‹ Contes populaires de la GascogneChapitre 11 sur 26 · RAMONET OU LES PÉCHÉS CAPITAUX · texte numérisé non relu

RAMONET OU LES PÉCHÉS CAPITAUX

Ramonet atteignait la soixantaine ; c'était un vieux pécheur qui prétendait avoir très-bien employé sa jeunesse, parce qu'il l'avait passée à tendre la nasse aux poissons et la ligne aux jeunes filles; il conservait dans sa vieillesse un grand amour pour les rigodons et les galas, aimait fort les auberges où l'on fait crédit aux buveurs, et ne trouvait pas plus le temps de payer ses dettes qu'il n'avait eu jadis celui de remplir ses promesses de mariage. Sa conscience était très-large, aussi large que sa besace, et cependant elle était remplie jusqu'à la gorge de peccadilles et de péchés.

M. le curé, fort inquiet de la situation, lui avait parlé plus d'une fois d'une seconde vie, où l'on avait à craindre autre chose que la maréchaussée ; et il es-

sityait de lui faire comprendre la nécessité de régler ses comptes, avant que tout paiement ne fût suspendu par une attaque d'apoplexie ou quelque accès de fièvre chaude ; mais Ramonet renvoyait la liquidatioa à l'époque où il ne pourrait plus faire de fredaines.

Le moment de la triste échéance approcha : il fallut songer à arranger les affaires. Toutefois, avant d'entrer résolument dans la période du repentir, Ramonet demanda quelques jours de sursis à soa confesseur ; il voulut les employer à donner des leçons de morale de sa façon à trois de ses voisins, envers lesquels il nourrissait certaine rancune, et qui, tout en faisant régulièrement leurs Pâques, ne persistaient pas moins dans leurs défauts. Ramonet désirait donc les punir avant de se punir lui-même ; il prétendait que cela lui donnerait du courage et le mettrait entrain.

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