‹ Contes populaires de la Grande-BretagneChapitre 67 sur 134 · Folk Lore of the Xorlfiern Counties · texte numérisé non relu

Folk Lore of the Xorlfiern Counties

un marais et leurs amoureuses s'évanouirent en poussant un grand : Ha ! ha ! Les jeunes gens se dépêtrèrent comme ils purent du bourbier et revinrent au plus vite chez eux, poursuivis par le lutin, qui se moquait d'eux. En traversant le Derwent, ils tombèrent dans l'eau, se prenant l'un l'autre pour l'esprit, et finalement ils atteignirent leur demeure chacun de son côté. Ils racontèrent qu'ils avaient été poursuivis par le Hedley Kow et qu'ils avaient failli se noyer dans le Derwent^

Gervaise de Tilbury, dans ses Otia Imp>riaUa, décrit ainsi ^ un lutin qu'il nommeTortunus(?) et qui est apparenté à Robin Good Fellow : lorsque dans les ombres incertaines de la nuit, il voit un Anglais qui voyage seul à cheval, il se joint à lui invisible, et lorsqu'il l'a accompagné un bout de chemin, il s'empare des rênes et mène le cheval dans une fondrière. Alors il l'y abandonne pataugeant et s'en va en riant lourdement.

^ D'autres fois, Robin se promène dans les rues avec un balai sur l'épaule en criant : « Ramonez les cheminées! » mais quand quelqu'un ra])pelle, il s'enfuit et vous lance son rire : Ho ! ho ! ho ! \\ s'amuse quelquefois à imiter la voix chevrotante d'un mendiant, et si vous lui faites l'aumône, il se sauve en riant à sa façon. H aime aussi à frapper aux portes et quand un serviteur vient ouvrir, il souffle la lumière si c'est un homme, et si c'est une femme, il l'embrasse pardessus le marché. Voici une chanson qu'il chante volontiers quand il se fait passer pour ramoneur :

« Noir je suis des pieds à la tête, — et c'est la suie des cheminées qui en est cause. — Allons, Mesdemoiselles, accourez et faites bon accueil à celui qui rend vos cheminées propres et coquettes.

i> J'ai des cornes en quantité, mais je les porte sur le dos ; — ma tête ne reclierche pas pareil ornement ; — je donne

1. Ce même trait se retrouve dans le vieux livre : Uœ Mail Pranks of Itobiii (jùoà Fellow ; et il est réimprimé dans : Fairy Taies illustrating Shakespeare, 187S. :;. Il dit de la taille de ces lutins qu'il prétend exister aussi en Provence :

Stnlura pusilU dimidium poUicis non habentes. 3. Extrait de : Ihe Mnd Pranks of Rabin Otmd Fclloir.

mes cornes aux autres hommes et me soucie fort peu de les leur reprendre. ^>

Robin Bon Enfant s'appelle souvent Puck, surtout chez les poètes. Le caractère malicieux de Puck, exagéré par la frayeur populaire, a fait donner son nom à des êtres réellement malfaisants ou terribles; le diable a quelquefois reçu le mm de Puck et nous verrons plus loin le terrible Phooka ou Pucka. Mais le vrai caractère de Puck est celui d'un esprit frétillant de gaieté et malicieux sans méchanceté. Dans le Jutland danois, il y a un Niss qu'on nomme Puck et qui loge dans le plafond. M. Frère, dans ses charmants Contes (lu Deccan (Introd., p. xvj, nous apprend que dans l'Inde il existe des esprits nommés Gins, qui ont tout le caractère do Puck.

Si maintenant nous considérons Robin Bon Enfant, ou son similaire Puck, sous leur aspect de lutin du foyer, ils perdent en grande partie leur caractère malicieux, ou du moins ils ne conservent plus qu'une amusante espièglerie. — Dans un vieil ouvrage ', on nous dépeint ainsi Robin Bon Enfant : (c Lorsqu'il trouve une servante à son goût, elle peut se croiser les mains bien tranquillement; la nuit il fera son ouvrage. Si quelque galant tourne autour d'elle, Robin vient à l'aide de la jeune fdie, passe entre les jambes de l'amoureux sous la forme d'un hèvre, puis se changeant en cheval, l'emporte sur son dos et le jette sur une haie touffue. » Un jour, Robin s'étant amouraché de la femme d'un tisserand, prit du service chez le mari. Celui-ci les surprit qui s'embrassaient; alors la nuit suivante il profita de ce que Robin était endormi et l'enlevant hors du lit, il alla le jeter dans la rivière. Mais aussitôt le tisserand entendit derrière lui une voix qui disait : « Merci, maître, du service que vous m'avez rendu. Nagez vous-même ; moi, je vous regarderai sur le bord. » Et Robin, qui avait mis à sa place dans son lit une balle de laine, se dressa derrière

1, The Mii'l l'ninks mul mcrnj .lests of liohin Good FcIIoh-.

le tisserand et le jeta à l'eau *. Après quoi, il s'éloigna avec son : Ho ! ho ! ho !

Un type analogue à Robin Bon Enfant est ce que les Anglais nomment Will o' Wisp et Jack o' Lantern. C'est notre feu follet. En Ecosse, le même rôle est tenu par le Spunkie. Le voyageur attardé voit apparaître une lumière ; il espère arriver bientôt à une maison hospitalière, mais la lumière s'éloigne à mesure qu'il avance, et le malheureux, harassé de fatigue est conduit dans un cimetière, ou s'enfonce dans la bourbe d'un marais fétide.

La chanson suivante, attribuée à Ben Jonson, montre Robin Good Fellow sous ses divers aspects :

Page 1