‹ Contes populaires de la GrandeBretagneChapitre 55 sur 127 · CONTE XXXIX · texte numérisé non relu

CONTE XXXIX

LA PIXY 1 EN MAL D'ENFANT (Très-Abrégé).

MISTRESS RRAV. — (Devonshirk.)

La sage-femme de Tavistoek venait de se coucher quand vers minuit, elle entendit frapper à sa porte avec autorité. Tout émue elle sauta à bas de son lit, et ouvrant la porte elle se trouva en présence d'un petit personnage, vieux, laid, d'aspect étrange, qui lui demanda de venir en toute hâte donner des soins à sa femme. Bien qu'effrayée, la sage-femme ne pouvait refuser ses services. A la porte piaffait un cheval noir comme du charbon et dont les yeux brillaient comme des boules de feu. Le vieux à mauvaise mine l'eut bientôt juchée à côté de lui sur le cheval, et monture et cavaliers volèrent comme le vent. Enfin elle arriva à la porte d'un joli cottage ; elle vit deux enfants bien tenus et trouva que sa malade était une femme très-convenable. Un bon gros garçon fit bientôt son entrée dans le monde, et d'une manière assez crâne il assena un coup de poing sur l'oreille de l'accoucheuse au moment où elle lui disait qu'il était tout le portrait de son père. La mère donna à la sage-femme une certaine pommade en lui recommandant d'en frotter les yeux de son enfant ; celle-ci se dit alors que ce devait être une bonne chose et pour essayer elle s'en mit un peu sur l'œil. Aussitôt tout changea autour d'elle. La mère lui sembla une belle dame vêtue de blanc ; l'enfant était enveloppé dans des

i. LM Plxies sont, avec do petites différences sans importance, les Fairiesdu novonshirc «t du Somorsotshire. Us habitent en général les rochers ; d autres vivent dans les nune» dont il, sont les esprits familiers: nous lo< verrons ailleurs avec les Rrownies éco».us et les esprits du foyer domestique, yuand ils égarent les voyageurs, ils se confondent avec les feux follets. Mistrcss Brny u été leur principal historien.

langes de gaze d'argent. Il était plus joli qu'avant, mais il conservait toujours le regard de son père. Quant aux enfants qu'elle avait vus en entrant, ils avaient subi une étrange mé* tamorphose, car de chaque côté de la tête du lit, on voyait deux lutins qui avec force grimaces et singeries se grattaient la tête et tiraient de temps en temps les oreilles de la dame avec leurs longues pattes velues. — La sage-femme s'éloigna nu plus vite de cette maison ensorcelée sans dire un mot de la pommade magique ni de ce qu'elle avait vu. Le vieux à mauvaise mine la fit monter de nouveau sur le cheval noir comme du charbon et elle revint chez elle plus vite encore qu'elle n'était partie.

Au jour du marché suivant, étant à marchander des œufs, elle rencontra le même vieillard, et allant à lui, lui demanda des nouvelles de sa femme et de l'enfant. « Comment ! vous me voyez donc aujourd'hui? s'écria-t-il. — Parfaitement, ditelle, comme le soleil dans le ciel. — Ah bah ! et de quel œil, je vous prie ? — De l'œil droit, répondit-elle. — La pommade ! la pommade ! s'écria-t-il ; je vous apprendrai à vous mêler de ce qui vous regarde! » Et il lui donna un coup de' poing sur l'œil tout en parlant. De ce jour jusqu'à sa mort elle fut aveugle de l'œil droit

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