LA BELLE-MERE
II 6tait une fois un homme qui avait une petite fille ; sa femnae mourut. II etait encore jeiine et il seremaria avec une femme qui faisait mille caresses k son enfant, de sorte qu'il e$p6rait qu'elle serait pour elle une seconde m^re. Mais, d6s qu'elle fut marine, elte changea de conduite et prit en haine sa belle-fille: tous les matins elle Tenvoyait aux champs garder les oies, et pour toute nourritufe elle lui donnait un petit morceau de pain avec si peu de heurre qu'en 1 6tendant de son mieux avec son couteau, la petite fille ne pouvait beurrer tout son pain ; jamais elle n'avait bien fait ni bien dit, et elle 6lait malheureuse comme les pierres.
Un jour que sa belle-mfere lui avait coup6 un morceau plus petit que de coutume, la petite fille, en allant aux champs, vit venir une vieille bonne femme qui lui demanda la charit6 :
— Je n'ai gu6re de pain, r^pondit-elle: mais jevais parlager avec vous.
La vieille femme, qui 6lait une f6e, mangea le morceau de pain et s'en alia.
Le lendemain la petite fille avait un morceaa moiti6 plus petit que celui de la veille; la bonne femme vint encore et lui dit :
— Gharit6, s'il vous plait.
LA BELLE-MgRE.
^ — Oui, ma bonne m^re, r^pondit Tenfant; et elle lui donna la moitie de sa dinette.
Quand la vieille eut mangS, elle devint une dame si belle que jamais la petite iille n*avait vu sa pareille ; elle lui dit :
— Mon enfant, va chez toi demander h ton p^re un morceau de pain; ta belle-m^re est couch6e, si elle dit quelque chose, tu me le rapporteras bicn exactement.
La petite fille alia k la maison et dit h son p^re :
— Papa^ j'ai faim ; donne-moi un bon morceau de pain.
Le p^re coupa pour sa fille un morceau qui faisait le tour de la g^che, et la belle-m^re, qui 6tait couch6e, dit, en le voyant :
— En \oi\h. un bon lopin !
La petite fille revint aux champs et rapporta le morceau de pain k la belle dame.
— Qu'est- ce que ta belle-m^re a dit ? lui demanda t-elle.
— Rien, elle a regard^ le pain.
-— Si, elle a dit quelque chose, rappelle-toi bien.
— Ah I c'est vrai, elle s'est 6cri6e : « En voil^ un bon lopin ! »
— Puisque ta belle-m^re a parl6, dit la f6e, je ne puis rien faire avec ce morceau ; retourne en demander un autre h. ton p^re.
La petite fille courut k la maison et dit :
— Papa, j'ai encore faim, donne-moi un autre morceau.
Son p6re lui en coupa un plus 6pais que le premier et qui faisait le tour de la g^che. Sa belle-m^re, qui avait la tdte toum6e du c6t6 du mur, ne lavitpas et elle lie dit rien cette fois.
La petite fille seh^ta de relourner aux champs ou
202 LA BELLE-M^ftE.
6tait la f^e et elle lui donna le morceau de' pain. La r^e demanda si la belle-m^re n'avait rien dit, et quand la petite lille lui eut ^ssur^ qu'elle n'avaitpas m6me vu le morceau, elle le plaQa au milieu du champ oil la petite fille gardait ses oies. Elle frappa dessus trois coups avec sa baguette, en disant :
— Par la vertu de ma petite baguette, deviens un chateau si beau qu'on n'en ait jamais vu de pareil.
Aussit6t s*6ieva au milieu du champ un chateau oil il y avail des appartements magnifiques, des domestiques, des broches qui tournaient, tout ce qu'on peut d^sirer de mieux.
La petite fille courut chez son p^re etlui dit :
— Ah 1 papa, viens done voir le beau chateau que j'ai maintenant.
— Qu'est-ce que tu dis? tu r6ves, mon enfant.
— Non, papa, je t'assure que c'est vrai.
— Je vais alier avec toi pour te faire plaisir. Quand il fut sorti, il fut bien surpris de voir le beau
chateau qui se montrait au*dessus des arbres. La petite fille lui dit :
— Je vais aller devant pour embrasser ma marraine qui me Ta donn^.
Quand le p^re arriva pour entrer dans le chateau, il y avail ungardien k la porte qui lui dit :
— On ne passe pas ; qui fttes vous?
— Le p^re de votre maitresse.
La petite fille arriva et dit de laisser entrer son p^re qui pai'courut tous les appartements ; jamais 11 n^avail rien vu de si beau. II se mit h table avec la f6e et sa fille, et ils mang5rent de bon app^tit ; mais les pains et les plats ne diminuaient point. La petite fille conta h. son p6re toute la mis^re que sa belle-mere lui avait faite : alors il s'en alia chez lui et reprocha ^ sa femme d*avoir maltraitd son enfant.
LA BELLE-MfiRB.
— Qu'est-ce que tu dis, criait-elle d*une voix aigre, je neTai seulement pas touch^e, ta fille ! si tu continues i m'agacer, je vais te mettre dehors.
Mais une voix douce se fit entendre :
— Yous ne le mettrez pas k la porte.
£t la belle f6e se montra sur le seuil.
— De quoi vous m6lez-vous?dit la m^chante femme ; ce que je fais ne vous regarde pas.
La f^e la toucha de sa baguette en disant :
— Deviens une statue de marbre, puisque tu as eu lecceur aussi dur que la pierre.
Elle emporta la statue dans le ch&teau. La petite fille et son p^re y v6curent heureux, et s'ils ne sont pas morts, ils vivent encore.
Gont^ en 1880 par Joseph Mac6, de Saint-Cast, mousse. &g6
de 15 ana.