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INTRODUCTION
il se home à le faire servir à V accomplissement de celui de ses désirs qu’un vivant seul peut exaucer : il le contraint de ramener à Memphis les momies d’ Ahouri et de Mîkhonsou qui étaient restées à Coptos et de réunir en un seul tombeau ceux que la colère de Thot avait tenus séparés jusqu'alors.
Voilà qui est égyptien et rien qu’égyptien. Si la conception originelle est étrangère, il faut avouer que l’Égypte se l’est assimilée au point de la rendre entièrement sienne. On a signalé ailleurs des familles de spectres, des assemblées de morts : un parlement de momies n’est possible que dans les hypogées de la vallée du Nil. Après cela, l’apparition d’un revenant dans un fragment malheureusement trop court du Musée de Flore*ice n’étonnera personne (i). Ce revenant ou, pour l’appeler par son nom égyptien, ce khou, fidèle à l’habitude de ses congénères, racontait son histoire, comme quoi il était né sous le roi Râhotpou de la dix-septième dynastie, et quelle vie il avait menée.
(i) Publié par Golénischep dans le Recueil de Travaux relatifs à l’Archéologie égyptienne et assyrienne, i88i, t. III, p. i sqq.; cfr, p. 287-2^6 du présent volume.
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'en est asseï pour montrer avec quelle fidélité certains récits populaires dépeignent les mœurs et les superstitions de VÉgyptien en Égypte : il est curieux de retrouver dans d’autres contes les impressions de VÉgyptien en voyage. Je sais que f étonnerai bien des gens en avançant que, tout considéré, les Égyptiens étaient plutôt un peuple voyageur. On s’est en effet habitué à les représenter comme des gens casaniers, routiniers, entichés de la supériorité de leur race au point de ne vouloir rendre visite à aucune autre, amoureux de leur pays à n’en sortir que par force. Le fait était peut-être vrai à l’époque grécoromaine, bien que la présence des prêtres errants, des nécromants, des jongleurs, des matelots égyptiens, en différents points de l’empire des Césars, et jusqu’au fqnd de la Grande-Bretagne, prouve qu’une partie au moins de la population n’éprouvait aucune répugnance à voyager, quand elle trouvait pivfit à le faire. Mais ce qui était peut-être vrai de l'Égypte vieillie et dégénérée l’était-il également de l’Égypte pharaonique ?
Les armées des Pharaons guerriers traînaient né-
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cessairement derrière elles des employés, des marchands, des brocanteurs, des gens de toute sorte : les campagnes, se renouvelant pi-esque cîjoque année, c’étaient presque chaque année des milliers d’ Egyptiens qui quittaient le pays à la suite des conquérants et y rentraient l’expédition terminée (i). Grâce à ces sorties périodiques, Vidée de voyage entra si familière dans l’esprit de la nation, que les scribes n’hésitèrent pas à la prendre pour thème de leurs exercices de style. L’un d’eux a consacré vingt pages de belle écriture à tracer l’itinéraire assex exact d’une excursion à travers les provinces syriennes de l’empire (2). Les incidents habituels d’un voyage en ce temps-là y sont indiqués brièvement : le héros y affronte des forêts peuplées d’animaux sauvages et de bandits, dss routes mal entretenues, des pays de montagnes où son char se brise. La plupart des villes où il passe ne sont que nommées dans leur ordre géographique, mais quelques
(1) Dès la X//e dynastie, on trouve des allusions aux dangers des voyages lointains. (Maspero, Du genre épistolaire, p. S9-60).
(2) Le texte se trouve dans le Papyrus Anastasl n° IV, pl. xvm, l. y ; pl. xxvni, l. 6. Il a été analysé par Hincks, puis traduit et commenté par Chabas, Le voyage d'un Égyptien, Paris, Maisonneuve, in-4°, 1866. Chabas a cru que le voyage avait été fait véritablement. H. Brugsh a montré, dans un article de la Revue Critique, 1866, qu’il n’avait rien de réel, et que le récit est un simple exercice de rhétorique.
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détails pittoresques interrompent çà et là la monotonie de V énumération : c'est la Tyr insulaire avec ses poissons plus nombreux que les grains de sable de la mer et ses bateaux qui lui apportent Veau du rivage; c’est Byblos et sa grande déesse, Joppé et ses vergers fréquents en séductions amoureuses. « Je te « ferai connaître le chemin qui passe par Magidi, « car, toi, tu es un héros habile aux œuvres de vail- « lance, trouve-t-on un héros qui charge comme toi « à la tête des soldats, un seigneur qui, mieux que (( toi, lance la flèche ? Te voilà donc sur le bord d’un (( gouffre profond de deux mille coudées, plein de (( roches et de galets, tu chemines, tenant l’arc et <( brandissant le fer de la main gauche, tu le montres (( aux chefs excellents et tu obliges leurs yeux à se (( baisser devant ta main. « Tu es destructeur comme (( le dieu El, cher héros! Tu te fais un nom, héros, « maître des chevaliers d’Égypte, devienne ton nom « comme celui de Ka^arti, chef du pays d’Asarou, (( alors que les hyènes le rencontrèrent au milieu des « baumiers, dans le chemin creux, féroces comme les « Bédouins qui se cachent dans les taillis, longues « quelques-unes de quatre à cinq coudées, leur corps « massif connue celui de l’hippopotame, d’aspect « féroce, impitoyables, sourdes aux prières. » Toi,
(( cependant, tu es seul, sans guide, sans troupe à ta « suite et tu ne trouves pas de montagnard qui « t’indique la direction que tu dois suivre, aussi « l’angoisse s’empare de toi, tes cheveux se dressent « sur ta tête, ton âme passe tout entière dans ta « main, car la route est pleine de roches et de galets, « sans passage frayé, obstruée de houx, de ronces, « d’aloès, de Souliers de Chiens (i), le pi-écipice d’un (( côté, la montagne abrupte de l’autre. Tandis que « tu y chemines, ton char cahote sans cesse et ton « attelage s’effraie à chaque heurt ; s’il se jette de « côté, il entraîne le timon, les rênes sont arrachées « violemment et on tombe ; si, tandis que tu pousses « droit devant toi, le cheval arrache le titnon au plus (( étroit du sentier, il n’y a pas moyen de le rattacher, « et, comme il n’y a pas moyen de le rajuster, le « joug demeure en place et le cheval s’alourdit à le <( porter. Ton cœur se lasse enfin, tu te mets à ga- << loper, mais le ciel est sans nuages, tu as soif, « l’ennemi est derrière toi, tu as peur, et, dès qu’une (( branche d’acacia te happe au passage, tu te rejettes « de côté, ton cheval se blesse sur l’heure, tu es préci- « pité a terre et tu te meurtris à grand douleur.
(i) Peut-être l’une des plantes épineuses apftelées aujourd’hui encore Kelbiah ou Omni el-Kelb par les Arabes d’ Égypte et de Syrie.
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« Entrant à Jappé, tii y rencontres un verger jieuri « en sa saison, tu fais un trou dans la haie pour y (( aller manger ; tu y trouves la jolie fille qui garde (( les vergers, elle te prend' pour ami et f abandonne <( la fleur de son sein. On f aperçoit, tu déclares qui « tu es et on reconnaît que tu es un héros (i). » Le tout formait, sans peine, le canevas d’un roman géographique, pareil à certains romans byiçantins, les Éthiopiques d’Héliodore, ou les Amours de Clitophon et de Leucippe.
Il n’y a donc point lieu de s’étonner si les héros de nos contes voyagent beaucoup à l’étranger. Ramsès II épouse la fille du prince de Bahhtan, au cours d’une expédition, et Khonsou n’hésite pas à sortir d’Égypte pour aller guérir Bint-rashit. Dans Le Prince prédestiné, un fils de Pharaon va chercher fortune au Naharanna, en pleine Syrie du Nord. C’est dans la Syrie du Sud, à Joppé, que Thoutii trouve l’occasion de déployer ses qualités de soldat rusé. L’exil mène Sinouhit en Idumée. La description des mœurs ne joue aucun rôle dans les premiers de ces contes et aucun détail n’y prouve que l’auteur connût autrement que de nom le pays où il condui-
(i) Papyrus Anastasi, I, pl. XXII, l. i, ~ pl. XXV, l. ;.