LA MORT DES FEES
Autrefois, du temps.de nos bonnes mhres les fees^ les Houles de Poulif^e, du J&s, de Cr^mus et de ChflLteau-Serin, leur servaient de retrailes.
Mais la plus belle et la plus grande de toutes ces grottes de P16venon est celle de Poulif6e, et Ton assure que personne n'a encore pu en atteindre le* fond. Geux qui Tont visit^e disent qu'on y voit des cbambres parfaitement meublies, avec des sieges et des tables de pierre, des escaliers commodes, et m6me des chapelles tr^s^bien orn^es.
Au temps oh les f^es y faisaient leur demeure, elles en sortaient souvent pour venir se promener sur terre, et maintes fois les p6cheurs les ont vues danser des rondes au clair de lune sur les landes de Yrfehel.
Les bonnes dames de Poulif^e prenaient plaisir k rendre service aux gens du pays. Les femmes et les jeunes lilies connaissaient leur humeur obligeante: aussi, quand elles allaient faire paitre leurs moutons sur les bruy^res du Gap, elles descendaient les sentiers de la falaise, et d^posaient ^ Tentr^e de la houle leur quenouille cbarg^e de filasse^ leur fuseau et un morceau de pain, puis elles s'en allaient, et, le soir, quand elles venaient chercher leur quenouille, elle 6tait toute fll^e, et le ill 6tait plus r^gulier et plusbeau que celui des meilleures filandi^res du pays.
H LA MORT DES FfiSS.
Maiselles ne retroavaienl pins le pain, parce que lei dames de la houle I'avaient pris ponr leur salaire.
Souvent aussi les bonnes ftes mettaient k sachet au soleil sur la lands de Fr^hel da linge de toute esp^ce, des draps, des chemises, des serviettes plus fines que les meilleures toiles de Qaintin : ceux qui parvenaient^ allersans remaerles paupi^res jusqu'c^ I'endroit ou la bu^e des Kes 6tait ^tendue avaient la permission de ramasser tout ce qu'ils pouvaient emporter. Mais, d^squ'on avail remu6 les paupi^res, on ne voyait plus rien : tous les beaux linges blancs avaient disparu avec la rapidity d'un enchantement.
II y avait certaines families qu'elles favorisaient : elles leur faisaient des presents et consentaient volontiers h 6tre les marraines de leurs enfants. Elles prenaient soin de leurs filleuls et ils pouvaient venir les consulter quand ils avaient besoin d'un conseil.
Une femme de P16venon, qui avait vu disparaitre de cbez elle une somme d'argent, vint k la Houle de PouIif6e pour demander ^sa raarraine qui la lui avait vol6e. La fie montra k sa filleule, qui se nommait Jeannelle, un miroir et lui dit :
— Re<<arde, ma fllle, voil^ I'auteur du vol.
Jeannelte jeta les yeux sur la glace, et elle vit son
muri qui 6tail ii Tauberge, en train de boire et de se diverlir en compagnie de plusieurs de ses camarades. La pauvre femme fut toute saisie, et, comme elle ne pouvait oroire que son mari fUl coupable, elle dit :
— Je vois bion mon homme; mais, niarraine. cela ne prouve pas qu'il ait \o\6 mon argent : il lui arrive souvent de boire et de se diverlir, m6me quand il n'a pas un sou duns sa pocbe.
La fee monlra i\ Jeannelte une seconde glace oi elle disUnctemeul la figure de son mari qui 6tait en-