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LES TROIS FILLES DU ROI DE LOCHLIN

CAMPBELL. — Highland8.)

Il était une fois un roi de Lochlin qui avait trois filles. Étant sorties un jour pour se promener, elles rencontrèrent trois géants qui les enlevèrent, et on ne sut ce qu'elles étaient devenues. Alors le roi envoya chercher le devin et lui demanda s'il pouvait lui apprendre où étaient ses filles. Le devin répondit que trois géants les avaient entraînées dans les entrailles de la terre et qu'il fallait équiper un vaisseau qui pût voyager et sur terre et sur mer. Le roi proclama alors que celui qui construirait un vaisseau aussi merveilleux aurait la main de l'aînée de ses filles. Or une veuve avait trois fils et l'ainé lui dit : « Mère, cuisez un gâteau et faites rôtir un coq ; je vais aller couper du bois et construire le vaisseau avec lequel j'irai à la recherche des filles du roi. » La mère lui répondit : « Que préfères-tu, mon fils : un grand gâteau avec ma malédiction ou un petit avec ma bénédiction ? — Donne-moi, dit-il, un grand gâteau; il diminuera bien assez vite avant que j'aie construit le vaisseau. » Puis il prit son gâteau et partit. Il arriva près d'un grand bois, sur le bord d'une rivière et s'assit sur la rive pour manger son gâteau. Une grande Uruisg sortit de la rivière et réclama sa part. Il refusa en disant qu'il en avait à peine assez pour lui. Puis il se mit en demeure de couper le bois, mais chaque arbre qu'il abattait se relevait aussitôt, et il en fut ainsi jusqu'à la tombée de la nuit.

Alors il revint à la maison triste et pleurant. Sa mère lui demanda : « Mon fils, comment ton ouvrage a-t-il marché aujourd'hui ? — Mat, répondit-il ; tous les arbres que j'ai coupés se sont relevés aussitôt. »

Ca ji feux jcurs i^r^s, ie second fils voulut à son tour ■ : ' „• . r.a si .c ... ta,re cuir* un gâteau

-t f .cr oa coq ; mars s etar: conduit comme son frère, il eut Se Œènae sort. Le iernier pii* avisé ne prit que le petit gâteau. LTrmx vint et il lui Iccnn ee p eile demanda. Alors elle 1 11 Lî : < sls t'uzene ici aussi bien que toi ; retourne Dc2 ui dcr^ et reviens dans in m et un jour, le vaisseau ^era prèc »

An bout d on an et an jour, le jeune tiis revint et trouva f: cur ; sur Li rivière Le vaisseau toat équipé. Il partit donc avec ir-At ses: ;L~b;cizies des pi us grands du royaume qui se propose d'épouser les Lies du roi. Bientôt ils aperçurent ua hvdme Lavir.t h irviere qui coulait à cet endroit.

— Que Éùs-tu la? cht-iL

— J*j l: celle rmere.

— Vkus donc avec moi, je te nourrirai et te donnerai

des gages.

— Volontiers, dit le buveur.

Plus loin ils rencontrèrent un homme qui dévorait une bête dans un {.arc.

— Que fais-tu là? dit le jeune homme.

— Je suis en train de dévorer tous les animaux de ce

parc.

— Viens avec moi, je te donnerai de l'ouvrage et des gages qui vaudront mieux que de la chair crue.

— Volontiers, dit le mangeur.

Plus loin ils rencontrèrent un autre homme l'oreille contre terre.

— Que tais-tu là ? dit le jeune homme.

— J'écoute j)ousser l'herbe.

— Viens avec moi, tu auras une nourriture et des gages tels que tu ne regretteras pas de ne plus écouter l'oreille contre terre.

Us suivaient leur route depuis quelque temps, quand l'écouteur s'écria : « C'est ici que sont les filles du roi et les géants! » Le fils de la veuve et ses trois compagnons descendirent dans l'abîme suspendus dans un panier, fis

arrivèrent à la demeure du grand géant. « Ah ! ah ! dit le géant je sais bien ce que vous cherchez ; vous cherchez la fille du roi, mais vous ne l'aurez pas avant que vous ne trouviez un homme capable de boire autant d'eau que moi. » Le buveur vint tenir tête au géant, et il n'avait pas bu encore la moitié de ce qu'il aurait pu boire que le géant éclata. Ils allèrent ensuite au second géant. « Oh ! oh ! ah ! ah ! dit le géant; je sais bien ce que vous venez faire ici, vous cherchez la fille du roi. Vous ne l'aurez pas avant d'avoir trouvé un homme qui mange autant de viande que moi. » Le mangeur arriva pour tenir tète au géant, il n'avait pas encore à moitié satisfait m son appétit quand le géant éclata. Puis le jeune homme alla trouver le troisième géant. « Ho! dit le géant, je sais ce qui vous amène; mais vous n'aurez pas la fille du roi à moins de rester chez moi comme esclave penda'nt un an et un jour. — J'accepte, répondit le jeune homme, » et il renvoya sur la terre, dans le panier, d'abord les trois gentilshommes, puis les trois filles du roi. Une fois là-haut, les trois gentilshommes emmenèrent les filles du roi chez leur père et déclarèrent au roi que c'étaient eux qui avaient accompli tous les hauts faits.

Au bout d'un an et un jour, le jeune homme dit au géant : « Je veux m'en aller. » Le géant lui répondit : * Voici un aigle qui te portera au haut de l'abîme. » Le jeune homme monta sur l'aigle, emportant pour leur nourriture à tous deux, jusqu'au moment où ils atteindraient la terre, cinq jeunes bœufs pour lui et dix pour l'aigle ; mais ils u'étaient pas à moitié chemin que l'aigle avait mangé sa part et qu'il redescendit.

Alors le géant dit au jeune homme: « Il te faut rester avec moi encore un an et un jour ; après quoi je te renverrai. » Au bout de ce temps, en effet, il lâcha l'aigle avec dix animaux pour le jeune homme et vingt pour l'aigle. L'aigle monta beaucoup plus haut que la première fois, mais ayant mangé sa part, il redescendit. « Il faut, dit le géant, que tu restes encore avec moi une autre année, et je te renverrai. » L'année écoulée, le géant lâcha l'aigle avec vingt jeunes

bœufs pour le jeune homme et soixante pour l'aigle. Quand ils atteignirent le haut du puits, l'aigle n'ayant plus rien à manger allait redescendre ; mais le jeune homme coupa un morceau de sa cuisse1, le donna à l'aigle, et d'un bond, il sauta à terre. Au moment de se séparer, l'aigle lui donna un sifflet en disant : « Si quelque danger t'assaille, siffle et je serai près de toi. » Le jeune homme ne laissa pas son pied s'arrêter, ni ne vida l'eau qui remplissait ses souliers qu'il n'eût atteint la ville du roi. Il se rendit chez un forgeron et lui demanda s'il n'avait pas besoin d'un aidecompagnon pour tirer les soufflets. Le forgeron l'agréa. A quelque temps de là, la fille aînée du roi envoya chercher le forgeron. « J'ai entendu dire, dit-elle, que tu étais le meilleur forgeron de la ville ; mais si tu ne me fais pas une couronne d'or semblable à celle que je portais chez le géant, je te ferai couper la tête. » Le forgeron revint à sa demeure triste et accablé. Sa femme lui demanda des nouvelles. « Tristes nouvelles, dit le forgeron; la fille du roi me demande une couronne d'or pareille à celle qu'elle avait quand elle était sous terre chez le géant, comme si je pouvais savoir comment était cette couronne! » Tout en soufflant la forge, son garçon lui dit : « Ne vous tourmentez pas, maître ; donnez-moi seulement l'or nécessaire, et je ne serai pas longtemps à vous faire cette couronne. » Avec la permission du roi, le forgeron rapporta la quantité d'or nécessaire. Le compagnon alla à la forge, dont il ferma la porte, puis il commença à fondre l'or en petits éclats qu'il jetait par la fenêtre. Tous les passants ramassaient l'or que le compagnon lançait. Allons! en avant le sifflet! et en un clin d'œil l'aigle apparut. « Pars, dit le compagnon à l'aigle, et apporte-moi la couronne d'or qui est au-dessus de la porte du grand géant. » L'aigle partit, et revint bientôt avec la couronne. Le jeune homme la donna au forgeron. Celui-ci enchanté s'en alla retrouver la fille du roi. « C'est bien, dit-elle; si je

» voy. sur cet épisode les notes du conte XII . A\dt donnte par Ua ammaux.

ne savais que c'est impossible, je croirais que voilà la couronne que j'avais chez le grand géant. »

La deuxième fille du roi dit au forgeron : « Ta tète tombera si tu ne m'apportes une couronne d'argent semblable à celle que j'avais chez le géant. » Le forgeron s'en retourna désolé, sa femme vint à sa rencontre, attendant de bonnes nouvelles et des caresses. Le compagnon dit à son maître qu'il se chargeait de faire la couronne si on lui donnait la quantité d'argent nécessaire. Le forgeron la rapporta par ordre du roi. Le compagnon fit comme avant : il siffla, l'aigle vint : « Rapporte-moi, dit-il, la couronne d'argent que la seconde fille du roi avait chez le géant. »

L'aigle partit et revient bientôt avec la couronne d'argent. Le forgeron tout joyeux alla trouver la fille du roi. « C'est bien dit-elle, elle est merveilleusement semblable à celle que je portais jadis. »

Mais la plus jeune fille du roi réclama à son tour une couronne de cuivre pareille à celle qu'elle avait chez le géant. Le forgeron reprenant courage revint chez lui. Son compagnon brisa le cuivre en morceaux et le jeta par la porte et les fenêtres, et de tous les côtés on venait ramasser le cuivre comme on avait fait pour l'or et l'argent. Enfin il porta le sifflet à sa bouche, et l'aigle fut à son côté. « Rapporte-moi la couronne de cuivre de la plus jeune fille du roi. » L'aigle ne fut pas longtemps à revenir. Le compagnon remit la couronne au forgeron, qui gaiement la porta à la fille du roi. « C'est bien, dit-elle, je jurerais que c'est la couronne que j'avais chez le géant, si je ne savais qu'il est impossible de l'obtenir. »

Alors le roi dit au forgeron : « Dis-moi comment tu as appris à faire des couronnes, car je ne savais pas qu'il existât dans le royaume un ouvrier m aussi habile que tu l'es. — Avec votre permission, roi, ce n'est pas moi qui ai fait les couronnes, mais le compagnon que j'ai pris pour tirer les soufflets. — Je veux le voir, dit le roi, afin qu'il me fabrique une couronne. »

Le roi fit atteler quatre chevaux à sa voiture et envoya chercher

•ian» 0:1 équipas? le compagnon do forgeron. Quand la voiture trnva a la forge, le compagnon tirait les soufflets, tout noir et t/>ut couvert de charbon. Les piqueurs entrèrent et demander^ nt où Kajt l'h-mme qu'attendait le roi. Le forgeron dit : t Le voici qui tire les soufflets. — Oh ! oh ! » dirent les piqueurs, et. semparant de lui, ils le jetèrent dans la voiture, la tête en avant comme si c'eût été un chien.

Au bout de quelques pas le jeune homme porta le sifflet à sa bouche. L'air le parut « Si tu me veux du bien, emporte-moi d'ici, et remplis la voiture de pierres. » L'aigle obéit. Le roi était en dehors de son palais, aUendant de son carrosse, et quand il en ouvrit la porte, il tué par les pierres qui tombaient sur lui. Alors on se saisit des piqueurs et on les pendit pour avoir fait un tel affronl au roi. Le roi envoya d'autres valets avec le carrosse, et quand ils furent à la forge : « Oh ! oh î c'est là l'homme noir que le roi nous envoie chercher! » Puis, s'en emparant, ils le jetèrent dans la voiture comme ils eussent fait d'un morceau de tourbe. Mais à quelque distance, le jeune homme siffla, l'aigle parut, et il lui dit : « Emporte- moi d'ici, et remplis la voiture de toutes les ordures que tu pourras trouver. » Et quand le roi ou>rit la porte du carrosse, les ordures lui dégringolèrent sur la tète. Furieux, le roi fit pendre aussi ses valets. Enfin le roi envoya son serviteur de confiance, et quand celui-ci arriva à la forge, il prit par la main le compagnon qui tirait les soufflets : c Le roi, dit-il, m'envoie te chercher; je crois que tu ferais bien d'enlever le charbon qui est sur ta figure. » Le compagnon se nettoya bien, très-bien, et le serviteur du roi le prit par la main et le mit dans le carrosse. Au bout de quelques pas, le jeune homme siffla, l'aigle vint : « Apporte-moi, dit-il, les vêtements d'or et d'argent qui sont chez le grand géant. » Et l'aigle reparut bientôt avec les*vêtements. Le jeune homme revêtit alors le costume du géant. Et quand ils arrivèrent au palais, le roi vint, ouvrit la porte du carrosse et vit le plus bel homme qu'il eût jamais vu. Le jeune homme raconta au roi toute son histoire d'un bout à l'autre. Les trois gentilshommes qui étaient sur le point

d'épouser les princesses furent pendus, et le jeune homme prit pour lui la fille aînée du roi, et on lui fit une noce qui dura vingt jours et vingt nuits ; et je les ai laissées en train de danser, et je ne sais pas s'ils ne cabriolent pas encore sur le plancher.

Contes similaires :

1° France. — Contes bas-bretons de Luzel : le Poirier aux poires d'or (pour quelques traits seulement).

2° Italie. — (Gubernatis, Zoological Mythology, p. 187, vol. II.) Histoire d'un dragon à trois têtes qui vole les pommes d'or d'un roi de Portugal. (Épisodes de l'abandon d'un frère par ses frères, du héros qui donne à l'aigle un morceau de sa chair, et des couronnes.)

3° Allemagne. — Contes de Grimm : le Vigoureux Hanz.

4° Norwéce. — (Abjorsen) : le Grand Oiseau Dan et le Château de Soria Maria.

& Russie. — (Recueil de Ralston) : le Monstre Norka (surtout pour l'épisode des frères abandonnant leur frère au fond du puits et pour l'épisode des couronnes).

La rencontre faite de personnages chez lesquels un sens a reçu un développement surnaturel dont l'exercice est nécessaire au dénoùment du conte, est un type fréquent dans les récits mythiques'.

Similaires :

France. — Contes d Armagnac de Bladé : l'Estienni l'Habile. (Le héros rencontre Fine Oreille, qui entend ce que disent les gens de l'autre monde, un tireur qui atteint son but avec le ricochet de sa balle, un coureur qui est obligé de se traîner pour ne pas aller trop vite, un homme si robuste, qu'il déracine un chêne de cent ans.)

Allemagne. — Grimm : Les Six Compagnons qui viennent à bout de tout. (Le premier peut porter des fagots faits avec des arbres entiers; le second tue une mouche à deux lieues : le troisième peut en soufflant faire tourner un moulin; le suivant court avec la vitesse de l'hirondelle). — Contes de Simrock (traduction Frank) : les Sept Compagnons (le Fort Bras, Vite comme l'oiseau, Tire juste, Boit Tout, Souffleur, Fine Oreille, Mange Tout).

i.Cox, Mythofogy of the Aryan Nation*, p. m, rappelle ft ce sujet que l'Iris de la mythologie du Nord, le dieu Hoimdall, a entre autres attributs celui de tout voir comme Argus aux cent yeux. Ses sens sont si subtils qu'il entend pousser l'herbe dans la terre et la laine sur le dos des moutons.

Noftwfci. — AbjOrsen traduction Basent) : Boots et son équipage. (Mangeur qui dévore des pierres pour apaiser son appétit, une Fine Oreille, Vue Perçante, un coureur qui s'attache une jambe pour ne pas aller trop rite.)

St tDE. — Conta de Cav allias ( traduction Thorpe) : les Trois Chiens : i un chien a l'oreille si fine qu'il entend pousser l'herbe).

Du reste, ces mythes existent dans l*Edda. Voy. dans le voyage de Gyifc, la lutte entre Loki et Thor à qui mangera et boira le plus ; la coupe que Thor ne peut tarir est l'Océan.

Russie — (Recueil Ralston) : le Roi des eaux et Vassilissa la Sage (buveur, mangeur, gelée crevassante).

Un>E. — Contes du Dtccan : Comment trois habiles gens trompèrent les démons. (Un tireur est si habile que de sa flèche il enlève les perles des boucles d'oreilles de sa femme ; un autre est un lutteur d'une force extraordinaire; un troisième a l'esprit si délié qu'il devine tout.) Dans les Védas, Indra est représenté comme un grand buveur de soma.

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