‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 24 sur 91 · LES F£ES DU PORT-BLANC · texte numérisé non relu

LES F£ES DU PORT-BLANC

et virent venir une vieille Temme qui leup dit :

— Qui appelez-Toiis comme cela, bonnes gens?

— G'est notre fllle que nous voyons dans la compagnie des f^es: mais elle ne nous r^pond pas.

— Vous n'avez pas besoin de crier davantage aprfes elle, dit la vieille, avaoL deux ans elle ne vous r^ pondra point ; il ne Taut pas ta pleurer, car elle n'est pas malheureuse. Quand elle reviendra avec vous, elle sera riche; nous vous la rendrons bien porlante, et vous n'aurez pas k regreller le temps qu'elle aura pass4 avec nous. Ainsi il est inutile de pleurer.

La vieille tie s'6Ioigna, et le p&re el la mfere retournferentau moulin, pensant toujours k leur petite fllle. Qnand vint le jour, les Kes se retirtrent dans leur houle. Tous les soirs le pfere et la tnSre vcnaient pour voir leur &lle; mais ils ne voyaient que Aes ombres qui se rendaient au Colombier et en repartaient aussit&t, et elle n'^lait point parmi elles.

Ils attendirent avec impatience que les deux ans fussent ^coul£s, afln de revoir leur pelite fille. Le temps* leur scmbla long; mais les deux ann4es se passferent, et le jour mgme, il se rendirent h I'endroit oil la vieille tie leur avait parl^. Apr^s avoir attendu longtemps, car ils ^talent venus de bonne heure, ils entendirent la musique, et virent toute la bande des ties qui sortait de la houle et de la mer et venait de leur c6t^. Vhs qu'ils purent reconnaitre leur petite fllle, ils se mirent h crier : « Marie 1 Marie ! •> Alors ils virent deux femmes qui venaient h eux, et Tune d'elles ^lait leur enfant, lis se prficipitferen t vers elle, et Tembrass^rent en pleurant de joie.

— Ne pleurez pas, dit la vieille tie, Marie ■-'

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de mal, ainsi que vous pouvez le voir, et voici une somme que je lui donne : elle sera riche toute sa vie si elle salt en faire bon usage. Voici un contra! qui lui donne le terrain qui touche le Golombier, h la condition qu'elle garde bien le secret que nous avons ehtre nous. Si elle le trabit, elle deviendra aussi pauvre que les chercheuses de pain.

La vieille femme, apr^s avoir ainsi parl6, alia retrouver sa compagnie, et Marie revint h la maison avec ses parents. lis se mirent k queslionner leur filie sur ce qu'elle avait vu. Elle leur dit qu'elle avait eu grand'peur quand elle avait vu toutes ces vieilles damn^es, et des petits hommes qui avalent de la mousse sur le dos et 6taient si vilains, si vilains qu'ils faisaient trembler. Tons les soirs, disait-elle, ils allaient aux croix de- Saint-Jacut oh arrivait en chantant une bande de cbats ; ils demandaient quel vin on youlait, et cbacun 6tait servi suivant son goiit. Mais ne m*interrogez pas davantage, ajoutait-elle, car vous avez entendu ce que m'a dit la vieille fee.

Marie resta depuis ce temps avec ses parents ; mais jamais elle ne leur parla plus de ce qu'elle avait vu cbez les f6es. Elle v6cut heureuse avec Targent des bonnes dames et elle en fit to uj ours bon usage pour elle et pour ses parents. On les connaissait bien dans le pays, et ceux qui ne savaient pas que Marie avait 6t6 enlev6e, s'^tonnaient de ce qu'elle ^lait si subitement devenue riche.

Cont^ en 1880, par EKsa Darand, dePl^venon, couturi^re, kgie de 32 ans. Elle a recueilii ce r^cit au B4, en la commune de Saint- Cast, od elle 6tait all^e voir sa soeur.

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