CONTE XL
LE FAIRY DEVENU VEUF (Très- Abrégé).
R. HUNT. — (Corwhjaillrs.)
11 n'y a pas longtemps qu'une jolie fille, nommée Jenny, vivait à Torvednack. Elle était un peu simple d'esprit, mais néanmoins assez coquette. Un jour, sa mère l'envoya chercher une place. Jenny partit assez gaiement et, arrivée à un chemin en croix, elle ne savait quelle route suivre. Elle s'assit sur une pierre, et par désœuvrement elle arrachait des brins
i. Gervaise do Tilbury, dans ses Otia imptrialia, cite une histoire analogue sur le*; Dracs de Provence. Cette histoire a été évidemment apportée par Im YUipoths pendant leur longue dominution. Voy. aussi: Hunt, Conta de Cornouaillex, p. 83, et Keighrluy, Fairy Mythology, p. 353.
de fougère quand elle entendit parler près d'elle, et aperçut un jeune homme.
— Que désirez-vous, jeune femme? dit l'inconnu.
— Je cherche une place, répondit-elle.
— Aimeriez-vous, dit l'étranger, servir chez un veuf qui a un petit garçon?
— Volontiers, dit Jenny.
Après avoir arrêté les conditions du service avec Jenny, l'étranger la pria très-gracieusement d'embrasser la feuille de fougère qu'elle avait à la main eu disant : « Je m'engage à rester chez vous un an et un jour.» Ceci fait, Jenny suivit l'étranger, qui marcha longtemps, longtemps. Enfin la terre s'ouvrit et ils descendirent rapidement. Comme Jenny avait une larme dans les yeux, l'étranger l'essuya gentiment avec une petite feuille et alors elle aperçut un pays comme elle n'en connaissait pas. Les collines et les vallées étaient couvertes de fleurs et des rivières d'eau limpide sillonnaient la campagne. Des dames et des gentilshommes vêtus de vert et d'or, marchaient, jouaient, ou bien, assis sur les tertres fleuris, ils chantaient des chansons et se contaient des histoires. « Nous sommes arrivés, » dit le maître de Jenny. Lui aussi était bien changé ; il portait maintenant un habit de soie verte avec des ornements d'or. 11 conduisit Jenny dans une belle demeure où tous les meubles étaient de perles et d'ivoire, enchâssés d'or et d'argent et ornés d emeraudes. Après avoir traversé beaucoup de salles, ils arrivèrent dans une pièce tendue de dentelle fine comme une toile d'araignée; au milieu de la chambre était un petit lit fait d'un coquillage si brillant qu'on pouvait à peine le regarder. Un petit garçon y dormait et il était si joli que Jenny s'écria :
C'est l'un des plus doux anges de Dieu qui est endormi !
— Voilà vos fonctions, dit le père ; je suis roi de ce pays et te désire que mon fils connaisse quelque chose de la nature humaine. Ayez bien soin de cet enfant.
Jenny s'attacha vite à l'enfant et les jours s'écoulaient avec uno étonnante rapidité. Bientôt le temps pour lequel Jenny 'était engagée prit fin, et un matin Jenny s'éveilla. Tout
était changé autour d'elle ; elle dormait dans son lit chez sa mère. Tout lui semblait étrange. Les commères du voisinage vinrent voir Jenny, qui leur raconta sa singulière aventure. Une d'elles, après avoir bien écouté l'histoire, dit d'un air grave à Jenny : € Courbez le bras .» Jenny s'assit dans son lit et courba le bras en posant la main sur sa hanche. «Maintenant, continua la vieille, dites : «Je veux que mon • bras ne se redresse jamais si j'ai fait un mensonge.» Jenny répéta les paroles de la vieille. « A présent, dit la vieille, essayez de redresser votre bras. » Jenny étendit aussitôt le bras.
La vieille s'écria : « Jenny n'a dit que la vérité ; elle a été emmenée par les Petites gens dans une demeure sous les collines. »
CONTE xu. ;