‹ Contes populaires de la GascogneChapitre 2 sur 26 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

HàtODs-Doaa de recueillir ce qui resle de récits iostructifs et piquauts dans le champ ai habilement exploité par les grands esprits dont nous prononçons les noma avec admiration et reconnaissance. Si les conteurs philosophes ont largement puisé déjàdans le fond communde la tradition, s'ils ont recueilli les diamants qui brillaient à la surface, creusons plus avant, peut-être découvrirons-nous les perles qu'ils y ont oubliées.

Chaque province de France est fertile en œuvres littéraires de ce genre; ces œuvres sont le miroir fidèle où se reflètent, sans déguisement, le caractère franc ou rusé, mélancolique ou rieur, pastoral ou belliqueux de sa population.

Que les amis de nos richesses nationales entreprennent.

cbacuo dans son pays, ce travail d'élucubration, qu'ils recueillent les contes populaires, du Languedoc et de la Picardie, de l'Auvergne et de la Lorraine, du Dauphiné et du Berry ; ils formeront un traité du bon sens, de la morale pratique, de l'expérience de nos ancêtres, qui ne sera pas déplacé à côté des recueils poétiques, des romans de chevalerie et des fabliaux du moyen âge.

Quant à nous, bornant notre part de travail à l'exploration de notre province natale, nous consulterons les souve-. nirs de cette curieuse terre de Gascogne, patrie de Henri IV et de Boquelaure, de Montluc et de Dubartas ; nous ferons ressortir, dans upe série de eontei empruntés à la tradition, la subtilité prudente, la promptitude ^ aaisir les. défauts des autres, la déCc^nqe envers tout le monde, la cir* conspection enyers soi-même, l'observation critique et enjouée qui formèrent les traits caractéristiques des sujets de Jean d'Armagnac et de Henri IV.

La morale du Gascon, badine dans la forme, trës-judi* cieuse au fond, corrige en riant et redresse les vices sans se fâcher ; elle ne ressemble pas à la bouffonnerie de la comédie italienne, elle ne rit pas de tout sans marchander et aux éclats ; avant de se permettre Tépigramme, elle observe ; avant de flageller un ridicule, elle motive son arrêt sur un motif sérieux.

Le paysan rusé se venge largement des Scapins et des Dorante qui l'ont berné sur les théâtres de la ville ; il se moque des citadins et des gentilshommes, en faisant tomber leur fatuité dans le piège de son gros bon sens. Avec quelle joie il exalte les qualités solides de l'agriculteur laborieux, qui s'enrichit aux dépens du vaniteux qui se ruine,

la supériorité de l'homme courageux et robuste, qui rit

de l'impuissance d'une gentillesse puérile, efféminée

' Son bonheur est de célébrer les avantages du travail et des bons champs, de la ruse et de l'économie, de faire ressortir les inconvénients de l'orgueil et de la sottise paresseuse, . • Il y a lutte continue, incessante, entre la classe laborieuse et la classe oisive ; mais cette lutte est sans haine et sans fiel. . . Le pauvre ne tend pas à son compétiteur le guet-apens des guerres sociales, mais le trébuchet des espiègleries.. La subtile intelligence en habit de bure, prend l'homme cousu d'or et faible d'esprit à la pipée ; et sa victoire est d'autant plus éclatante, que tous les rieurs crient bravo et se mettent de son côté.

Le vieux théâtre italien personnifia les ridicules dans les types forcés d'Arlequin et de Gassandre, de Polichinelle et de Pierrot ; le grand art de nos auteurs comiques du dixseptième siècle fut, tout en travaillant sur la même toile, d'en effacer la couleur exagérée, de rendre au tableau l'exactitude de la vie réelle.

£h bien, chose remarquable! le grand, le vrai comique du théâtre français, ennemi des lazzis et des pasquinades, lecastigat ridendo mores ^ qui a toujours une vérité morale pour point de départ et une leçon pour but, se retrouve, avec ses plus belles qualités, dans le conte gascon... Là,

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pôinlde sentimeotàlitéi de déclamftlîoa pastorale senlant le roman de eheyalerie; %n s'y préoccupe peu du beau, mais beaucoup du productif; on prêffere uue solide maison atix fhtis boûagéêy les grands bcHufs aux chiens fidèles^ les belles moissons auK fleurs, les bras robustes aux petites mains poletées.

Nous ne présentons poi tous les contes populaires de la Gascogne comme dei chefs«d*œUf re de délicatesse ; mais ils nous paraissent renfefmef les qualités des joutes primitives de Tesprit gaulois; le bon sens tnigaire des œuvres qui moralisenten amusant.. Ces récils, transmis d'âge en &ge, ne sont pas les enfants pefdus d'une iibagination vagabonde, qui ne cherche qu'à distraire ses auditeurs, sans s'inquiéter beaucoup du moyen. Quelque futile que l'action paraisse à son début, la moralité se cache toujours dans quelque coin, et flnit par absorber au dénouement l'épisode tout entier. Ceci n'est pas, sans doute, de la littérature de haute portée, de longue haleine, mais n'oublions pas qu'un peu de modestie, de sans façon sert bien souvent à faire sérieusement son chemin dans le monde; Thirondelle, l'alouette, toutes petites qu'elles sont, volent aussi longtemps que Taigle, et traversent facilement les taillis où le noble oiseau ne saurait pénétrer sans se casser les ailes.

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