargner son prisonnier, mais sans succès; que le roi avait ordonné à ses ministres de jeter Alexandre daits un gouffre appelé le Khaosm, mais qu’Antilochos avait pris ses mesures pour sauver la vie du Macédonien, Cependant, tout le monde dans la ville croyait l’exécution accomplie, et l’on allait répétant partout :
LEXANDRE cst mort dans le Khaosm. » Tous
ceux qui l’entendirent poussèrent des cris ; en les entendant, le roi eut le cœur brisé et gémit sur la royauté avec Antilochos, et lui dit : « J’ai appliqué mon esprit à précipiter ce grand « roi dans le Khaos ( i) et maintenant je crains que « son armée marche contre nous. » Antilochos lui dit ; « Je me suis épuisé à te supplier de le « renvoyer et tu n’as pas incliné ton visage vers « moi. » Le roi dit : « Qiie n’as-tu trouvé un « moyen de le renvoyer? » Or, pendant la nuit,
(i) Le texte porte une fois Khaos, une fois Khaosm. Il serait possible qu’on dût lire Khaosp ou Khoasp,'fo.r un échange de p et de m qui se comprend fort bien dans l’écriture cursive copte. Il serait possible aussi que Khaosm fût une mauvaise lecture du traducteur et. que l’original grec portât simplement Khasma, un goufl're : le nom commun serait devenu un nom propre sous la plume d’un copiste ignorant.