LA GOURMANDISE
Par un beau jour de Tannée 1756, Ramonet prend sa besace et sonbâton. Depuis longtemps, iln'avaitd'autre moyen d'existence que les tailles qu'il levait sur la charité publique ; il se dirige vers le village de Montcassin.
Il y avait un grand dîner chez M. le comte de Bôoo ; quarante gentilshommes y fêtaient le retour de la jeune comtesse, arrivée récemment de la cour du roi. Le coup d'ceil était magnifique, la table était couverte de poulets rôtis, placés sur des plats d'argent. Les marmelades et les conifitures brillaient, rouges, vertes et jaunes, dans des vases de cristal, transparents comme des
miroirs. Il y avait tant de bouteilles de vin qu'il ne restait pas de place pour les carafes d'eau. Tous ces messieurs étaient superbes sous la veste de soie brodée, rhabitde velourvioletet bleu, lejabot de denteUes et la perruque poudrée à trois marteaux.
Par une faveur qui faisait du bruit dans la contrée, le simple médecin Bonassies avait obtenu Thonneur de s'asseoir à la table de la comtesse. Plusieurs considérations lui méritaient cet avantage : il avait guéri récemment M"* la comtesse d'une maladie grave; sa gastronomie était connue à dix lieues à la ronde ; il était homme à rendre justice aux bouteilles les plus vénérables du caveau, et pouvait, grâce à son existence nomade, publier dans la contrée les merveilles du festin de son noble seigneur.
Mais autant il était estimé au château, autant il était détesté du vieux Ramonet... Le mendiant méprisait généralement les médecins, à cause de la sobriété qu'ils ont la manie de prêcher, même aux bien portants, et particulièrement le docteur Bonassies, qui ne lui donnait jamais de vin quand il venait mendier devant sa porte, sous prétexte qu'il lui monterait à la tête ; en revanche, il renvoyait généreusement au diable avec sa besace, toutes les fois que son ombre effrayait sa jument grise au coin d'un chemin.
11 était une heure. Ramonet marche résolument vers le château.
Le bruit des fourchettes et de la batterie des fourneaux propageait dans la cour une mélodie délicieuse, cligne accompagnement de l'enivrante odeur qui s'échappait par les fenêtres de la cuisine et de la salle à manger. Ramonet écoute, flaire, regarde, flaire encore... C'était à donner de l'appétit aux morts... Un
domestique richement galonné traverse la cour, portant un magnifique poisson de mer. Ramonet se place sur son passage, et, prenant un air contrit et affairé.
— Monsieur le docteur Bonassies ! dit-il, ne serait-il pas possible de le voir un instant ?
Ah ! parbleu non I On commence le second service, on dépèce un chevreuil, arrivé de Poitiers parla poste... Repassez demain, mon ami.
— C'est une affaire urgente, mon bon monsieur; une affaire très-urgente pour M. Bonassies; il ne me pardonnerait jamais si je négligeais de lui en faire la communication.
— Ça sera-t-il long à dire?
Quatre secondes seulement.
Le valet entre dans la salle, et dit tout bas à M. Bonassies qu on le demande un instant à la porte... Le convive, occupé à étudier le goût du chevreuil, qui n'est pas familier aux habitants de la Gascogne, se consolide sur sa chaise, en répétant le proverbe célèbre : Rien ne doit déranger f honnête homme qui
dîne,
On ne demande que quatre secondes pour vous
faire une communication, qui vous intéresse au plus
haut degré, reprend le valet.
Bonassies se sent trop honoré de prendre part au dîner des gentilshommes, pour vouloir commettre la malséance de quitter la table.
Dites à l'importun que rien ne saurait m'intéres-
ser plus vivement que Texcellent repas que je savoure.
Mais il assure que vous ne lui pardonneriez de la
vie, s'il retardait de vous donner cet avis important, poursuivit le valet.
Ces paroles troublèrent la quiétude du gastronome.
— Un avis qui m'intéresse à ce point, pensa-t-il.., ; mais comment sortir de table. • .
La comtesse de Béon comprit son embarras.
— Si Ton ne vous demande que quatre secondes, dit-elle au docteur, avec un regard qui semblait lui donner congé.
Le docteur jette un regard d'adieu sur son assiette, se lève et se glisse derrière la porte, en frottant ses lèvres luisantes du coin de sa fine serviette de Béarn.. . A la vue du mendiant, il pousse un cri de mauvaise humeur, et menace de rentrer dans la salle ; mais Ramone t le retient par sa manchette de batiste, et prend un si bel air de consternation et de mystère, que le docteur s'arrête et demande ce que peut lui vouloir un mauvais sujet, qui s'est toujours moqué des médecins.
— Ah monsieur 1 dit Ramonet, du ton le plus onctueux, c'est le repentir de mes péchés qui me conduit ici ; je viens expier mes torts envers vous, en vous apprenant une chose bien douloureuse...
Le docteur s'émeut...
— Qu'y a-t-ildonc, Ramonet...? Pourquoi ce ton piteux et lamentable?
Ramonet regarde de tous côtés et ne trouve pas prudent de dire son secret aussi près d'un château, où tant de gens pourraient l'entendre.
— Les murs ont quelquefois des oreilles, monsieur. . . Si vous aviez la complaisance de faire quelques pas de ce côté.
M. Bomàssies, frémissant d'impatience « mût Ramonet hors de la grille de la cour.
"- Qu'y a-t-il enfin ? Parle vite ; serait-il arrivé quelque chose de fâcheux à quelqu'un de ma maison y à ma femme?'
-^ Hélas, monsleiir! si la chose n'était que fâcheuse ^^ et Ramonet continue à regarder de tous côtés. — Cette grande haie me semble plus suspecte que les murailles, et ce que j'ai à vous dire n'est pas de nature à pouvoir être entendu. • . Si vous vouliez faire trois autres pas en avant, mon bon monsieur.
Bonassies, pâle d'inquiétude» et toujours la serviette sur le bras, s'empresse de le suivre.
— Tu me fais mourir, Ramonet... Ma belle pou« liche se serait-elle cassé quelque membre. «.? Ma fille aurait-elle...?
— Ah! monsieur 1 et Ramonet soupirait et semblât vouloir pleurer... De précautions en précautions, et toujours augmentant l'anxiété du gastronome, il l'entraîne près d'un canal qui longeait le parc, et le lui fût traverser sur une étroite passerelle.
— Tu mets la patience d'un père de famille à de cruelles épreuves, Ramonet.
— Hélas, monsieur, figurez-voud. . *
— Holà, monsieur Bonassies, criaient les convives en gaieté, parles fenêtres laissées ouvertes; êtes-vous parti pour ne plus revenir : votre filet de chevreuil est entièrement froid.
— J'y vais, messieurs, je reviens. .., répondait le docteur. Parle donc vite, Ramonet... // est froid, et M. le comte s'impatiente I
— Héks, la chose est si péniUe à vous dire. • . Figurez-vous, monsieur I
— Docteur Bttriàssîes, c(ui donc ùous à volé le docteur Bonassies, poursuivaient les hôtes en se montrant au balcon : le Champagne pétille ; il part, il fuit pour ne plus reparaître, et vous ne nous aidez pas pas à opérer Fàrrestation du fuyard.
-- Le Champagne!... îlamondt, inoiï bon îlamonet... n'achèveraâ-tu jamais de ûie dire ce qui est arrivé.
— Ah ! monsieur I .. . les sanglots arrêtent ma voix. . . Figurez-vous. . . , tnon pauvre M. Bonassies. . .
— Quel est donc FafiFreux accident?
— Moi qui tous aime tant I qui eus toujours tant d'estime pour votre personne ! . . .
— Tu me donnes la chair de poule!... Ce malheur, enfin?
— Hélas ! pouïrait-il en arriver un plus grand pour moi... J'ai soixante ans, monsieur, et n'ai pas ^lus de vingt ans à vivre... Quand je serai mort, quand cette comiùune aura la douleur de me' perdre, pourriezvous me dire si vous aurez beaucoup de chagrin ?
Le médecin demeure stupéfait ; il ne comprend pas d'aboM la portée de la mystification :
— L'événement que tu m'annonçais...?
— C'est ma mort prochaine, monsieur, et je Voulais savon* si vous pleurerez bieft fort, quand on sonnera mon agonie.
Le docteur Bonassies, iïidîgné du sourire narquois du vieux Gascoo, tonûe, ^èmtporté et lui lance la serviette à la tête.
— Merci, monsieur, dit le mendiant, en la mettant dans son sac.
— Bélître, malotru, insolent! grommelait le docteur.
— Quoi, monsieur, voilà de quelle façon vous m'exprimez votre peine! Voilà le sermon funèbre que vous inspire la pensée de ma mort. . . Ah I je vois que vous ne verserez guère de larmes le jour de mon enterrement.
Le docteur revient sur ses pas, en appelant sur la tète du sacrilège toutes les maladies que le ciel en colère distribue aux malheureux mortels. Il veut repasser le canal; mais la passerelle est tombée sous im vigoureux coup de pied de Ramonet... Impossible de regagner le château, qui lui envoie des fusées enivrantes, et des cliquetis enchanteurs... Les convives continuent leurs bruyantes plaisanteries.
— M. Bonassies ! qui donc a enlevé M. Bonassies... Ah I la bergère impatiente ne pouvait-elle attendre qu'il eût dtné... M. Bonassies, le second service a disparu, et le troisième nous fait ses adieux... Dix louis à celui qui nous rendra M. Bonassies... Trente louis à celui qui rapportera l'estomac de M. Bonassies.
— J'y vais, messieurs ! j*y vais !,.. Oh ! le manant, le vaurien, grommelait le malheureux docteur, en remontant le canal à la recherche de la passerelle. Un â bon diner ! je serai la risée de tous les gentilshommes qui le mangent si gaiement en mon absence I...
— Hélas, monsieur, dit Ramonet en secouant sa besace vide ; pouvez-vous penser à la gourmandise, devant un pauvre diable qui n'a pas déjeuné.
— Si tu tombes malade, je te laisserai mourir, va I
— L'odeur d'une excellente cuisine e^t assurément
bien pénible pour ceux qui restent dans la basse -cour, sentent tout, voient tout, et ne mangent rien... Mais il est plus pénible encore au pauvre mendiant de songer qu'il peut mourir sans faire verser de larmes à un honnête médecin qu'il a toujours beaucoup aimé.
Le gastronome finit par passer le canal, et rentra dans la salle à manger; mais il avait perdu trois quartsd'heure à trouver une passerelle. Les sarcasmes, les plaisanteries des nobles convives lui firent payer cher les miettes de dessert qu'il put glaner sur la table couverte de débris.
— Et d'un 1... pensa Ramonet, en se frottant les mains ; le gourmand a été puni de sa gourmandise. Maintenant, passons au deuxième pécheur.
l'orgueil.
M. Maret était également un beau mangeur : il montrait même un appétit plus vaste que celui de M. Bonassies. Au lieu de chercher les mets délicats, il s'attachait aux gros, aux très-gros, tels que bailliages, sous-fermages des gabelles. . . Que ne pouvait-il prendre pour sa part tous les impôts d'une province, et la majeure partie des emplois... Mais si la réalité lui faisait défaut, l'espérance ne lui était pas interdite, et il nourrissaitles plus belles espérances.
Il était déjà sous-fermier des tailles et redevances de Lastarac ; son fils Mathieu tenait un bailliage de Monseigneur d'Epernon ; sa fille avait épousé un greffier
de la Cour des aides dp AfontaubaQ ; il cpinptait bien acheter un jour un régiment pour son fils Antoijaç,
Justement, M. l'intendant de la province devait traverser son village pour se rendre à Pau, et visiter un pont considérable, construit sur la route nouvelle de Toulouse à Bayonne,., Gomment plaire à M. Vintendant V Gomment mériter ses bonnes grâces, et lui glisser un mot du régiment, un autre de laferme des gabelles, avec quelque chance d'obtenir un sourire?
M. r intendant aimait beaucoup les carpes; M. Maret, qui ne l'ignorait pas, demande des carpes à tous les échos d'alentour, .. Ramonet entend ses plaintes et ses soupirs, il va jeter ses filets dans une grande mare commune, dont il connaissait les ressources en ce genre : il prend une carpe superbe... On dit que ce poisson grandit jusqu'à soixante ans: celui-ci devait en avoir quatre-vingts ; il le met dans un panier sur une fraîche couche d'herbe et de feuilles de choux, et s'empresse de le porter à M. Maret.
M. Maret ouvre les yeux, bondit de joie, presse la main de Ramonet, en l'appelant son cher ami ; il contemple le poisson, regarde ses dents pour reconnaître son âge, qes écailles pour reconnaître son sexe : peu s'en fallut qu'il ne l'embrassât d'enthousiasme,. .Paudant cette inspection, le pêcheur, invité â se mettre à table, fait un déjeuner excellent, et reçoit un écu de trois livrer ^axis sa poche ; puis, sur Tordre de monsieur, il va lâcher le poisson merveilleux dans uu petit réservoir dujardiUi où il sera facile de le reprendre, ^dès qu'on voudra le mettre à frire.
Ramonet s'éloigne, fort satisfait de sa journée. Il regarde son écu, il remarque ayec bon)teur con^bien il est aisé de faire des heureux en ce monde : premier
heureux, lui, qui a bien déjeuné et gagné un écu; deuxième heureux, M. Maret, qui croit tenir le njoyen de plaire à M. Tintendant, et d'obtenir la ferme des gabelles; troisième heureux, M. l'intendant, amateur de carpae. Ah 1 le bon déjeuner, Texcell^nt déjeuner que M • Mar et a fait servir à Ramone t ! . . .
L'appétit vient en mangeant» mais surtout longtemps après qu'on a mangé, Ramonet désirait beaucoup faire ua repas au même prix : il réfléchit au moyen de Yohf tenir. Son intelligence, qui ne se laissait pas arrêter par des préjugés de délicatesse, l'eut bien vite découvert... Il sait où se trouve le poisson, il est aisé de Ty reprendre. La nuit venue, il se glisse dans le jardin de M. M aret, et jette son filet dans le réservoir : un instant après, la grosse carpe est dans son havresac; il l'emporte chez lui, l'enveloppe de feuilles de choux, d'herbe fraîche, et, dès le point du jour, il court l'offrir toute frétillante à M. Maret, Celui-ci, enchanté de posséder deux grosses carpes au lieu d'une, jette un nouveau cri de joie, fait servir un excellent déjeuner à Ramonet, lui donne un second écu, et court lâcher le poisson dans le réservoir.
— Berait-il satisfait, M. l'intendant, de manger de si bons poissons; il était capable de passer quarante-huit hmre^ èi> Mont-Plaisir (c'était le nom de l'habitation de M. Maret), et de promettre les gabelles et le régiment., • Madame Maret était fort gracieuse!,,, et n'a« vait pas fini d'être jolie.
Rien n'enhardit le chasseur comme les prises faciles et abondantes.
— Puisque les carpes vous font si grand plaisir, dit Ramonet, je puis vous en promettre d'autres, M. Maret. Je connais la gourgue (1) où se tient la couvée ; je puis compter sur une douzaine de la même taille.
i— Une douzaine !. • M» Maret ne se possédait pas de joie.
La nuit suivante, Ramonet renouvelle sa visite secrète au réservoir du jardin ; même capture mystérieuse, même offrande à M. Maret, même joie chez l'heureux solliciteur... Ramonet renouvela son expédition jusqu'à six fois, et M. Maret, au comble du bonheur, attendit impatiemment le distributeur des emplois et des grâces... ; il avait des carpes. Madame Maret préparait sa toilette et son sourire, la famille étsdt armée de toutes pièces.
Un coureur, tout galonné, et qui fait claquer son fouet plus habilement que le plus fin meunier de la province, annonce enfin l'arrivée de M. l'intendant M. et madame Maret dressent la carte d'un dhier à trois services : potage au filet de carpe, entrée au court bouillon de carpe, rôti à la carpe, à deux carpes, entremets à la carpe... dessert... Quel dommage que le cuisinier du roi n'eût pas découvert le moyen de placer du poisson entre les abricots et la confiture... On gardera la sixième carpe pour le souper. Comme le poisson se mange frais, et qu'on n'avait qu'à plonger la main dans le petit réservoir pour le prendre, on devait attendre l'arrivée de M. l'intendant, avant de s'occuper de le pêcher.
Ramonet assistait à la discussion... Cette nomenclature de carpes, accomodées aux sauces les plus appétîs-
(1) Le trou; la retraite.
santés, lai donna une envie de carpe supérieure à celle que notre mère Eve éprouva pour les pommes... La nuit venue, il n'y tient pas.. .. Ab ! injustice humaine ! personne ne songeait à l'inviter au dîner de M. Tintendant... ; cependant, seul il avait pris le poisson six fois ; n'était-il pas juste qu'il le mangeât une.
Il court au réservoir du jardin, pêche la carpe six iois nommée, et passe la matinée à la faire sauter sur la poêle, et à la manger. .. Le remords ne lui vint qu'après l'affaire.
Comment arranger sa conscience avec le régime de repentir recommandé par M. le curé. 11 appelle un jeune berger, qui gardait les brebis près de sa maisonnette ; il lui donne quelques instructions à l'oreille, et ^f le pousse vers l'habitation de M. Maret. . . Le drôle avait l'esprit subtil ; il comprit la chose à demi-mot.
Quel bruit! quelle agitation chez M. Maret!... M. l'intendant venait d'arriver... Dans la cour, s'élevait un caresse, grand comme une charrette de paille ; dans l'écurie, un grand cocher, poudré à blanc, soignait deux chevaux plus grands que des bœufs à l'engrais... Des laquais superbes flânaient dans le jardin autour du réservoir... Pendant que M. et M"° Maret recevaient l'intendant au grand salon, leurs domestiques péchaient les carpes^ avec une ardeur, une activité peu communes. .. Lacuisinière en avait la fièvre... Potage, court bouillon, entremets, tout se trouvait encore au fond du réservoir ; et pourtant Tillustre voyageur avait exprimé le désir de dîner au plus vite,
Q^ y faire 1 1^ dQ»e^tiq^e3 ^vai^Pl; bgftu lever le fitel, ils ne remontaient que dg^ \^\i\hs ^ la surface, Le petit berger arrive.
— H!es bons me?sieurs> çlit-il 4'un air patelin et qarquois, Ramonet m'a chargé de vous di^e que votre pêche était inutile, attendu qu'il u'y a plus de poisson dans votre réservoir.
— Comment, il n'y a plus de poissqn ?
— Les carpe^ ont eu si grand peur à l'arrivée de M. l'intendant, qu'elles ont fui de grand matin yer^ la rivière ; Ramoqet sait la chose : il les a rencontrée, au moiftei)t où elles traversaient }a grande prairie,
— Il serait possible !
— Oui, mes bons measieurs, et comme Jlamonet se dispose à commencer son exaiQen de conscieqce, et qu'il ^e voudrait pas avoir dana la poche le prix d*up mets que M. Maret n'a pas dans sa casserole, il m'a prié de lui remettre ces six écus.
— Il ne t'a pas chargé de dire autre chose?
— Pardon, mes bons messieurs : que le désir d'obtenir toujours plus qu' qn n'a est un gros péché, et souvent une maladresse ; que M. Maret ferait sagement de se contenter d'être sous-fermier des tailles, père d'un bailli, beau-père d'un greffier, comme je dois me contester, moi, d'avoir ^es cerises en juio, et des raisins etx octobre. U assure surtout qu'il ne faut jamais compter pour dtner sur le poisson qui court dans l'eau.
Le domestique se hâta de transmettre la commis sion de Tenfant à M. Maret. Celui-ci, fort occupé de donner à M. l'intendant le menu de son dîner à la
carpe, faillit tomber frappé d'un coup de sang 1