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LA CORBEILLE DE TULIPES

MISTRESS BRAY. — (Dbvonshirb.)

Une vieille femme qui habitait jadis un cottage près d'un champ de Pixies, possédait un très -joli jardin dans lequel elle cultivait une belle corbeille de tulipes. Les Pixies se plaisaient tellement en ce lieu, qu'elles y amenaient leurs bébés et chantaient pour les endormir. Souvent, pendant la nuit, on entendait un doux chant de berceuse, et dans l'air llottaient les accords d'une mélodieuse musique qui semblait s'élancer du sein des belles tulipes; lorsque la brise du soir courbait la téte de ces fleurs charmantes, on eût dit qu'elles marquaient la mesure des gracieuses chansons qui s'élevaient du milieu de leurs corolles. Dès que les bébés s'étaient endormis à ces mélodies, les Pixies regagnaient le champ voisin, et là elles se livraient à la danse et elles traçaient sur le gazon ces cercles qui révèlent aux yeux des mortels les gambades de leurs fêtes de nuit. — Au point du jour, les Pixies vigilantes retournaient aux tulipes, et bien qu'on ne put apercevoir ces Fairies, on entendait le bruit

de> baisers et des caresses qu'elles prodiguaient à leurs bébés. Les tuli[x > ainsi favorisées par ces aimables elfes conservaient leur beauté plus longtemps qu'aucune autre fleur du jardin et, contrairement à leur nature, le souffle des Pixies leur donnait l'odeur suave des roses. La vieille femme était si fière de ses tulipes, qu elle ne souffrait jamais qu'on en cueillit une seule. Mais un jour elle vint à mourir, et sou héritier détruisit les fleurs enchanteresses et convertit la corbeille en un plant de persil. Les Pixies furent si chagrines et si humiliées de cette conduite, qu'elles firent sécher le persil sur pied et que, pendant maintes années, elles ne permirent à aucune herbe, à aucune plante, de croître dans le jardin. Il faut dire que si ces lutins ressentaient vivement les injures, leur âme s'ouvrait aussi facilement à la reconnaissance; et pendant qu'ils rendaient stérile le jardin tombé en des mains indignes, ils entouraient de sollicitude la couche où reposait la bonne vieille, leur ancienne bienfaitrice. On les entendait se lamenter et chanter des cantique» autour de son tombeau. Toutes les nuits, les Pixies payaient un douloureux tribut à la mémoire de la bonne vieille, excepté aux époques de pleine lune, car alors avait lieu la grande solennité dans laquelle elles célébraient par des « hauts, des danses et des réjouissances, le grand cercle d'argent tracé dans le ciel par la reine des nuits. Jamais la main d'un mortel ne toucha à la tombe de la pauvre vieille qui jadis consacra la corbeille de tulipes aux plaisirs des elfes, et cependant jamais il ne s'y montra une mauvaise herbe; le gazon en resta toujours vert, et sans qu'on eût besoin de les semer, les plus belles fleurs y poussèrent, jusqu'au jour où le corps mortel fut complètement retourne dans la poussière d'où il était sorti.

L'une des superstitions les plus répandues en Angleterre est celle des ChangelingS. Les Fairies passent pour voler les enfants qui leur plaisent et y substituer leur propre enfant.

Aussi, lorsque dans les campagnes les mères ont un rejeton laid et idiot, s imaginent-elles volontiers que les Fairics ayant trouvé leur enfant beau et charmant, leur out joué le mauvais tour de mettre à sa place un Changeling. Les Chaugclings ne sont cependant pas tous laids. Ainsi Waldron, l'historien de l'île de Man, raconte qu'ayant été voir un enfant qu'on lui avait déclaré être un Changeling, il fut fort étonné de trouver un petit garçon n'ayant pas son pareil, comme beauté, sous le soleil. Bien qu'âgé de cinq à six ans, et d'une apparence pleine de santé, il pouvait a peine marcher et se tenir debout. Ses membres étaient démesurément longs pour son âge, mais plus grêles que ceux d'un enfant de six mois ; il avait une taille charmante et les plus beaux cheveux du monde. Il ne parlait, ni ne criait et ne mangeait pas, pour ainsi dire; on lé voyait rarement sourire, mais quand on l'appelait Fairie, il. fronçait les sourcils et regardait son interlocuteur dans le blanc des veux, comme s'il eût voulu lire au travers. Sa mère, ou plutôt sa mère apparente, étant très-pauvre, allait fréquemment travailler au dehors, et le laissait seul tout le jour. Lorsque des voisins, par curiosité, allaient regarder par la fenêtre, pour voir comment l'enfant se comportait quand il était seul, ils le trouvaient chaque fois riant de tout son cœur, ils en concluaient qu'il se trouvait dans une société plus agréable pour lui que celle des simples mortels, et, ce qui les conlirmait dans cette pensée, c'est que lorsque sa mère l'avait laissé, en parlant, malpropre et sans être débarbouillé, à son retour elle voyait sa ligure lavée, et ses cheveux peignés avec le plus grand soin.

La même substitution peut s'exercer aussi sur les animaux, et lorsque quelques jours après avoir acheté un cheval bien fringant vous vous trouvez n'avoir plus qu'une mauvaise rosse rétive et vicieuse', les maquignons madrés vous affirment que les Fairics, jaloux de votre marché avantageux, ont évidemment troqué un de leurs chevaux contre le vôtre. Kennedy (Fire side S tories of Ireland), relate un Changeling de taureau.

Heureusement, à côté du mal se trouve toujours le remède; aussi les commères et les fortes tètes du village ont nombre

*ït revV.tes. pi as ingéaieasee les unes que les autres, pour birrLsser «i^s en faut- supposés. Un des moyens les plus a La portée de chacun consiste à suspendre l'enfant, la tête ktï t-îs, ie matin quand on l'habille. Vous pouvez encore f*>rter restait que v-ûs croyez appartenir aux Fairies sur la Iis;ère «ie trois comtes ou bien au confluent de trois rivières, puis vous Yx laissez passer la nuit. Si l'enfant est aux Fairies, elles viennent nécessairement le délivrer; si, au contraire, vous le retrouvez après cette cérémonie, il est bien évi ient qu il est à tous'. Il faut avouer qu'une mère, qu'un } ^re MJrt.-.ut. seraient bien coupables de négliger des procédés si faciles de s'assurer que leur enfant est bien d'eux. Sans doute il peut survenir quelque fluxion de poitrine ou quelque bonne pleurésie, mais, dans une conjoncture si grave, cela doit-il entrer en ligne de compte?

La croyance aux Changelings existe en France, en Suède, en Danemark, en Allemagne, et Thorpe*, dans sa Mythologie xrandinav?, fait cette piquante citation sur le moyen radical que Luther voulait qu'on employât pour chasser les Changelings. « U y a huit ans, il y eut à Dessau, dit-il, un Changeling que moi, docteur Martin Luther, j'ai vu et touché. II mangeait autant que quatre laboureurs ; quaud les choses marchaient de travers dans la maison, il riait et était enchanté, mais si tout allait à souhait, il ne cessait de pousser des cris. Témoin d'un spectacle aussi intolérable, je dis au prince d'An hait : « Si j'étais à votre place, je jetterais cet » enfant dans la Moldau, au risque d'être homicide. » Mais l'électeur de Saxe, qui était alors à Dessau, non plus que le prince d'Anhalt, ne voulurent suivre un avis pourtant si sage. Je conseillai donc de faire dire au temple un Pater nosfer ,*afin que Dieu enlevât au plus tôt cet enfant du diable. J'eus la consolation de voir ma prière exaucée, et le Changeling mourut, en effet, deux ans après. »

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