‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 12 sur 91 · LA- HOULE DE CH^LIN · texte numérisé non relu

LA- HOULE DE CH^LIN

— Par la grande porte, r^pondirent-elles.

Mais elle eut beau chercher, elle iie vit point de

I porlc, lit elle reoiontapartetrouqueboucbait la dalle.

I Elle avail bien solo de son pain, et il ne diminuait

point : elle avail la precaution de toujours le couper

elle-meme, et quand elle donnait k manger k des

journaliers, elle achetaitdu pain esprfes pour eux. Mais

un jour qu'olle avail du monde chez elle, elle n'acheta

'^ point de pain parce q^u'elle n'avait plus d'argent, et

i elle mil sui' la table la gAche des fdes. Elle en coupa

' de bons moreeaux pour les journaliers qui Staient k

\ diner, mais pendant qu'elle avail le dos tournfi, I'un

I d'eux coupa un morceau, et aussitOt le pain ditninua.

^ Ellese d^solait dene plus en avoir ;ud jour elle alia

'I au march^ i3e Matignon, el sur la route elle voyait

\ des t'^es qui conduisaient leurs cocbons et leurs oies.

^ Sur le champ de foire, il y en avail aussi qui mon-

traient des ciiriosit^s ou qui disaient la bonne aven-

ture.

La femme alia marchander un petit cocbon qu'une Jaguine (1) avail amend, el elle voyait une des Kes qui moltait sa main dans la poche du tablier de la Jaguine.

— Regardez done, s'dcria-t-elie, comma ces Kes sont voleuscs !

Aussil6l la iie se ddtourna, el elle lui arracha un ceil ; mais la femme ne s'en apen;ut que lorsque, rentrde chez elle, elle se regarda dans son miroir.

{]) Femme de Sainl-Jacut.

: Conld en I BSO, pur Francois H»rquer, de Saint Cast, mousse, IgS

: de U ails.

P li tientde sa mSrece conte 06 I'ontetrouve plusieurs 6piand6»

^ . communs \ai\ l^gondes dea houlea : lea Kea qui voiit au four, le piLin qai tie dimloue point, I'ceil arrachS W la peraonne qui rivals les d^guisemeuls des feea.

Till

Au temps jadis, les f£es des Houles du Cap avaient des boeufs : tous les soirs k la tomb^e de la nait on Ibs voyait parattre sur la Lande et veoir paltre dans une prairie qui se trouvait au milieu de la Lande, & pen de distance de la mare de Gaulehen.

Une nuit, les bmufs quitt^rent la prairie et all^rent paiurer dans un champ debl^.qui appartenait au fermier de la Latte; Us y firent beaticoup de Aig&t, et le Termier qui en eut connaissance les emmena dans son Stable et les y enferma.

Au matin, les Kes ne voyant point revenir les })(Burs, sortirent de leurhoule pour savoir cequ'ils etaient devenus; mais elles eurent beau parcourir la Lande en tous sens, elles ne les retrouv^rent point. Elles Tinreat dans les villages pour les chercber, et elles arrivdrent k le m^tairie dela Latte oil elles demandferent si on n' avail point vo des boeufs qui s'^taient £chapp6s pendant la nuit.

— Sont-ils i vous? dit le fermier.

— Oui, r^pondirent les f6es; celte nuit, ils sont partis de la prairie oil ils pituraient.

— H6 bien ! dit ie fermier, vous ne les vivez pas, i moins que vous ne me donniez cent francs pour Ic dfegSlt qu'ils ont fait dans mon h\6 i ■

— Nous ne pouvons, repartirent les f^es, vous foumir de I'argent ; mais si vous voulez nous rendr^

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— Laissez-la faire, r^pondit le fermier, et ne vous eninqui^tez pas; cene sont pas \k yos affaires.

Lejour d'apr^Sf la Poule noire revint^ la maison, etmordit encore les jambes de la fille qai faisait la cuisine. Elle eut peur de la b^te et elle alia au bourg raconter au recteur qu'elle voyait entrer dans la maison une Poule toute noire qui lournait autour d'elle et lui picotait les jambes.

— Retournez chez vous, dit le recteur, ce soir j'irai klam^tairie.

II prit des 6toles et un vase rempli d'eau b^nite ; il eiorcisa la Poule noire et la chassa ; mais avant de partir elle fit bien du d6g^t.

Lorsque les f6es apprirent que leur Poule noire M^it 6t6 chass6e, elles yinrent kla m6tairie, et dirent aux fernaiers :

— Nous vous avions conGd cette Poule, en vous recommandant d*en avoir bien soin et de la tenir toujours enferin^e sans la montrer h personne. Yous ne Tavez pas fait, et vous en serez punis. Gette nuit m^me tout ce que vous avez amass6 en le deman*' dant h la Poule disparaitra.

Lesf£es s'en all^rent d'unair marri, et h la nuit vers onze heures, au moment oh toutle monde 6lait au lit et reposait, on entendit par toute la maison un vacarme h faire trembler. Les domestiques ne voyaient personne et pourtant ils sentaient qu*on ^eur enlevait les draps de leur lit et les couettes sur lesquelles ils ^taient couches. Dans la ferme, chacun luourait de peur et criait en se recommandant h tous les saints. G*6tait un bruit de meubles qu'on d^mor

tait et qu'oh enlevait, de sacs remplis qui descen— daient du grenier, et Oela dura jusqu'au jour.

Au matin les fermiers et les domestiques trou— T^rent la maison aussi d^garnie que lorsque les f6es leur avaient donn6 la Poule noire. Le fermier et la fermi^re se d^solaient et ils ne pouvaient se consoler de se trouver pauvres apr^s avoir 6t6 si k leur aise. lis furent obliges de recommencer h travailler aussi dur que des domestiques, mais ils eurent beau faire de leur mieux jusqu'£ la fin de leurs jours, ils ne purent redevenir riches comme ils Tavaient 6t6 quand ils nourrissaient bien la Poule noire des f6es.

Cont^ en 1880, par £lisa Durand, de Pi^venoii, couturi^re,

&g6e de 32 ans.

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