‹ Contes populaires de l'Égypte ancienneChapitre 5 sur 28 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

E papyms qui nous a conservé ce conte fut donné à LepsiuS; il y a plus de trente ans, par une dame anglaise, Miss "Westcar, qui l’avait rapporté elle-même d’Égypte. Acquis en 1886 par le Musée de Berlin, il est encore inédit, mais une analyse sommaire en a été publiée par :

A. Erman, Ein neuer Papyrus des Berliner Muséums, dans la Nationaî-Zeitung de Berlin (n° du 14 mai 1886),

Puis reproduite par ;

A. Erman, Ægypten und Ægypltsches Lehen in Alterium, in-8°, Tubingen, i88>-i887, p. 498-502.

Ed. Meyer, Geschichte des alien Ægyptens, in-8°, Berlin, 1887, p. 129-131.

Ce que je donne ici n’est pas une traduction littérale : c’est une adaptation faite, en partie sur une traduction allemande, en partie sur une transcription en caractères hiéroglyphiques que M. Erman a bien voulu me communiquer avec une libéralité dont je le remercie.

Le conte aurait été probablement l’un des plus longs que nous eussions connu, s’il nous était parvenu entier ; malheureusement, le commencement en a .disparu. Comme M. Erman l’a fort bien remarqué, il débutait par plusieurs récits de prodiges que

les fils du roi Khoufoui racontaient à leur père l’un après l’autre. Le premier de ceux qu'on lit sur notre manuscrit est presque entièrement détruit : la formule finale subsiste seule pour nous montrer que l’action se passait au temps de Pharaon Zosri, probablement le Zosri que nos listes royales placent dans la ril« dynastie. Tout ce début ne saurait être rétabli en détail, mais le peu que nous connaissons du Papyrus n° i de Saint-Pétersbourg nous permet de restituer exactement l’ensemble de la scène. « Il arriva, dit l’auteur du conte de Saint-Pétersbourg, « au temps où Snofroui était roi actif de cette Terre entière, un « jour que les conseillers intimes du palais qui étaient entrés « chez Pharaon, v. s. f., pour délibérer avec lui, s’étaient dcj.à « retirés, après avoir délibéré, selon leur devoir de chaque jour, « Sa Majesté dit au chancelier qui se trouvait près de lui : Va, « amène-moi les conseillers intimes du palais qui sont sortis « pour s’éloigner, afin que nous délibérions de nouveau, sur « l’heure. » Les conseillers reviennent, et le roi leur dit qu’il les a rappelés pour leur demander s’ils ne connaissaient pas un homme qui pût lui conter des histoires : sur quoi, ils lui recommandent un prêtre de Bastit, du nom de Nofirho. (Golénischeff, Le Papyrus n° I de Saivi-Pciershourg, dans la Zeitschrift, 1876, p. 109- 1 10). Notre conte commençait bien certainement de la même manière. Il montrait sans doute le roi Khoufoui recevant la visite de ses fils, et leur demandant de belles histoires, qu’ils lui récitaient l’un après l’autre. Le thème en était toujours le même, un prodige accompli par un sorcier célèbre des temps passés. C’est ainsi que dans les Mille et une nuits un khalife ou un sultan déguisé ne se lasse point d’entendre une demi-douzaine de personnes diftérentes exécuter devant lui des variations plus ou moins habiles sur un même thème, amour ou ruses des

femmes, puissance ou mécomptes d’un enchanteur. A la fin de chaque récit, Khoufoui témoignait son admiration en commandant qu’on fît une offrande à l’intention du Pharaon et du sorcier mis en scène, puis redemandait un miracle nouveau. Les lignes qu’on lit sur la première des pages qui nous sont parvenues renfermaient l’ordre d’offrande en faveur du roi Zosri. Les pages suivantes contenaient le récit d’un prodige accompli par le sorcier Oubaou-anir, sous le règne de Nibka de la iii' dynastie. Ce Nibka, dont nous ne possédons encore aucun monument contemporain, paraît avoir été fort aimé des conteurs : l'Histoire du paysan, dont on a lu plus haut une partie (p. 35-50), nous a déjà transportés au temps où il vivait. Le texte de cette aventure est trop mutilé pour admettre actuellement une traduction certaine ; j’ai été obligé d’en donner une paraphrase un peu libre. Le troisième récit est d’une conservation suffisante et les lacunes qu’il contient se laissent combler assez aisément. A partir du moment où le prince Bioufrî ouvre la bouche, le récit marche sans interruption importante jusqu’à la fin du manuscrit. 11 s'arrête au milieu d’une phrase, sans que nous puissions conjecturer avec vraisemblance ce qui lui manque pour être complet. Les romanciers égyptiens ont des façons de tourner court au moment où l’on s’y attend le moins, et de condenser en quelques lignes des faits que les nôtres se croient obligés d’exposer longuement. Peut-être une ou deux pages de plus auraient suffi à nous conserver le dénouement ; peut-être aussi les pages qui nous restent représentent à peine la moitié de l’ouvrage et ne sont que le début d'un grand récit à moitié historique sur les origines de la v® dynastie.

M. Erman nous apprend que l’écriture du Papyrus Westcar ressemble beaucoup à celle du Papyrus Ebers : on peut donc le

rapporter à l’époque de la xviii® dynastie au plus tôt, de la xix« au plus tard. Il se pourrait pourtant que la rédaction fût beaucoup plus ancienne que l’exécution ; d’après les particularités du style, M. Erman est d’avis qu’on doit l’attribuer peut-être à la XII® dynastie. Le conte de Khoufoui et des Magiciens appartiendrait donc au même temps que V Histoire du Paysan ; ce serait un spécimen du roman d’imagination à côté d’un spécimen du roman bourgeois de l’époque.

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