LE BERGER QUI EPOUSA LA FILLE PU ROI
— Oui, je suis h regarder les mouches ii miel de mon p6re.
— Mon p6re en a aussi; il ne salt pas le nombre ide - ses cavel6es (1), mais il sait le nombre de ses mouches.
— Gela §e pent bien, r6pondit la princesse.
— G'est bien vrai, ma princesse. Un jouril les avail complies ; il lui en manquait une ; il monta h cheval et se mit h. la recherche de sa mouche h miel ; il la trouva qui s*en venait avec un seau d'eau sous chaque aile. II prit les deux seaux et les mit sur le dos du cheviil ; mais ils coup^rent notre cheval en deux.
— Gela se peut bien, Jean.
' — G'est bien vrai, ma princesse. Mon p^re coupa une gaule de coudrier et rattacha les deux morceaux de notre cheval ; il le laissa dans notre prairie, et je suis rest6 longtemps sans aller I'y voir.
— Gela se peut bien, Jean.
— G*est bien vrai, ma princesse. Au bout de sept ans, quandj'y retournai,la gaule de coudrier avail si bien pouss6, qu'elle montait jusqu'au ciel.
— Gela se peut bien, Jean.
— C'est bien vrai, ma princesse. Je grimpai par les branches, je ramassai des noiseltes plein mes poches, et me voil^ entr6 dans le paradis ; mais, pendant que
, j'y 6tais, le cheval qui p^turait avail chang6 de place, la tige de coudrier ne se trouvait plus h c6t6 du trou par oil j'y 6tais entr6, et me \oi\k rest6 dans le paradis, sans savoir comment j'en sortirais. Je me mis a jeler de si grands cris que tons les saints ont eu compassion de moi.
— Cela se peut bien, Jean.
— G'est bien vrai, ma princesse. La sainle Vierge
(I) Ruches.