LE FORGERON ET LES FÉES
CAMPBELL . - (UlGHLANDS.)
Un forgeron nommé Mac-Eachern avait un fils de treize à
quatorze ans, plein de santé etvigoureux. Tout à coup il devint
chétif et déclinait de jour en jour ; bien que couché, il avait
un appétit extraordinaire. Un jour le forgeron étant à son
travail vit entrer un vieillard du voisinage bien connu pour
sa sagacité. Le vieillard lui dit que son fils avait été enlevé
par une Fairie, dont l'enfant avait été substitué au sien. « Que
dois-je faire, dit le forgeron, pour retrouver mon enfant?»
Le vieillard lui répondit : « Assurez-vous d'abord que
le garçon que vous avez chez vous n'est pas votre fils et voici
comment. Prenez autant de coquilles d'œufs vides que vous
pourrez vous en procurer, portez-les dans la chambre du
malade, rangez-les avec soin devant lui ; ensuite allez puiser
de l'eau dans les coquilles en en prenant deux à la fois et en
ayant l'air de succomber sous leur poids. Enhu, quand toutes
Jes coquilles seront remplies, disposez-les avec promptitude
autour du feu. » Le forgeron suivit à la lettre ces instructions.
Tout à coup du lit on entendit sortir un fou rire et le
malade s'écria : « J'ai atteint aujourd'hui huit cents ans et je
n'ai jamais rien vu de pareil ! » Le forgeron raconta tous ces
détails au vieillard. « Ne vous avais-je pas dit que ce n'était
pas votre fils ? Débarrassez-vous de l'intrus et votre fils
vous sera rendu. Pour cela, jetez le malade dans le feu ;
si c'est votre enfant il vous appellera à son secours ; sinon,
il s'envolera à travers le plafond. » C'est en effet ce qui arriva.
Le forgeron, se conformant au conseil du vieillard, se rendit une nuit avec une Bible, un couteau et un coq sur la colline des Fairies. En arrivant, il planta son couteau dans la colline
pour empêcher la terre de se refermer sir lui. pais il vit les Fairies qui « hantaient et dansaient dans leur cercle vert. Il leur réclama son fils, qui lui fut rendu. Pendant un an et un jour, l'enfant resta muet, mais après ce temps il parla et montra même dans le travail de forgeron une habileté qui témoignait de son séjour chez les Faines.
Ce conte, qui a de nombreuses versions en Angleterre, e>t populaire aussi en Danemark, en Allemagne et en France. Grimm l'a reproduit dans : les Nains magiques (traduction Baudry). — « Dès que le monstre vit les coquilles pleines d eau sur le feu, il s'écria :
Je n'avais jamais vu, quoique je sois bien vieux. Faire bouillir de l'eau dans des coquilles d'œufe ! >
La Villemarqué a trouvé la même tradition en Bretagne (Voy. Barzaz-Breiz, l'Enfant supposé) :
« Ma fille, ma fille, ne vous affligez pas : votre Loïk sera retrouvé. »
» Qui feint de préparer le repas dans une coque d'œuf pour dix laboureurs d'une maison force le nain à parler. Quand il a parlé, fouettez-le, fouettez-le bien. Quand il a été bien fouetté, il crie ; quand il a été entendu, il est enlevé promptement.
» — Que faites- vous là, ma mère? disait le nain avecétonncment? — Ce que je fais ici mon fils? Je prépare à dîner pour dix laboureurs de ma maison. — Pour dix, chère mère, dans une coque d'œuf! J'ai vu le gland, j'ai vu la gaule, j'ai vu le chêne dans le bois de l'autre Bretagne et n'ai jamais \u pareille chose ! »
Voici maintenant une autre recette fort estimée en Irlande pour se débarrasser des Changelings.