‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 36 sur 127 · LÉGÈRES ABRÉVIATIONS · texte numérisé non relu

LÉGÈRES ABRÉVIATIONS

P. KENNEDY. — (Irlande.)

Il y avait une fois une pauvre veuve qui avait une fille belle comme le jour, mais paresseuse comme un cochon, sauf votre respect. La pauvre mère était la plus industrieuse personne de la ville et surtout bonne fileuse, et elle eût voulu que sa fille fût habile comme elle, mais celle-ci se levait tard, mangeait son déjeuner avant d'avoir fini ses prières et flânait tout le jour.

Un matin, passa par là le fils du roi. Entendant la pauvre femme gourmander sa fille, il lui dit : « Bonne femme, vous devez avoir une bien méchante enfant pour la gronder ainsi? Ce n'est pas la belle fille que voilà qui vous fait du chagrin, assurément? — Ah! Votre Majesté, répondit la veuve, je lui reprochais de trop travailler; croiriez-vous qu'elle file trois livres de lin en un jour, les tisse le second, et en fait des chemises le troisième? — C'est justement, dit le prince, la femme qu'il faut à ma mère, qui est elle-même la plus grande fileuse du royaume. Donnez à votre fille son bonnet et son manteau et qu'elle monte derrière moi. Si ma mère est contente d'elle, qui sait si, au bout de la semaine, elle ne la prendra pas pour sa belle-fille I »

En un instant, la jeune Anty (Anastasie) fut montée derrière le prince, qui en s'éloignant laissa une grosse bourse à sa mère. Quand la reine vit une paysanne assise derrière son fils, elle fut très-étonnéc, mais dès qu'elle vit sa belle figure et connut tout ce dont elle était capable, elle la reçut cordialement. La soirée se passa, et le prince et Anty devinrent

de plus en plus amoureux l'un de l'autre ; mais le cœur d'Anty se glaçait quand elle songeait qu'il faudrait bientôt montrer comment elle savait filer. Au moment du coucher, la vieille reine la mena dans une belle chambre en lui souhaitant bonne nuit, puis elle lui montra quantité de beau lin et lui dit : « Vous pourrez vous mettre à l'ouvrage d'aussi bonne heure que vous voudrez demain matin, et j'espère voir ces trois livres de lin transformées en un beau fil blanc. » La pauvre fille dormit peu et regretta de n'avoir pas mieux écouté sa mère.

Le matin elle se mit à l'ouvrage le cœur gros, et bien qu'elle eût un beau rouet et le plus joli lin que vous ayez jamais vu, son fil se cassait à tout moment. A la fin, elle repoussa sa chaise, laissa tomber ses mains et fondit eu larmes. Au même moment lui apparut une petite vieille avec des pieds énormes, qui lui dit : « Pourquoi ce chagrin? — 11 faut que je file tout ce lin avant demain, répondit la jeune fi lie. — Eh bien, si vous voulez inviter la pauvre Cushmor à votre mariage, je m'engage, pendant votre sommeil, à filer vos trois livres de lin. — Certes vous serez la bienvenue et je vous honorerai le reste de vos jours. — Très-bien ! alors dites à la reine qu'elle peut venir chercher son fil aussitôt qu'il lui plaira demain matin. » La vieille en effet tint parole. « Quelle bonne fille vous êtes ! s'écria la reine ; je vous donne mon propre rouet, mais ne travaillez pas aujourd'hui ; travailler, puis se reposer, telle est ma devise. Demain vous tisserez ce fil, et qui sait ce qui peut arriver? »

La pauvre fille eut plus peur que la première fois. Elle ne savait comment s'y prendre et dans son chagrin, elle restait assise sans rien faire, quand une petite femme affreusement déhanchée apparut et lui dit qu elle se nommait Cromanmor et fit avec elle le môme marché que Cushmor. Grande fut la joie de la reine en voyant cette belle toile blanche. « Amusez-vous aujourd'hui, dit-elle, et si demain vous pouvez offrir h mon lils cette toile changée en belles chemises, je vous le donne pour époux. »

U pauvre fille manœuvrait de son mieux ses ciseaux, son

fil ci ses aiguilles, quand à sa joie elle vit venir une troisième vieille avec un grand nez rouge, qui lui dit qu'on l'appelait Shron Mor Rua. Gomme les deux autres vieilles, elle conclut le même marché avec Anty, et la reine en faisant sa visite matinale vit sur la table douze belles chemises.

A partir de ce moment on ne songea plus qu'à la noce, et quelle noce! La pauvre mère était présente, et pendant le dîner, la vieille reine ne parlait que des belles chemises et combien elle serait heureuse, après la lune de miel, de filer, tisser et faire des chemises indéfiniment avec sa belle fille. Le prince n'aimait guère ce discours et la fiancée encore moins ; il allait y répondre quand le valet de pied s'approcha de la table et dit à la mariée : « La tante de Votre Seigneurie, Cushmor, demande à entrer. » La liancée rougit et eût voulu être à sept milles sous terre, mais le prince prit la parole et dit : « Dites à cette dame que les parents de ma fiancée seront toujours les bienvenus. » La vieille aux grands pieds vint s'asseoir auprès du prince. La reine ne fut pas contente, et par dépit elle lui demanda : « Pourquoi avez-vous le pied si grand ? — Majesté, c'est à force de presser la roue de mon métier, répondit Cushmor. — Je vous déclare, dit le prince à sa fiancée, que jamais je ne vous laisserai une heure à votre rouet! »

Le môme valet annonça ensuite la tante Cromanmor, qui vint s'asseoir et but à la santé de toute la société. La reine lui demanda pourquoi elle était si déhanchée. « C'est, dit la vieille, parce que je reste toujours assise à mon métier* — Par mon sceptre! dit le prince, ma femme n'y restera pas une heure. » Le valet annonça ensuite Shron Mor Rua. Chacun éclata de rire en voyant son grand nez rouge,

— Dites-nous, Madame, lui dit la reine, pourquoi votis avez un pareil nez.

— Votre Majesté, c'est parce que j'ai toujours la tête penchée en cousant sans cesse et tout le sang de mon corps coule dans mon nez.

— Ma chère, s'écria le prince, si jamais je vous vois une aiguille à la main, je la jette à cent milles de vous.

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Écossb. — Recueil de Chambers : Whooppity Stoorie (Voy. aux conte> de Faines).

France. - Histoire de Ric-Din-Don (M11* Lhéritier).

Italie. — Pentamerone, conte assez semblable. — Gubernatis : A'owJline : la Comprata.

Allemagne. — Grirnm : les Trois Filandières ; quelques traits de Rumpelstilrchen ; — Bûsohing : les Trois Petites Fileuses.

Norwége. — Abjôraen (trad. Thorpe) : les Trois Tantes.

Suède. — Contes de Cavallius et Stephens (trad. Thorpe) : la Fille qui pouvait filer de l'or avec de la boue et de la paille; les Trois Petites Couronnes.

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