LA PERTUS ES FETES W
II y avait une fois des laboureurs qui 6taient k gu4'^ relter dans les champs qui bordent la falaise de Sainl-Jaguel, au-dessus du Pertus ^s Fdtes (2); iU entendirent sous terre une voie qui criait :
— Apporte la pAte au four I
— Puisquevous cuisez, dirent en riant les laboureurs, donneznt)us une galette pour noire part.
lis continu^rent k tracer leur sillon, et comme ils airiyaient au bout et se pr^paraient h. en commencer un autre, ils virent sur la terre une galette jaune et dor6e, toute chaude et app6tissante h voir.
— AUez, dit le fermier h. Tun de ses gens, chercher ^ la maison un pot de cidre, nous mangerons la galette k notre dejeuner ^e dix heures.
Mais, quand ils la coup^rent en morceaux, ils virent que la p^te 6tait pleine de polls.
*- Yous nous avez, dirent-ils aux Kes, donn^ une galelte pleine de polls ; ce n*est pas comme cela que nous la Youlions ; envoyez-nous-en, s'il vous plait, une autre.
Quelques instants apr^s, une galette se pr6senta
(1) Au liea de f^e, on dit parfois fSte, roasculin et f<§minin : un tHe, une f6te^ mot plas voisin de Fata ; c'est de F6te que derive Faitaud ou Faito, nom donn6 parfois aux maris ou aux fr^res des f^es.
(^) Pertus, pertuis, trou.
48 LA PERTUS feS F^TKS.
devant eux sur les sillons;,elle 6tait aussi belle et aussi dor6e que la premiere, et une voix qui partait de dessoas terre, cria :
— Celle-ci est bonne, mangez-la sans crainte.
— II faudrait tout de m6me voir, dit un des hommes, si elle n^aurait point quelque magie.
11 en coupa un morceau et le donna au chien qui lemangea, et comme il paraissait la trouver bonne, ei qu'il ne lui arrivait point de mal, ils se partag^rent la galette et firent un bon dejeuner.
Les f6es avaient un chien qui 6tait hargneux, et qui souvent quittait leur grotte pour venir dans les champs on il aboyait apr^s tout le monde. La veille un des laboureurs qu'il avait suivi en aboyant s*6tait ^cri6 :
— . Si votre chien sort encore du trqu, il n'y rentrera pas vivant, si jamais il passe h port6e de ma fourche.
Mais quand les laboureurs eurent mang^la galette des f6es, ils leur criferent :
— Nous vous remercions bien de nous avoir envoy6 k dejeuner ; votre chien pent maintenant courir apres nous, nous ne lui ferons point de mal.
Les f6es avaient aussi une ch^vre qui 6tait friande d'ajoncs et qui souvent venait les brouter sur les fosses et dans les champs. Les fermiers en ^talent bien marris, et un jour que la ch^vre 6tait encore pass6e en dommage, ils prirent un b^ton pour la chasser et la battre. Mais, comme ils allaient la frapper, ils entendirent une voix qui criait :
— Laissez la ch^vre brouter i son aise ; elle ne vous fait point de tort; d6sormais vous pourrez couper tousles jours les ajoncs des champs oh elle passe, ils repousseront h mesure, et deviendront en une journ^e aussi grands que si jamais ils n*avaient 6t6 coup6s.
LE PEHT13S fiS f£tES 49
Les fermiers se garderent bien de rien dire h la ch^vre qui broutait tranquillement partout oil elle Youlait : tous les jours ils coupaient les ajoncs h charret^es, et ils en vendirent tant qu'ils devinrent riches en peu de temps.
ContS en 1880, par Jacqaemine Nicolas, de Saint-Cast, ig^e de 60 ans environ, femme de Jalien Gourlian, laboureur.
22 ' Ik. HOULE DB LK TEIGNOUEE.
cour ; et ta marraine I'a ainsi emmorpbosS pour 1e punirde t'avoir abandoiin^e. Quand tu le reverras, si tu veux qu'il reprenne sa pretui^re forme, tu le frapperas trois fois avec ta baguette en disant : « Par la tltUi (!(■ ma petite baguette, cesse d'etre cocboa, et reiJeviunshomme. n
La juuoe fille remercia la tie, et elte s'en alia biea contente. Quand elle revit le petit cocbon, elle le frnppa trois Tois en pronouQant les paroles que la f£e lui avnit apprises, et ellevit devanl elle son galant [juihii lltmille amities.
I.e Icndemain, elle retourna h la fontaine; la f6e y 6tait encore, et elle lui dit :
— As-lu fait ce que je I'avais conseill^?
— Oiii, Madame.
— Et qu'as-tu vu?
— Un beau jeune bomme, mon galant d'autrefois, qui a hi mine d'un prince.
— Conserve bien ta baguette, ma flile, et ne dis k personiie, pas m6iiie k ton bon ami, de qui tu la tiens. Par elle tu pourras te procurer tout ce que tu dSsirera^,
Le Jour d'apres, la jeune lille joua de sa baguette, en sDuliaitant un beaucbftteau, et k Tins taut la pauvre demuurc de ses parents fut cbang^e en one maison belle comme celle d'un seigneur.
L:i marraine de lajeunellllevint la visiter dans son cbdteiui; d'un coup de baguette, elle lui donna de ricbes vOt tements, et la rendit encore plus belle qu'elle n'<;iait. Tons lesjours, le jeune bomme venait la voir; quelque temps apr^s, il I'^pousa, et ils furentkjamais ricbes etheureux.
LK nOULE DE L\ TBIGNOUSE. 23
La f6e avait dit h la jeune fille que la fontaiDeoti elle s'6tait d6salt^r6e gu^rirait d^sormais de toutes les maladies ceux qui boiraient son eau ou qui se laveraientavec. Elle avaitfrapp6 un coup de baguette, et il 6tait poussS sur les bords de la man(b'iale{i); les gens de Pl^venon auxquels la jeune fille raconta qu*elle avait vu la f6e, venaient k la fontaine cueillir cette berbe, et nagu^re ifs y allaient encore.
(1) Sorte de fougerole.
Contg en 1880 h Saint-Cast, par Scolastique Texier, veuve Darand, de Pl^venon, &g4e de 72 ans.
Elle avait appris ce conte, 6tant toute jeune, d'une femme tr^s &g6e, mais qui avait bonne m^moire, et racontait le soir beancoup de conies de Tancien temps. La Houle de la Teignouse est en Pl^venon, dans la falaise entre le cap Fr^hel et le ch&teau de la Latte.
Dans la Fie et le Marin, n^ XXII des Contes populairea de la Hante-Bretagne, il est aussi question d*une Jeune fille qui dort la boache ouverte et remplie de vers, parce qu*elle n'a pas M baptisde. D'apr&s an autre conte : la Mort des fies, toutes les f^e ont des petits vers dans la boache, parce qu*elle n'a pas M touch6e par le sel du baptdme.
Une femme de SaintrCast, nomm^e Marie Durand, &g^e de 80 ans, m'a racontd assez confus^ment un petit conte qui nest que le commencement de celui-ci. Settlement le galant qui s'^tait d'abord ^loign^, revint au bout de quelque temps voir la jeune f6e qui lui dit : — Vous m'avez vue endormie, et des vers plein la bouche? — Oui. — Vous avez eu la bouche sal^e, et mo pas, di^eIle, en signifiant par Ik qu'elle n'avait pas ^t^ baptis^e