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CONTE LXXIX

LE DRAGON DE LAMBTON (Abrégé).

HEXDERSOX. — (Comté de Dctham.)

Il y a longtemps, longtemps, le jeune héritier du château de Lambton menait une vie profane et dissipée, sans souci de Dieu ni des hommes. Au lieu d aller à la messe le dimanche, il passait sa matinée à la pèche. Un dimanche, après avoir jeté sa ligne bien des fois sans succès, il se répandit en imprécations, au grand scandale des serviteurs et des tenanciers qui se rendaient à l'église.

Bientôt après il sentit au bout de sa ligne quelque chose qui tirait. Pensant avoir pris un beau poisson, il mit toute sa force, toute son adresse à amener sa proie. Mais quel fut son effroi quand, au lieu d'un poisson, il s'aperçut qu'il avait péché un serpent d'un aspect extraordinaire! Il le détacha vivement de I hameçon et le jeta dans un puits voisin.

A peine le jeune homme avait-il rejeté sa ligne qu'un étranger vénérable qui passait lui demanda ce qu'il avait pris. Il répliqua : € Je crois que j'ai attrapé le diable; regardez et jugez ! » L'étranger déclara qu'il n'avait jamais rien vu de pareil, que ce serpent ressemblait à une salamandre, sinon qu'il avait neuf trous de chaque côté de la bouche.

Pe int ce temps, le serpent resta dans le puits, où il de bientôt trop gros pour y demeurer davantage. Alors il s t le jour il se tenait dans la rivière, roulé autour d'un r, au milieu du courant, et la nuit, dans une colline Nv.sine dont il enlaçait la base. Puis, continuant de grossir, de ses replis il fit bientôt trois fois le tour de la colline. Le

monstre devint la terreur du pays, suçant le lait des vaches, dévorant les moutons et faisant toutes sortes de déprédations. Après avoir ravagé la contrée, il traversa la rivière et approcha du château de Lambton, où le vieux lord vivait maintenant seul et désolé, car son fils, pour expier ses fautes, était parti à la croisade.

A l'approche de l'ennemi, on tint conseil. L'intendant, homme d'âge et d'expérience, conseilla de remplir de lait un grand baquet qui était dans la cour. Le monstre vint, but le lait et s'en retourna. Le lendemain, même aventure. On trouva qu'il fallait le lait de neuf vaches pour remplir le baquet, et quand on ne lui donnait pas son compte, le dragon entrait dans une violente colère et déracinait les arbres du parc en les enlaçant avec sa queue.

Plus d'un brave chevalier essaya de vaincre le monstre, mais en vain, car les morceaux coupés se rejoignaient toujours. On lui abandonna donc le château.

Après sept ans revint enfin l'héritier de Lambton, devenu sérieux et sage. Trouvant les terres de ses ancêtres ravagées, son père sur le bord de la tombe, il ne voulut pas prendre de repos avant d'avoir détruit le monstre ; il alla, en conséquence, consulter une sibylle. Elle lui conseilla de fixer sur sa cotte de mailles des têtes de lances, et, ainsi armé, de se rendre sur le rocher, au milieu de la rivière, et d'attendre son ennemi. Mais, auparavant, il devait faire vœu de tuer le premier être vivant qu'il rencontrerait en revenant chez lui ; s'il y manquait, pendant neuf générations aucun seigneur de sa maison ne mourrait dans son lit.

L'héritier fit ce vœu, puis confiant en sa fidèle épée et en son armure, il alla se poster sur le rocher. A l'heure accoutumée, le dragon déroula ses replis, et quand il passa près du chevalier, celui-ci le frappa à la tête. Le dragon se précipita sur le chevalier et l'enserra de ses anneaux. Mais plus le dragon serrait ses plis, plus ses blessures étaient profondes. La rivière devint rouge de sang ; la partie coupée était entraînée par la vitesse du courant et le dragon, ne pouvant réunir ses tronçons, expira.

Pendant le combat, tous les serviteurs de Lambton se tenaient enfermés, attendant que le jeune lord sonnât de la trompe, comme il l'avait promis, s'il était victorieux. Au signal, on devait lâcher le chien favori du lord, qu'on réservait comme la victime expiatoire du vœu fait à la sibylle. Cependant, quand le son de la trompe retentit, le vieillard ne pensant plus qu'au salut de son fils, courut l'embrasser.

Le jeune lord ne pouvait tuer son père! Le vœu fut donc rompu, et, de ce jour, selon la prédiction de la sibylle, la maison de Lambton fut maudite pendant neuf générations1 .

1. Dans la légende indienne du déluge, le dieu Yichnou est d'abord un petit poissa qui tient dans un vase, puis il grossit, alors Manou le met dans un lac, puis dans 1* Gange, enfin il le jette dans la mer, qui déborde.

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