‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 3 sur 91 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

cations que jusiifienf, a mona^is, le norabre, riraportance et Toriginalite de ces contes pariiculiers au bord de la mer.

Sur le littoral de la Manche en lUe-et-Vilaine et dans la partie des G6tes-du*Nord oil la langue fran^aise est aujourd'hui seule en usage, on donne le nom de houles (cf. Tanglais holsj caverne, grotte) aux grottes des falaises : on en trouve a Gant^ale, presque sur la limite de la Normandie et de la Bretagne, et dans la commune d'EtableSy a quelques kilometres du pays bretonnant, est la houle Notre-Dame.

Entre ces deux points extremes, il y a un grand nombre de houles; j'en connais plus de vingt, et je suis certainement loin de les connaitre ioutes: j'ai habits Saint-Cast pendant plusieurs etes, croyant qu'il n'y en avait que deux sur les rivages de cette commune : une exploration plus serree m'a appris qu'il en existait au moins une dizaine, de dimensions variees.

De ces grottes, les unes, comme celles de la falaise de Frehel en Plevenon, ont des proportions monumentales et grandioses : leur entree est parfois une sorte de voute, souvent en forme de cintre, elevee de dix a douze metres au-dessus des galets : elles se prolongent sous terre si loin que personne, assurent les gens du pays, n'a ^" -^Uer jusqu'au fond. On penetre dans les

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autres par une fente etroite et haiite, dissimulee eaCre les rochers, et qui laisse a peiiie ua passage suffiisaat pour un homme ; quand on a depasse I'entree, la grolte devient plus large el parfois elle s'etendassez loin sous la falaise. II est d'autres houles qui sont actuellement a Tetat de ruines; les rochers, en s'eboulant, les ont combines, et leurs voutes, glissantsurles parois, sont lombees par terre : presque toutes celles de Saint-Cast sont en cet etat. Souvent Tentree est au fond d'une tranehee a parois presque droites qui forme en avant de la houle une sorte d'a venue. Les gens du pays, surtout les personnes ageeSy disent que depuis le depart des fees^ les grotteSy n'etant plus habitees et entretenues, sont tombees en ruines.

Outre le nom de houle, qui est le plus g6neralement employe, ces grottes portent aussi celui de pertus (pertuis, trou) es Fees, ou de goule; ce dernier mot est peut-etre une corruption de houle ; parfois aussi on les appelle les Chambres des fees. II y en a on Ton voit encore, dit-on, les tables de pierre sur lesquelles les bonnes dames prenaient leurs repas, leurs sieges, et les berceaux en pierre de leurs enfants.

Je connaisplusieurs personnes qui sont persuadees que les dames des houles ont habite le pays, et qu'elles n'en sont parties qu'au commencement de ce siecle. Une femme de Saint-Cast, agee de qualre-vingt-huit ans, affirme, sur tout ce qu'elle a de plus sacre, qu'une fois elle a vu deux fee

I PHfiPACE.

et un laitaud (fee male) se promener sur le rivage : oombre de gens, iiges maintenaut de cinquanle a soixaote ans, ont entondu raconter tres serieusement aleurs pareots on a leurs grands parents, qu'ils aTaient vu les fees. II y en a qui croient qu'elles revicndront en l&OO ; cetle croyance o'est pas particiiliere an littoral, je I'ai retrouvpe dans I'interitnir des lerres en Ille-et-Vilaine .et dans les Coles-du-Nord, J'ai connu une couturiere qui pensait memu que les fees n'etaient point dispames du pays : die en avait ties peur, et, pour tout I'or du deparlement, elle n'aurait pas ose passer a la nuit close auprfes d'un champ qu'on appelle a Saint-Cast le Couvent des fees.

Les fees des honles so nommaieat fees ; les fees mates, faitos on faitauds : on les appelait aussi - F&tes; ce dernier mot, tres Toisin du latin fata, etait masctilin et feminin. Vers Saint-Briac on les d^signe parfois sous le nom de Fions, mot qui s'applique aux fees des deux sexes, et aussi a certains lutins espiegles.

Quand les fees habltaicnt leurs grottes, elles se montraient assez frequcrament aux hoinmes; mais elles sortaient plus volontiers la ouit que le jour, Avant )o soleil cach^, elles n'etaient visibles que pour ctMix qui avaient eu le tour des yeiix frottes avec la pommade qui rend clairvoyant {Cf. VEnfanl de h fee, n" XVII des Contes populaires {I" serie), la Goule es fees, la Uoule "^Mcw, Litlerature oralu de la Haute-Bretagne,

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pages 19 et 24). Mais, a la nuit close, tout le monde les voyait, parait-il.

Apartleurpouvoir surnaturel et leur immortalite, les fees et les faitauds vivaient comme les hommes et avaient presque les mSmes passions qu'eux : les hommes. ont tgujours fait les dieux a leur image. Comme eux ils etaient sujets aux maladies ; dans VEnfant de la fee, n** XVII des Contes populaires, 1" serie, un enfant des fees a mal aux yeux; la dame de la Goule es fees (Litt. orale, p. 24) est accouchee par une sage-femme.

Elles se mariaient, soit avec des Faitauds, qui jouent en general un role assez efface (Cf. i" Homme de mevy n** XII des Contes populaires, 2" serie, ou Thomme de mer, a la chevelure de varechs et au corps convert de limon verdalre, epouse une des fees de Poulifer).

Soit avec des hommes (Cf. la Fleur du rocher, ^'^ serie, n** VI, qui se marie avec un soldat ; la Fee de Crehen, 2* serie, n** XXI, qui epouse M. Villepouri, et la fille des fees qui devient amoureuse d*un marin et finit par devenir sa femme, la Fee et le Marin, 1" serie, n" XXII).

Mais il semble qu'en s'unissant. aux hommes, elles cessaient d'etre immortelles, soit par suite de leur bapteme, comme la fee de Crehen et ses parents, soit simplement parce qii'elles vivaient parmi les hommes (Cf. la Fleur du rocAe?*, qui meurt et ses parents aussi).

Elles avaient des enfants (Cf. la Goule es Fees, ['Enfant de la fee, la Fee et le Marin, la Flef''^

i'u6face. . - '

dti rochcr, etc.) ; quelqiiefois aiissi, elles onle- ■ vaieni ceiix des liommes et meltaieat a leup place dans le berceau des enfants a I'air vieux qui ne grundissaient point (Cf. la Haiile de CMlin, i" s^rie,, n" IV, VEnfant ckaivje, t' serie, a" XV), oil eUes emincnaieDt dnDS letirs grottes des jeunes fillfs qui y rcstaient pluaieurs arinees (Cf. la Iloiile du Chdtelet. 2° s^rie, n° 1. les Fees du Port-Blanc, n" XIX).

Elles se livraient a iles occupations semblables AccUesdes hommes. On les entendait bercer des enfants{Cf. lalloulede la CoTbiere, 1 " serie, n'X), boulanger pour mettre du pain au four (Cf, la Hank de C/i^lin, 2" serie, n" VIL la Boule du Chdlelet, n° I, le Pertits es Fclcs, n° IX).

Elles lavaient ieur lessive, et etendaieat sur I'hcrbe du linge qui etait si blanc, qu'on dit encoi-L' en ppoverbe en parlant du beau linge : i' C'esl coinme le linge des fees, n ou « Blanc comme le linge des fees, » (Cf. la Boule du Longvnl, 2° serie. n" XVllI, la Fee de d-^hen, n' XXI, laHoule de Poulifee,\A\i. oral., p. 19),allaientala peche (Cf. la Botde du Groiim, 2" serie, n* X), elc.

Parfois elles possedaient des aniniaux domestiqucs : des vacbes qui etaient quelquefois invisibles pour tout le monde, excepte pour la paloure qui les gardait(Cf. la Boule du Chdtelet, n° I), des bffiufs (Cf. la Po?ile noire, 2' s^rie, n" VIII, Litt. orale., p. 13). Leiirs moutons venaient pdturer avec ceux des fenniers (Cf. les Fees du Guildo, 2° serie, n°XI); parfuis ils etaient

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fBoirs et de grande taille (Cf. la Houle de Beauqais^ ^serie, n» XIV). Celles de Saint-Briac (2» s6rie, n* XIV bis) avaient des chevaux; d'autres des oies (Cf. la Houle de CkSlin, 2* serie, les F4es dii GtdldOj n** XI), des chats [la Houle du GrauifKiy 2* serie, n** X), des ponies generalement noires (Cf. laPoule noire, n*' VIII), etc.

EUes empruntaient les animaux de leurs voisiQs les homines (Cf. la Houle du Grouiriy oil elles prennenl, pour se promener, Fane du fermier) ou bieu les leur achetaient (Cf. V Homme de mer, a° XII ; on achete un veau pour le repas de noces).

Mais certaines trouvaient plus simple de les prendre (Cf. la Houle de CMlin^ !'• serie, n" IV, la Houle Saint-Michel^ 2* serie, n° V). D'autres volaient ce qui etait a leur eon\enance, et seules les personnes qui avaient eu le tour des yeux frotle avec leur pommade pouvaient les voir (Cf. la Houle Cosseu, Litt. orale, p. 25, la Goule es fees, ibid., p. 22; VCEil de cristal, 2® serie, n° IV, la Houle de CMlin, n° VII). Elles disaient aussi la bonne aventure (Cf. la Houle Cosseu).

Cependant les fees — a part de rares exceptions, et celles-la, on les nommait les mauvaises * fees, tandis que les autres s'appelaient les bonnes ]

dames ou les bonnes meres — se plaisaient a rendre service aux hommes, et presque jamais elles ne demandaient de recompense. Elles filaientle lin desjeunes fiiles (Cf. la Mort des fees, 2* serie, n^XX); elles donnaientaux hommes des remedes qui les guerissaient (Cf. la Houle d^

X PHEFACE.

'lu roc/ier, etc.) ; queltjuefois aussi, elles onlevaient cenx des hommes et mellaieot a leur place (ians te berceau des enTants a Pair vieux qui ae grandissaieiit poinl (Cf. la Houle de ChSlin, i" smii, n' IV, VEnfant chan-je, 2" serie, n° XV), oil elles einmenaient dans leiirs ^rottes des jeunes lilies qui y restaient plusieurs anoees (Gf. la Ihi'lc du CkiHelet. 2° serie, n° I, les Fees die Purt-tiiane. n'XlX).

Elles se livraiect a des occuj'ations semblables a cellesdes hommes. On les enti'iiiait bereer des enfanls (Cf. la Hoidede la Corbici'-. 1" serie, n'X), boiilanger [tour nu'ttre du pain au four (Cf. /« Hnuk de Chelin, t' serie, n" Ml, la Houle du C/idlvH, n" 1, le Perliis es Fi'fr^. n* IX).

Elles lavaienl leur lessive, et eteudaieul sup I'herbo du lin^ qui etait si bhinc, qu'oD dit eocore en proTerbe en parlant liu beau linge : ji C'esl comme le Huge des fees;, n ou « filaac comme le linge des fees. ■■ ^Cf. /« Roule du Longval. ±' serie. n° XVIII. If Fee d>- (When, n' XXf, la Houle de Poid if e>,LHi. oral., p. Ifll.allaientala p^che (Cf. la Uoule du Grouin, '!'' ^^irie, Q* X), etc.

Parfois elles possedaient des animaus domestiqiics : des vaches qui elaient ipielquefois invii^ibles pour tout le nionde. fxcepte pour la pitoure qui les gardaiUCf. la lloide du Chdtelet, n° \], des bceufs (Cf. la Pou/'' noire, f serie, n" Vlll, Liu, orale., p, 13). LtMjrs moutoQS venaitiut paturer avec ceux des ferniiers (Cf. les fees da Guildo, 2' serie, n* XI) : parfois ils etaient

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noirs et de grande taille (Cf. la Houle de Beauqais^ 2'serie, n* XIV). Celles de Saint-Briac (2» s^rie, n** XIV ^25) avaient des chevaux ; d'autres des oies (Cf . la Houle de CkSlin, 2* serie, les F4es du Gtiildo^ n" XI), des chats [la Houle du Grotmiy f serie, n** X), des ponies generalement noires (Cf. la Poule noire, n° VIII), etc.

EUes empruntaient les animaiix de leursvoisins les hommes (Cf. la Houle du Grouin, oil elles prennent, pour se promener, Tane du fermier) ou Men les leur achetaient (Cf. r Homme de mer, n°XIl; onachete un veaupour lerepasde noces).

Mais certaines trouvaient plus simple de les prendre (Cf. la Houle de Chelin^ 1" serie, n" IV, la Houle Saint-Michel^ 2* serie, n° V). D'autres volaient ce qui etait a leur con\enance, et seules les personnes qui avaient eu le tour des yeux frotte avec leur pommade pouvaient les voir (Cf. la Houle Cosseu, Litt. orale, p. 25, la Goule es fees, ibid., p. 22; VCEil de crisial, 2® serie, n^ IV, la Houle de Chelin, n** VII). Elles disaient aussi la bonne aventure (Cf. la Houle Cosseu).

Cependant les fees — a part de rares exceptions, et celles-la, on les nommait les mauvaises * fees, tandis que les autres s'appelaient les bonnes dames ou les bonnes meres — se plaisaient a readre service aux hommes, et presque jamais elles ne demandaient de recompense. Elles filaientle lin desjeunes filles (Cf. la Mort des fees, 2" serie, n° XX) ; elles donnaient aux hommes des remedes qui les guerissaient (Cf. la Houle de

w<h/ rochet-, etc.) ; quelquyfois iiussi, elliss ciilekaient ceiix des hommes et meltaieat a leiir filacedans leberceaii des enfantsa I'airTieiix qui lie grandissaicnt point (Cf. la Honle de ChHifiy " * serie, ti'IV, V Enfant cliaiiye, 2° serie, n° XV), |du ellesemmetinient dansleiirsgrottes desjeunes Salles qui y restaient plusieurs annees (Cf. la Motile du Chdlelei, 2° serie, n° 1, ies Fees dit llanc, n- XIX).

3S se livraient a des occupations semblablea i celles des hommes. On Ies enteiidait bercer des Jpnrants(Cf. laHoulede la CorAzere,!" serie, n°X), fooulanger pour mettre du pain au four (Cf. /a \Boule de ChHin^ 2" serie, n" VII, la Huule du WChdlelel, n° I, le Pertits es Fetes, n" IX).

Elles lavaienl leur lessive, et etendaient sur Fl'herbe du linge qui etait si blanc, qu'on dit encore en proverbe en parlant du beau linge ; u C'est comme le linge des fees, » ou « Blanc comme le linge des fees. » [Cf. la Houle du Longval, 2° serie. n" XVIII, la Fee de Crehen, n° XXI, la H mile de Poult fee, Litt. oral., p. 19),allaientala peche(Cr. la Houle du Grouin, 2" serie, n° X), etc. Parfois elles possedaient des animaux domesliques : des vaches qui etaient quelqueFois invisibles pour tout le monde, excepte pour la p^toure qui Ies gardait(Cf. la Houle du Chdtelel, a" I), des boeufs (Cf. la Poule naircy 2' serie, n° VIII, Litt. orale., p. 13}. Leurs moutons venaicnt palurer avec ceux des fermiers (Cf. Ies Fees du Guildo, 2° serie, n" XI) ; parfois ils etaient

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noirs et de grande taille (Cf. la Houle de Beauqais^ l-^serie, n*» XIV). Celles de Saint-Briac (2« s6rie, n" XIV bis) avaient des chevaux; d'autres des oies (Cf. la Houle de Chilin^ 2" serie, les F4es du « GtiildOy n** XI), des chats {la Houle du Grotmiy 2* serie, n** X), des poules generalement noires (Cf. laPoule noire, n*' VIII), etc.

EUes empruntaient les animaux de leurs voisins les hommes (Cf. la Houle du Grouin, ou elles prennenl, pour se promener, Fane du fermier) ou bien les leur achetaient (Cf. V Homme de mer, n** XII ; on achete un veau pour le repas de noces).

Mais certaines trouvaient plus simple de les prendre (Cf. la Houle de Chelin^ 1" serie, n" IV, la Houle Saint-Michel^ 2* serie, n** V). D'autres volaient ce qui etait a leur eon\enance, et seules les personnes qui avaient eu le tour des yeux frotte avec leur pommade pouvaient les voir (Cf. la Houle Cosseu, Litt. orale, p. 25, la Goule es /eeSy ibid., p. 22; VOEil de crisial, 2® serie, n** IV, la Houle de ChSlin, n° VII). Elles disaient aussi la bonne aventure (Cf. la Houle Cosseu).

Cependant les fees — a part de rares exceptions, et celles-la, on les nommait les mauvaises ' fees, tandis que ies autres s'appelaient les bonnes dames ou les bonnes meres — se plaisaient a rendre service aux hommes, et presque jamais elles ne demandaient de recompense. Elles filaientle lin desjeunes fiiles (Cf. la Mort des fees, 2* serie, n^XX); elles donnaientaux hommes des remedes qui les guerissaient (Cf. la Houle de la

DE LA

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GONTES POPULAIRES

DE LA

6 LA llOULK DU GHATELET.

commeunrocherielleparaissaitavoirplusdemiileans.

— Que veux-tu, ma pauvre femme? lui demandat-elle,

— Uo peu de pain, s'il vous plait, pourmespetiLs enfanls.

— Je ne suis pas la mallresse ici, r^pondit la vieille, je ne suis que portiere, et il y a plus de cent ansque j'y demeure; mais reviens demain, je le promols de parler pourtoi.

La femme s'cn relourna; elle alia k Matigoon vendre ses coques, et en reliraassez d'argent pour donner a souper h toute sa maisonn^e.

Le lendemain, cHerevint k la grfeve, et, quand elle y eut ramass6 autant de coques que la veille, elle se pr^senta h I'entri^e de la houle, ou elle Tit la vieille portiere :

— H6 bien, Madame, lui dit-elle, avez-vous parI6 pour nioi?

-;- Oui, repondit-elle, voici une tourte de pain que je le donne, el cells qui te I'envoie veut te parler.

— Menez moi h elle, dit la pficheuse, je serai bien aise de la reiiiercier.

— Pas aujourd'hui, r^pondit la vieille portiere des f^es ; mais reviens demain k la mSme heure et tu la verras,

Eu donnanl Icpain^Iap^cheuse, la f^e nelui avail pas d^feudu den [larler, et ne lui avait pas recommand6 de ne le parlager avec personne. Aussi, en rentrant Ei son village, la femme rencontpa ses voisines, et, loutejoyeuse, ellele leurmonlra.

— Itegardcz, iliL-eile, la belle g&che de pain que m'ont donnfis les \'6ei !

Le soir, tons les gens de la Baillie vinrent la voir, el cnmnie chacun voulait goQLer le pain, il ne dura ■^ temps.

PREFACE

Les Contes dont se compose le present volume, de meme que ceux qui figurent dans mes deuK precedentes publications (1), ont ete recueillis en Haute-Bretagne , c'est-a-dire dans la partie de cette ancienne province ou la langue franc^aise est seule usitee aujourd'hui. Plusieurs d^entre eux m'oQt ete racontes par des personnes originaires de I'interieur et principalement des cantons de Liffre (lUe-et-Vilaine), de Loudeac etde Moncontour (C6tes-du-Nord) ; mais le plus grand nombre, et parmi eux toutes les legendes des houles, ont ete recueillis au bord de la mer, a Saint-Cast, oil j 'avals precedemment fait uue si abondante moisson. Outre les recitsqui suivent, j'y ai trouve des Contes de Marins qui formeront un ouvrage

^ a part et paraitront dans quelques mois. Quant aux legendes des houles, qui commencent ce

^ livre, je crois devoir entrer dans quelques expli-

, (1) Contes populaires (le la Haute-Bretagne, Charpentier, 1880.

^: Literature Orale de la Haute-Bretagne (Contes, Chanso t ^ Devinettes, Proverbes, Formulettes), Maisonneuve,.188I.

8 L^ HOULe DU CHjLTELGT;

I'herbe des foriferes {!), ,ou se lever (lour crier apr&s

son tr.oupeau, ils lul disaient :

— Que fais-tu \h, petite?

— Je garde les vaches des f^es, r£pondait-elle.

— Les vacbes des f6es 1 oti sont-elles done ? on ne les voit point.

lis en riaient, et pensaient qu'elle 6tait devenue innocente. Mais ellecontinuaitigarder son tpoupeau, el tous les jours ft I'heure des repas les f6es lui apportaient £l manger.

Un soir, la belle dame de la houle vint elle-mftme chercher les vaches el elle dit k la petite patoure :

— Serais-Lu contenle d'etre la marraine de mon enfant?

— Ah ! oui, Madame, rfiponditla pelite fille.

— N'en parle k personne, pas mfime i ta mSre : si tu bavardais, J a ne t'apporterais plus k manger ici ; je favertirai quund il faudra venir.

La pelite flllu se garda bien de dire k sos parents qu'elle avail vu la fie, et elle continua k aller aux cbamps commc de coulume. Quelque temps apr6s, une des ffies vinl lui dire de se preparer k venir nommer renfant.

— A quelle lieure faudra-t-il aller ? demanda la llUe.

— Demain, lu n'auras pas k garder tes vaches; tu arriveras ici k midi, et on viendra te chercber.

La p4toure ^tait une petite fille jolie comme tout;

"' "apiCB noil culiirf enlre les Ulus plftntis d'arbres et l»

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