‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 19 sur 91 · LB MARSOUIN · texte numérisé non relu

LB MARSOUIN

— Vous allez me snivre oh je vous conduirai ; mais« quoi que vous voyiez, n'ayez pas pear, et ne soufflez mot.

Les trois p6cheurs entrerent dans la houle k la suite dii Faitaud, etbienl6tilsarriv&rentkun passage 6troit au boat duquel 6tait un.eporte; des deux c6t6s se tenaient deux bfetes qui sifflaient h faire fr6mir.

— N'ayez pas peur, leur dit le f^aitaud.

La porte s'ouvrit, et ils marchferent longtemps ; mais ils ne voyaient plus la voftte en pierres de la houle, il leur semblait 6tre dans un pays. Ils arriv^rent h une raaison oti il y avail des f6es et des faitauds qui les accueillirent bien, et ils ne manquaient de rien. Mais ils auraient bien voulu retourner sur terre, et ils en parlaient quelquefois au faitaud qui leur r6pondait :

— Est-ce que je ne vous ai pas sauv6s ? vous m*appartenez, n'essayezpas de vous enfuir.

Pourtant ils tent^rent plusieurs fois de sortir ; mais toujours h la porte de la houle ils rencontraient les bfttes qui semblaient prates h les d^vorer. lis pens6rent qu'il y avait d'autres endroits par oh Ton pouvait sortir du pays des f6es, et ils cherch^rent de tous c6t6s s'ils ne trouveraient pas un passage. lis rest6rent trois ans dans la houle; un jour ils entendirent au-dessus de leur t6te des gens qui parlaient :

— Ecoute, dit Tun d'eux, la terre ne doit pas 6tre bien 6paisse ici.

C'6tait en effet un des endroits par oti les f6es et les faitauds sortaient pour chercher des provisions ou aller se promener. Un des p^cheurs monta sur les 6paules des autres, et il se mit h creuser la terre avec son couteau; h mesure qu'elle tombait, ils entendaient mieux les paroles, et ils comprirent que c'6taient des gens qui labouraient au-dessus d'eux.

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lis finirent par percer la terre et flrent un trou par lequel ils pass^rent tousles trois. Us revinrent dans le pays des hommes, tout pr^s de la ferme des Bas- Saint-Jean (1) ; mais, des qu'ils furent sortis, ils s'enfuirent h toules jambes, craignant que le Faitaud ne se mlt k leur poursuite.

Us reconnaissaient le pays, et ils arriv^rent au Tillage de Tlsle; comme depuis trois ans, ils avaient disparu en mer, tout le nionde les prenait pour desrevenants; car ceux du canot avaient vu le marsouin les prendre et ils pensaient qu'il les avail d6vor6s et noy6s. Mais ils se firent reconnaitre, et quand on \it 'que c'^taient bien des personnes vivantes, tout le monde fut content, mais surtout la kmme de celui qui 6tait parti dans le panier et qui avait cru fetre veuve.

Et il y eut k leur retour des r^jouissances dans tout le village, comme k Toccasion d'une noce.

(1) Ferme entre Saint-Cast et Matignon.

Cont^ en 1880, pat Francois Depays^ de Saint-Cast, p^cheur, ^g^ de 60 ans environ, qui connalt cette I^gende depuis son enfance.

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