LA MORT DES FEES
touree des pieces d'or et d^argent qui avaieni 6i6 voices.
Elle se mil k pleurer am^rement, mais la bonne ik consola sa iilleule, et lui confia un secret qui fit de son mari le meilleur et le plus rang6 de tous les hommes.
A celte 6poque, il y eut une dispute entre les f^es dePoulifee et celles de CMteau-Serin, quijusque-1^ avaient toujours ^t6 en bonne intelligence. Elles ne eherchaient plus qn'k se nuire les unes aux autres, etles habitants de P16venon en soulTraient; car s'ils kisaient quelque politesse aux bonnes dames de Poulifde, celles de Ghiteau-Serin s*en monlraient jalouses, et elles trouvaient facllement Toccasion de t^moigner leur m^contentement.
Un homme de Pl^venon, qui 6tait bien vu des f^es de la Houle de PouliKe, Tint demander k Tune d'elles de servir de marraine k un enfant qui ailait bientdt nailre; elle accepla avec empressement, et donna le nom de Jean k I'enfant, qui ^tait un beau et gros gargon.
Sa marraine lui accorda beaucoup de dons, et comme il avait di'jk naturellement de bonnes dispositions, en grandissant, il devint le module des en- ^ants du pays, et tout le monde parlait de lui avec 61oges .
Uae des f6es de Ch&teau-Serin, qui ^tait la rivale et rennemie de la marraine de Jean devint jalouse du jeane gargon etdes dons qui lui avaient &li faits, et 6lle r^solut de le faire mourir quand il aurait atteint I'ige de dix-buit ans.
Mais la bonne dame de Poulif^e qui veillait su
^6 ' ' Lk MORT DES FEES.
■comme sur son propre fils, eut connaissance de ces m^chants projets, et, pour le preserver de la colore <ie son ennemie, elle creusa dans la falaise de Fr^hel la Houle de Cr6mus, oil elle Tenferma en le gardant Kie tons les pifeges que I'autre f6e pourrait lui teadre. Jean resta dans la grotte jusqu'au moment oil il eut ^tteiat r^ge de viirgt ans : k partir de cette 6ppque, la f6e de Chateau- Serin n'avait plus le pouvoir de lui fairedu mal.
La marraine de Jean lui communiqua la science •des f6es, et il devint presque aussi savant et aussi liabile qu'elles. Mais elle lui avait toujours cacli6 un secret qu'il aurait bien d6sir6 connaitre : il ne savait f)as pourquoi les f6es ne mouraient point.
Un jour qii'il se promenait au bord de la mer, il Tit une f6e qui s'6tait endormie sur un rocher, et sa i)ouche entr'ouverte par le sommeil 6tait remplie de petits vers. Gela I'^tonna beaucoup, et, quand il revint k la houle, il raconta k sa marraine ce qu'il 4ivait vu. Elle lui dit que, si les f6es ne mouraient point, c'^tait justement parce qu'elles avaient des vers dans la bouche ; car, n'ayant point M baptis6es, elles n'avaient jamais eu les l^vres sal6es. G*est pourcela, ajouta-t-elle, que les vers peuvent s'y mettre : un peu <l6 sel plac6 dans la bouche des f6es ferait p6rir les vers, et les bonnes dames deviendraient mortelles ■comme les hommes.
En apprenant k Jean le dernier secret qui lui restait k connaitre, sa marraine lui recommanda de ne Jamais le r4v61er k personne, et de bien se gatder de se servir du pouvoir qu*il avait :
— Si tu faisais mourir iine seule Ke, disait-elle,
LA MORT DES FiSS. 97
toutes deviendraient mortelles et moarraient, moi oomme les autres.
Jean fit de belles promesses k sa marraine; mab, toates les fois qu'il sortait de la houle poor se promener^ il avail soin d'emporter avec lui un peo de sel.
Quelques jours apr^s il alia h la chasse, et, en poursuivant un gibier, il Tint jusqu'aapr^s de Chateau- Serin ; il entra dans le bois, et vit la f§e qui TaTait pers^cut6 endormie sur le gazon, au pied d*un sapin, la bouche ouverte et remplie de petits vers.
Jean se rappela toutes les m^chancet^s de la Ke qui avail voulu le tuer, et la colere Temp^cha de penser k la defense de sa marraine.
— L'heure de la vengeance a sonn^, dit-il, et, prenant le petit paquet de sel qu*il portait toujours sur lai, il le vida tout entier dans la bouche de la f6e.
Elle se r^veilla comme si on Tavait brtll^e avec un fer rouge, et elle s'enfuit en poussant des hurlements de douleur, h faire trembler les falaises.
Depuis ce jour, toutes lesf^es disparurent du pays, 6t Ton ne sait ce qu'est devenu Jean, leur filleul.
■ Au fond de la Houle de Poulif6e se trouve maintenant encore un coq qui ne chante que la nuit : pr^s de lui se tient un nain assis sur un tripled, entre uu brasier ardent et une grosse pierre qui ferme Tentrie d'une caverne oh est renferm6 un tr6sor qu'il garde.
Plusieurs personnes assurent avoir vu le petit boQime sortir la nuit de dessous terre, h c6t^ pout, k pen de distance de T^glise de P16veno
98 U MORT DES FfiES.
distribuait k des dames inconnues de grandes quanlit6s de pieces d'or.
G'est, dit-on, Jean, le filleul de la bonne dame de Poulif6e qui lui avail r6v616 le secret pour faire mourii' les f6es, et c'est lui qui, apr^s leur mort, est devenu rh6ritier des imraenses richesses qu*elles avaient amass6es au fond des houles.
Cont^ en 1880, par Joseph Chretien^ deP16venon, clerc de notaire., ag6 de IGans.
Dans le volume intitule : LUtiralure orale de la Eaute-Bretagne, p. 14, j'ai public une autre 16gende qui se passe & la Houle de Poulif^e ou Poulifer; car la grotte porte ces deux noms. Poulifer ne serai t-il pas une forme corrompue de Poul-Ifern, trou ou marais de Tenfer ? II y a non loin de \k une ^norme fissure qui se nomme Toulifern, appellation bretonne, qu'on peut traduire par Trou de I'Enfer. Tout ce pays pr^sente & chaque instant des traces de la langue bretonne qui y fut autrefois parl^e.
Une autre l^gende que J'ai cit^e en note, page 13 du m&me volume, parle aussi de la bu6e des f^es.
Les vers dans la bouclie des fees se retrouvent dans la F^e et le marin, n© XXII des Contes populaires de la Haute-Bretagney oil une jeune f^e et son enfant ont des vers plein la boucbe, qui disparaissent quand la m^re et son fils ont 6i6 baptises. II en est ^galement question dans la Houle de la Teignouse, n*" III du present livre.
Dans la fie de Crihen, n" XXI, rimmortalit^ de la f^e ct de ses parents disparait aprfes le baptfime. C'est vraisemblablement une allusion aux divinit6s paiennes, nymphes ou naiades, auxquelles out ii^ substitutes les divinit^s cbr^tiennes.
LES FAERIES ET AYENTURES MEHYEILLEUSES
LA FfiE DE CREBEX
II y avail une fois h Gr^hen ane femme TeoTe : elle demeurait dans une ferme appartenant h M. Yiilepoori qui habitait non loin de Ik dans on beau chiteau.
Elle avail trois filles qui chacune k son lour allaient aux champs mener les besliaox. Un jour que la plus jeune 6lail seole h garder son Iroupeau, elle vit toul d*un coup dans nn coin de la pitnre des femmes qui s'altiraienl de dessons lerre el se penchaienl comme pour chercber un objel perdu. Elles continu^rent pendanl quelque lemps k regarder k lears pieds avec attention, puis elles s*enfonc^renl dans la terre el disparurenl.
A la Tue de ces personnes inconnnes, la piloure ful bien surprise el elle se dil :
— Yqil^ qui esl singulier : il parailque ces gens-1^ out perdu quelque chose.
Elle n*osa ce jour-l& aller voir de pr5s le coin de la pMure oh elle les avail aper^ues ; mais une autre fois, elle vint s'asseoir droit k c6t£ du lieu oil elle avail vu les femmes occupies k chercher. Elle se rappela les inconnues qui itaient sorties de dessous le gazon, el elle se dil : « G'est ici qu'elles 6taient Tantre jour. » Elle se mil aussi k regarder par terre,
LA FfiE DE CREHEN
II y avait une fois k Cr^hen une femme veuve : elle demeurait dans une ferme appartenant h M. Yillepouri qui habitait non loin de \k dans un beau chateau.
Elle avait trois fiUes qui chacune k son tour allaient aux champs mener les bestiaux. Un jour que la plus jeune 6tait seule k garder son troupeau, elle Tit tout d*un coup dans un coin de la p^ture des femmes qui s'attiraient de dessous terre et se penchaient comme pour chercher un objet perdu. EUes continu^rent pendant quelque temps k regarder k iears pieds avec attention, puis elles s'enfonc^rent dans la terre et disparurent.
A la yue de ces personnes inconnues, la p^toure fut bien surprise et elle se dit :
— Yqilk qui est singulier : il paraitque ces gens-lk ont perdu quelque chose.
Elle n'osa ce jour-lk aller voir de pr^s le coin de la p^ture oh elle les avait apergues ; mais une autre fois, elle vint s'asseoir droit k c6t6 du lieu oti elle avait vu les femmes occupies k chercher. Elle se rappela les inconnues qui 6taient sorties de dessous le gazon, et elle se dit : « G'est ici qu'elles 6taient I'autre jour. » Elle se mit aussi k regarder par terre^
102 LA FEB DE CREflEN.
et elle irouva une belle alliance en or dans laquelle un diamant etait enchis^ (1).
Yoilil la fille bien coniente : elle s*amusa h passer Tanneau h son doigt, et, quand elle fut de retour k la maison, elle le montra h sa m^re et k ses soeurs qui, pour mieux le voir briller, le mirent aussi h leur doigt.
Elle retourna souvent depuis garder son troupeau dans la m6me p&lure, muis elle ne revit plus les femmes qui chercbaienl par terre, el elle Unit par ne plus y penser.
Un] jour, la fermifere alia pour laver son linge an dou6 des Couailles (2) : quand elle y arriva, elle vit une femme qu'elle ne connaissait point, qui, agenouill^e sur une des pierres, savonnait du linge, et Teau 6tait toute couverte de pifeces de six francs qui brillaient au soleil. Elle resta h regarder, fort ^tonnee, et elle n'osait s'approcher. La lavandi^re lui dit :
— Tu as la mine bien ^bahie, bonne femme : en veux-tu des pieces de six livres ?
— Oui, r^pondit la fermifere.
— En veux-tu h jonneraies ou bien k pouchees (3) ?
— Ma foi, puisque j'ai le choix, j*aime mieux des pouch6es.
— Alors, dit la lavandi^re, va-t'en chez toi chercher un sac.
(1) Dans le pays gallot on nomme alliance les bagues en g^n^ral.
(2) Couailles, lieu bas et mar^cageux; c^est le nom d'un dou^ (lavoir) de Crdhen od, disent les habitants, on volt toujours da monde, de jour ( ^mme de nuit.
(3) Jofineraie, contina d'un ublier ; pouchie^ contena, d'un sac appel^ poche ou plus liabituellement pouciie.
LA FEE DE GR£HEN. i
La fermifere courut vivemenl k la maison et prit premier sac qui lui tomba sous la main ; mais, qua: elle revint, il n'y avait plus personne au bord < dou6 : les pieces de six livres avaient disparu, et Te ^tait comme d'habitude.
— Sans doute, se dit la fermi^re, la lavandife itait quelque sorci^re qui m'a charm6 la vue.
Elle lava son linge, et de retour h la maison e parla de ce qu'elle avait vu; mais on se moquad*el et on lui dit qu'elle avait r6v6.
— Non, r^pondait-elle, je ne vous mens poini allez au dou^ des Couailles k la m^me heure et vo verrez.
Lelendemain, h onze heures, la fille qui avait trou Talliance prit un paquet de linge, et, avant de pari elle dit h sa m^re :
— Je serai plus fine que vous, je vais porter un si si on me propose des pieces de six livres, je n'at pas besoin de revenir chercher une pouche pour meltre.
En arrivant sur le bord du dou6, ellel apergut a i \a lavandi^re, et elle vit bien plus d'argent qu m^re : il y en avait trois pieds de haut pour le mc et elle resta bien surprise k regarder :
— En veux-lu, de I'argent? lui demanda la fen ;
— Qui, Madame, r6pondit-elle.
— Eb bien ! mets-en dans Ion sac, mais n*en pi i pas plus que tu ne pourras en porter.
La lille s^appfocha du dou6; elle commenga masser des pieces de six francs, et k en rempli i sac : de temps en temps elle le soupesait et elle d ; « II est d6j^ lourd, mais j 'en metlrai encore bien ques-unes. » Quand elle pensa qu*elle en avait ; qu'elle 6tait capable d'en porler, elle essaya de : sa poch6e^ mais elle ne put seulement la remue
)04 U VtZ DE CRGHBN.
lui semblait qu'elle 6tait collie 4 la terra par le fond .
— Avant d'emporter ton sac, lui dit la femme, il faut que tu aillea chercher ce que tu as k moi.
— Qu'est-ce que j'ai done k vous, Madame? r6pondit la jeune fllle.
^ N'as-tu pas trouT6 I'autre jour dans ton champmon alliance que j'avais perdue? Tons ceui qui font mise k leur doigt verront ce que je ferai.
La fllle ^tait bien embarrass^e, car elle avail donng I'anneau k M. Villepouri, son maitre, et il 6taiL depuis deux mois en voyage.
— Si la bague est k vous, r6pondit-elle, je vous la rAodrai, mais je ne I'ai pas maintenant.
— Je le sats bien, dit la femme.
— M. Villepouri est absent: d&squ'ilseraderetour, je la lui demanderai, et je vous la rapporterai.
— II reviendra dans trois jours : si tu manques h m'spporler mon alliance, je t'itn/ainerai{l),elie vousrendrai raalades, toi, ta mfere et tes soeurs. Maintenant, ajoutu-t-elle, tu peax emporter ta pocb^e.
— Doauez-moi la main pour la cbai^er : j'ai essaye de la'soulever et je n'ai pu.
— Cen'est pas la peine de t'aider; maintenant tu
la mettras facilement toute seule sur ton dos. Re- i tourne chei (oi, fais bon usage de cet argent, et ne i parle jamais de ce que tu as vu.
La tille revint k la matsou, bien contente, et elle | ramassa pr^cieusement dans son armoire les pitees ' de six francs qu'elle avait apport4ea<dans son sac.
All ix'iit de trois jours, M. Villepouri arriva k son |
dtiiU>a(i, et la jeune fille alia lui redemauder la |
\ mais il ae put la lui rendre parce que pendant |
dUnor, Jeter on sort, de en et fabier, iiriii tigntiti de « .■ I'uciau (taacais arait /cmer.
LA F£G DE CR^HEN. i05
son voyage it Tavait donn^e k sa bonne amie^ qui demeurait fort loin.
Le quatri^me jour, voilk la fille, sa m^re et ses s(Burs qui restent malades sur leurs lits. Elles en- Toy^ent un domestique chercher leur maiire, et la jeune fille lui raconta ce qu'elle avail tu et entendu aupr^s du dGu6. Mais M. Yillepouri en riait et il disait :
— J'ai entendu parler k mes anciens de quelque chose comocie cela; lis racontaient que laf^e Isabette Tenait laver au dou6 des Gouailles ; mais, bah ! c'est un vieux conte. Est-ce bien vrai que vous Tavez vue ? Tous ^tes malades, mais sans doute la f6e n'y est pourrien.
II ne se souciait gu^re de faire un long voyage pour chercher la bague. Le leudemain, lesfemmes ^taient plas mal que la veille ; elles firent de nouveau appeler M. Villepouri.
— Ah I notre mdtre, lui dit la bonne femme, vous Toulez done laisser mourir mes enfants ! mais prenez garde de tomber aussi maladek votre lour; car vous avez touch6 la bague.
— Est-ce que la Ke vous en a piirl6?
*- Non, r6pondit la jeune fille, elle a seulement nienac6 de nous enfainer tous.
M. Yillepouri finit par avoir peur de tomber njalade k son tour, et il partit bien vite. II resta ^^pt jours en route, et, quand il revint avec la bague, les femmes ^taient presque k I'agonie.
D^s que celle qui avait trouv6 la bague I'eut dans la main, la voil^gu^rie. Elle se leva aussit6t, etcou- ^ut en toute h^te k Tendroit oh elle avail vu les femmes chercher par terre ; au moment oh elle y arrivait, la f6e se pr6senta devant elle :
-—Eh bien 1 lui dit-elle, tu as ralliance?
f06 LA FEE OE CBEEE5.
— Oai, Madame, la roici :
— Too maitre ne Toolait pas emire ce que ta lu disais il a fiai ponrtanl par se d^der h se mettre ei roate.
— C'esl Trai, r^pondil-elle, il trailait d'abord tou ceta de vieoz conte.
— Cependant it me coanait bien. Ion mailre ; il i mfime prooonc^ moa nom. Ya, ta es maintenanl gD^rie, et loule ta Tamilie aassi. Fais boa usage de I'ai^ent que tn as emport^; mats n'en donne jt persoDoe, car si (a faisais cadeau i quelqo'uo d'une seule pi^ce, il disparaltrail.
La Qlle rapporta it M. Viilepouri les paro'es de la f^ el il flit bien surpris.
— Voili, dit-il tout songeur, une drfile de chose.
— Ah I Monsieur, elle vous connatt bien.
— Elle me connait?
•— Oui, et elle a ditque vous I'aviez appel^e par Eon nom,
— Par son ni>m?c'est done la f^e ls;ibette. Eh bien ! puisque j'ai eu I'alliance et que tous ceux qui I'ont touch^e voient la f^e, j'irai I'attendre aupr^s du
dou6.
II y alia iieuF jnurs de suite, avanl de la voir : le neuvi^me jour, il TaperQuI, et celte fois, au lieu de ^Dldces de six francs, le dou^ 6tait couvert d'or, 1 pierres d or et de diamants, qui LrillaienL d'un si tad dclat quo M. Viilepouri en dtait ^bloui. II ;ardii anssi li f^e qui Stall belle comme im jour ; rs il ne 111 plus attention aux richesses 6ta!Ses sur lloufi. II iiurait voulu s'approcher d'elle, mais chate fois qu'il faisait un pas va avunt, elle passait ra-
LA Fl^B DB CRgnEN. 107
pidement de Tautre c6t6 de I'eau, et elle sc mettait h lire.
— Mademoiselle, lui dit M. Villepouri, je voudrais Tous parler.
— C'est facile, r^pondit la Ke, nous sommes k une dislance convenable.
— Mais je d6sirerais 6tre plus pr5s de vous.
— Vous n'approcherez pas davantage : ce n'est pas ici que je veux vous entendre; je vous 6couterai demain matin h la porte de ma grotte.
-Oti est-elle?
— A Tendroit oil votre fermi^re a trouv6 mabague. Le lendemain matin, M. Villepouri dit h la jeune
Bile:
— J*ai besoin d'aller k Tendroit oil tu as trouv6 la bague ; viens aux champs, et tu me le montreras.
Les voilSi partis : la jeune fille conduisait son troupeau k la p^ture, et elle mena son maitre droit au lieu oil elle avait vu la bague par terre. D6s qu'ils y forent, une chaise sepr^senta^ M. Villepouri, comme pour rinviter i s'asseoir, et une voix se fit entendre qui disait k la p&toure :
— Mademoiselle, retirez-vous ; allez garder votre ^roupeau du loup.
La jeune fille s*61oigna; alors M. Villepouri vit s'ouvrir la porte de la grotte ; un beau fauteuil vint se placer k c6t6 de la chaise, et la f^e Isabette s'y 3issit :
— Eh bien! Monsieur,- demanda-t- elle k M. Villepouri ; qu'avez- vous k me dire?
— Je vous trouve belle, encore plus aujourd'bui c[u'hier, r^pondit-il, et je viens vous demander en mariage.
^ Comment 1 on beau monsieur comme vous cc seulirait k 6pouser une f6e?
LA FfiE DE CR^HEN
11 y avail une fois k Cr^hen une femme veuve : elle demeurait dans une ferme appartenant k M. Yillepouri qui habitait non loin de \h dans un beau cMteau.
Elle avail trois filles qui chacune k son lour aliaienl aux champs mener les bestiaux. Un jour que la plus jeune 6lail seule k garder son Iroupeau, elle vit toul d*un coup dans un coin de la p^ture des fefflmes qui s'altiraienl de dessous lerre el se penchaienl comme pour chercher un objel perdu. Elles continu^rent pendanl quelque lemps k regarder k leurs pieds avec allenlion, puis elles s'enfonc^renl dans la lerre el disparurenl.
A la vue de ces personnes inconnues, la p&loure ful bleu surprise el elle se dil :
— Yqil^ qui esl singulier : il parailque ces gens-1^ onl perdu quelque chose.
Elle n'osa ce jour-l& aller voir de pr^s le coin de la p&lure oil elle les avail apergues ; mais une aulre fois, elle vinl s'asseoir droil k c6l6 du lieu oil elle avail 7u les femmes occupies k chercher. Elle se rappela les inconnues qui 6laienl sorties de dessous le gazon, el elle se dil : « G'esl ici qu'elles 6laienl I'aulre jour. » Elle se mil aussi k regarder par lerre^
lA FfiE DE CREHEN
11 y avail une fois k Cr^hen une femme veuve : elle demeurait dans une ferme appartenant k M. Yillepouri qui habitait non loin de \k dans un beau chateau.
Elle avail trois fiUes qui chacune k son tour allaienl aux cbamps mener les bestiaux. Un jour que la plus jeune 6tail seule k garder son troupeau, elle vit tout d*un coup dans un coin de la p&ture des femmes qui s'alUraienl de dessous terre el se penchaienl comme pour chercher un objet perdu. Elles continu^renl pendant quelque temps k regarder k leurs pieds avec attention, puis elles s'enfonc^rent dans la terre el disparurent.
A la vue de ces personnes inconnues, la p&loure fut bien surprise et elle se dit :
— Yoilk qui est singulier : il paraitque ces gens-l& ont perdu quelque chose.
EUe n'osa ce jour-lk aller voir de pr^s le coin de la p^ture oti elle les avail apergues ; mais une autre fois, elle vint s'asseoir droit k c6t6 du lieu oti elle avail 7u les femmes occupies k chercher. Elle se rappela les inconnues qui 6taient sorties de dessous le gazon, el elle se dit : « G'est ici qu'elles ^laienl I'autre jour. » Elle se mil aussi k regarder par terre^
U PJtl.N'CESSE-FELICITe.
lis se mirent tous les trois en roule pour s'm retourner au pays da France, mais ils Turent surpris pur lanuil dans leboisoti ils s'^luienL d^j^arr^les.et iisse concliferenl !t la m&me place. Le prince et la pi-incessos'endormircnletaussiledomesliquc; inMisJi mi- Duitils'^veilla, elil enlcndil les vents qui separlaient.
— On nous a, disaient-ils, iconics I'aulre nuit; il faut savoir si (jitelqu'un ne se serait pas encore cacbg dans le Lois.
Us cheroli^rent feuille par feuille dans les arbres, msis ils ne d^couvrirent point le fi!s de Charlemagne, U priiicesse el le domesUque, el iU recommeucferent & causer :
— 11 n'y a personne, dirent-ils; qu'y a-l-il de
— La priucesse a Hh d^livree, mais elle a encore bicn des obstacles Ji surmonter avaot qu'elle arrive en France. L'u marcband de raistu va se presenter sur sa rvMite. '.a priucesse qui I'aime beau oup voudra en nuDEer. luais si elte t louche, elle est uiorle. Si elle ifuti: ce tijKMr> elle verra au Lord d'une rivifere uii bomnK qui ohera »u seoc ars comme sil se noynit : si rileIiuV.-'Uches«u>ui<:;:la:ii^a.e!l£mourraaussil6t.
Le« x*iils*ea aUi;e-: o-»o-a de sou cOte, el, lo r ««««. le i»;Kje*,:j-e <^:;^.a s*s inaiLres, sans e Of q-';; a»A:: e::;s;:ii. el ils se luireat tu
V««> ■: n^fi c- ;■- ,;r. us e:i:^:iiirenl un homme
LA PRING8SSE FELICITY. il3
— Ah ! s'dcria la princesse; Toici da raisin, jc vais en acheter, moi qui Taime taot.
— Non, dit le domestique; celoi-lli est git^.
— Si, r^pondit la princesse qui voulail descendre de la Toiture, je vais aller en ehercher.
— He bien ! puisqae vous en avez envie, je vais yous en apporter.
11 acheta le panier de raisin ; mais il le trempa sans 6tre Tu dans une mare puante, ^crasi ies grains, et, qnand il arriva aupr^s de la princesse, il lui dit :
— Yous voyez bien que je ne vous avais pas menti, c'est du raisin pourri, el il sent mauvais.
La princesse lui ordonna de jeler le panier, et ils conlinu^rentleur route. En arrivant aupr&s d'une ri- Tiere, ils entendirent un homme qui criait :
— Au secours ! au secours ! je me noie. /
— II faut sauver ce malheureux, dit la princesse.
— Non, non, r6pondit le domestique, laisscz<le se noyer.
La princesse sauta h bas de son carrosse, et se pr6cipita au bord de la riviere; mais au moment ou la main du noy6 allait toucher la sienne, le domesti. que coupalebras deThomme d'un conp de sabre, et il disparut sous Ies eaus :
— Malheureux, s*6cria le fiU de Charlemagne; tu as tu6 cet homme, mais tu periras h ton tour, je le jure.
Quand ils furent arrives au chateau de Gharlemague, 1(3 prince tua son domestique, et d^s qu*il fut mort, il se chaAgea en unc statue de marbre qu'on laissa dans un coin des appartements.
Le fils de Charlemagne cpousa la prince?* firent des noces superbes ou rien ne man
122 LES PETITBS COUDEES
— Ah! se dit-elle, je vaisla voiraojourd'hni puisque j^en sais si pr^s ; il n'y a ici qae les petites Coud^es qui sont occupies dans le ch&teau, et ia Chalte blanche n'en saura rien.
EUe s'approcha de la pi&ce d'eau, et, d^s qii'elle f ut sur le bord, elle vit des feuilles de nenuphar qui remuaient ; un serpent yert sortit de Teau et vint se metire h cdt^ d'elle.
Elle eut peur et se recula; mais le Serpent lui dil d'une voix douce :
— Belle princesse, ayez-vous peur de moi ? Soyez sans crainte, je ne vous feral point de mal. Je vous en prie, ne vous en allez pas et reslez h me parler : il y a si longtemps que je n'ai pu causer avecpersonne !
Gr£pnscule fut rassuree parces paroles : elle resta, et m^me long^mps, k parler avec le serpent. Elle s'aperQut enlin qu'il 6tait temps de parlir, et elle lui dit:
— Adieu, Serpent vert, il faut que je renlre; je ne suis que trop restce avec vous.
Le Serpent la supplia de revenir une autre fois, et quand elle eut disparu, il se replongea dans son 6tang.
Au moment oh Gr6puscule rentrait au chateau de cristal, la Ghatte blanche se montra devanl elle :
— D'oh venez-vous, mademoiselle ? lui demandat-elle.
— De me promener dans le jardin, r^pondit Grepuscule.
— Oui, dit la Ghatte blanche, vous venez du jardin ; mais, malgr^ ma defense, vous 6tes all6e sur le bord de la pifece d'eau. Pour votre punition, on va vous plonger dans un bain de lait bouillant.
Aussit6t les petites Coud6es accoururent; en un ^'oeil elles d6shabill^rent la pauvre Gr^puscule, et
LA PBINCESSB rtUClTt. 117
—r N'y a-t-il aucan m^yen de le ressusdter ?
^ Si, il y en a un, mais il ne le saara jamais ; pour faire revenir le domestiqne \ la Tie, il faadrait taer Tenfant du prince et frotter ayec son sang le valet qui a ^16 chang6 en statue de marbre. Pour ressusdter Tenfant, il suffirait delecouperenmorceauz, de le mettre dans de I'eau chaude, ei il reviendrait aussi vivant que jamais. Mais le prince ne fera point cela, car il ne le saura pas.
Quand les vents eurent fini de causer, ils s*en aII6rent chacun de son c6t6y et le fils de Charlemagne retourna chez lui :
II dit k sa femme de lui donner son fils pour quelqaes instants ; il le porta dans sa chambre, et lui coupa le cou. Avec le sang qui en sortait, il frotta la statue de marbre de son domestique : aussit6t elle s*anima, et le fidele valet parut semblable \ ce qu*il 6tait avant sa metamorphose. II ouvrit les yeux, et s'6cria :
— Ah ! j'ai bien dormi.
— Oui, dit le fils de Charlemagne, tu as dormi d'un sommeil dont en g^n^ral on ne se reveille pas.
II coupa son fils en morceaux, et le mit dans de i*ean chaude; aussitdt Tenfant redevint vivant, et personne n*aurait jamais cru qu*on lui avait coup^ le cou. Son p^re le rapporta & sa m^re, et lui amena aussi son domestique en lui disant :
— Yoilk notre fiddle serviteur qui est revenu k la vie. La princesse F6licit6 fut bien contente ; le fils de
Charlemagne fit du bien h son domestique et le traita d^sormais comme son fr^re. Depuis ce temps, ils v6curent ensemble tr^s heureux, et s'ils ne sont pas morts ils vivent encore.
Cont^ en 1880, par Auguste MacS, de Saint-Cast, matelot,
&g6 de 18 ans.
LES PETITES COUDEES
II 6tiit line foi» un roi et ane mnc qni avaienl dum IlUe« : I'une se nommait Aurore el Taatre CrepiisRuIe. Aurore, qui 6tait la plus jolie, avait tootes inn preferences de ges parents et ils i'almaient Lien mienx que sa stnur.
Quanii lei deux princesses furent grandes et en 4gi! do so marier, le roi et la reine donnferent uo bal miigiiilique od furent invites tous lea princes et les seiaiicur* dos environs. An commenceirent de la soir6o tmis loi joiines gens demandaient k danser avec Aiirnro pnrco qu'elle fitait la plus belle ; comme elle n'etnit lioiiit iiJmalile, ils ne dansaient qu'une fois avue olio; inniH ils ne pouvaient se lasser de la soci4t6 doCrfipiisculit, qui avait tant de grace et d'espritqu'i la ill! ihi linl fliaciin s'empressait autour d'elle, et la licllii Aiirinc roalait presque seule.
L(! nii I'til. (^cM do celtu preference, et ii resolut de
se dSbarrassiT cello nuil nifime de Crepuscule, afin
Que SOS galants fusseiit obliges de courtiser Aurore.
■^n du bal, il la fit venir et lui dit :
la lille, V0U3 allez partir ik rinstant pour aller
tre mariainola f6e.
BIS, mon ptri.', repondit-ello; il est nuitnoire, avoir ptur timto seule par les cbemins, et je s6e- Permellez-niui d'attcndre ik demuin.
[OQ, dit le roi, il faut que tous partiez tout de
top. di'