CONTE LXIII
FUNÉRAILLES D'UN CHEF DE CLAN (Abrégé).
STEWART. — (HiGHLANUs.)
Un l'orgeroii qui travaillait à une heure avancée de la nuit entendit sur le chemni des bruits confus qui semblaient provenir d'un grand concours de peuple. Aussitôt il vit apparaître une longue procession de gens défilant quatre par quatre. Frappé de ce spectacle, le forgeron ne cessa de regarder, et pendant une heure il vit passer l'interminable procession sans pouvoir distinguer aucune des personnes qui la composaient. Cependant elles semblaient avoir, en général, bu plus que leur compte d'usquebaugh, et, de temps en temps, il en voulait une à terre. La procession continuait sans s'inquiéter davantage de ces incidents accoutumés. Enfin parut à son tour le corbillard, puis la file des voitures de deuil. Les genoux du forgeron commencèrent à se choquer l'un contre l'autre et ses cheveux se dressèrent sur sa tête à la pensée que précisément le vénérable chef de son clan venait, ce jour-là, de mourir; le forgeron comprit le sens de l'apparition. Il n'en demanda pas davantage et s'enfuit au plus vite de sa forge. Il alla raconter à ses voisins, dans tous ses détailSj la terrible scène dont il avait été témoin. Quand le jour des funérailles du chef eut été décidé, beaucoup de gens voulurent venir voir passer le cortège à la porte même de la forge ; ils purent constater l'exactitude absolue de tout ce qu'avait dit le forgeron.
LÉGENDES DE PHOOKA (cauchemar).
Le Pliooka, ou Pouka irlandais, a pour pendant Ja Mahr allemande, ce que nous appelons cauchemar. Le côté méchant de l'espiègle Puck dénaturé et démesurément grossi par la frayeur a donné naissance au Phooka. Ainsi que le cauchemar, cet esprit prend des formes différentes. Waldron {Histoire de nie de Man) rapporte que jadis dans l'île de Man régnait la croyance du Mauthe Doog, qui apparaissait sous la figure d'un épagneul noir. Près des montagnes de Killarney les Phooka se transformaient volontiers en poulains sauvages qui traînaient des chaînes et jetaient la terreur dans l'àme des voyageurs attardés. D'autres fois, le Phooka semble une lueur qui vous attire, et quand vous arrivez près de lui, soudain devant vous se dresse une épouvantable sorcière. Dans unMàrchen des frères Grimm, il est question d'un esprit qui se cache parmi les roseaux et qui s'élance sur le dos de ceux qui la nuit ont la malchance de passer près de lui. Dans le comté de Cork, on voit les ruines d'un grand château qu'on nomme le rocher du Phooka, et non loin de Dublin s'élève un vieux manoir appelé le château de Puck ; enfin une bourgade du comté de Kildare porte le nom de Puckstown (ville de Puckj.
Les apparitions des Phooka sont surtout fréquentes dans la soirée du 30 avril et la nuit du l"^'" mai. Au temps des Gaulois, les druidesses célébraient par des feux et des incantations magiques l'arrivée du printemps au 1^'' mai, et l'approche de l'hiver au 1*^' novembre. — Perpétuant ces traditions, les peuples de l'Europe ont longtemps conservé le souvenir de ces deux fameuses nuits dans des superstitions tantôt aimables, tantôt lugubres. La fête dul"^*" novembre s'est confondue plus tard avec celle de Noël,
En Allemagne, la veillée du l^"" mai est le théâtre de terribles aventures ; les noires sorcières et les démons aux pieds fourchus s'en vont au Brocken célébrer la nuit de Walpurgis. En France, les Fades (fées) berrichonnes errent par les champs dans la nuit du 1<^' mai et, en soufflant sur la terre.
la rendent stérile. Les veilles de certaines fêtes de l'année sont, comme ailleurs, l'objet chez nos voisins de superstitions de diverses sortes, quelquefois terribles, parfois simplement naïves. Ainsi, à la veille de la Toussaint, les paysans anglais faisaient jadis des libations dans le feu pour que le renard ne croquât plus les poules, ni le loup les moutons ; en Ecosse, dans cette même nuit, les jeunes filles se rendent dans le potager puis se bandant les yeux ; elles saisissent le premier chou qui leur tombe sous la main et l'arrachent. Suivant que le chou est beau ou laid, jeune ou fané, ainsi sera leur amant. C'est une manière toute locale et siii generis d'effeuiller la marguerite. D'autres fois les jeunes gens des villages se donnent rendez-vous chez l'un d'eux pour faire un réveillon à la veille de la Toussaint. Un jeune homme et une jeune fille choisissent chacun une noix et la jettent dans le feu; le couple se penche anxieusement sur le foyer pour voir ce que décidera le sort. Si les noix brûlent ensemble en s'éclairant l'une l'autre, c'est bon signe, mais si l'une des noix éclate et roule loin du feu, il est évident que la personne qui a choisi cette noix est orgueilleuse, colère et qu'elle ne peut amener que de la brouille dans un ménage. Tout le monde lui tourne aussitôt le dos et voilà une nouvelle recrue pour sainte Catherine.