LE BOEUF D'OR
tl 6tait une fois un roi et une reine.qui n'avaienl qii-une lille. La reine tomba malade, et quand elle sentit qu'elle allait trepasser, elle appela son mari k son lit de mort, et lui fit promettre que, s'il se remariait, il choisirait une femme qui lui ressemblerait comme si c'dtait elle-m6me el qui pourrait porter ses T^tements.
Peu d'instanls aprfes, elle mourut. Le roi eut beaucoup de chagrin ; mais, comme il ^tait jeune encore, et que ses conseillers le pressaient de se remarier, il fit publier dans tous les pays du monde qu'il prendrait pour femme la personne qui ressemblerait h, la d^funte reine et pourrait s'habiller dans ses v6lements ; il vint beaucoup de jeunes filles pour essayer les robes, mais elles n*allaient k aucune. Alors le roi se mit en route et parccurut bien des pays en dehors de son royaume ; mais il eut beau chercher parmi les princesses et parmi les dames nobles, parmi les bourgeoises et les paysannes, il ne trouva personne qui ressembl&t h la d^funte. II s'en revint dans son royaume, et ses conseillers le pressaient toujours de se remarier.
11 y avait d6ji plusieurs ann6es que la reine 6lait morte, et sa fille 6tait devenue grande. Un jour elle cntra dans la chambre ou l*on gardait les habits de sa mfere, et il lui prit envie de les essayer. Son p6re
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qoi passait par \k entendit du bruit, et, ayant regard^ par le trou de la serrure, il crut voir aa femme ressuscit^e. II ouvrit la porte, et ne reconnut qu'U s'6tait tromp^ que lorsque sa flile lui parla ; car elle reS' semblait k sa mgre comme une goutte de lail res- ^emble'lt une autre.
Son p^re lui dU :
— Ma QUe, puisque c'est toi qui ressecnbles le mieux a ta in&re, il faut que tu te maries avec moi.
— Ah I mon p6re, c'est pour vous moquer que vous me diles cela : tous ne parlez pas s^rieuseiDent.
— Si, r^pondit le roi ; quand ta mfere est inorle, ielui al promis de ne me remarier qu'fk une fcmme qui lui rcssemblerait comme si c'^lait ellc-[n6me. J'ai cherch6 en vain dans tous lea paysjrnai^ en entrant ici j'ai cm voir la reine en petsonne.
La princesse ^tall bien oiarrie ; elle n'osa r<''|iondre Don h son pfere ; mais quand il fiit parti, elle alia en pleuran t tout raconter i sa nourrice. La bonnL' lerame lui conseilla de ne pas reruser tout net; mais do demander k son p^re iine robe ea fleurs de violeltes sans couture.
Le roi Tint voir sa filie et la pressa de se marier avec lui :
— Je d^sirerais auparavant, p6p6ndil-elle, que vous me donniez une robe en fleurs de violeLlifs sans couture; je ne vous ^pouserai que si vous itit; lapportez.
Le roi lit venir tous les marchands d'^toffts lie son 'oyaame; mais comme aucun d'eus ne ponvail fait'e la robe que la princesse voulait, il se mit en route !uim^me et parcourut beaucoup de pays, promcltant de douner k celui qui lui apporlerait une rntie en tleuri de violettes sans couture autant d'or quil pr fail en porter, A force de eherclier, i| Unit par tfo
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la robe en fleurs de violeltes sans couture, et il vint tout joyeux Tapporter i sa fille. Elle fit mine d*6lre bieti contente; mais quand le roi fut parti, elle alia encore consuller sa nourrice. La bonne femme lui conseilla de demander une robe en fleurs de roses sans couture. Quand le roi vint revoir sa fille, il lui dit;
— H6 bieni quand nous marions-nous ?
— Ah I mon pfere, r6pondit-eIle, il me faut plus d'une robe: j'en voudrais une en fleurs de roses sans couture.
Le roi fit encore venir tons les marchands d'^loffes de sonroyaume; mais aucun n'etait capable de fournir une telle robe. II se remit k voyager et parcourut beaucoup de pays, promettant sa charge d'or \ celui qui lui apporterait une robe en fleurs de roses sans couture. 11 alia bien loin, bien loin, et, ^ force de chercher; il flnit par se procurer la robe que voulait la princesse. II vint Tapporter tout joyeux ^ sa fille; elle fit mine d*6tre bien contente, mais, d6s qu'il fut parti, elle se mit \ pleurer, et vint encore prendre conseil de sa nourrice. Gelle-ci lui dit de demander \ son pfere un Boeuf d'or qui serait creux, et ressemblerait ^ unbcBuf naturel.
Quand le roi vint voir sa fille, il lui dit :
— Maintenant que tu as tes robes de violet les et de roses sans couture, nous allons nous marier.
— Odi, r6pondit-elle; mais auparavant, je voudrais un Bceuf d*or creux en dedans et qui ressemblerait ^ un boBuf vivant, le plus grand que Ton puisse voir,
Le roi fit venir les plus habiles orf^vres de son royaume, et il leur ordonna de faire un Boeuf d'or creux en dedans, et qui ressemblerait ^ un bceuf vivant et de grande taille, leur promettant une riche recompense s'ils achevaient promptement leur tra-
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Tail. Us se mireat & la besogne, et comme le roi leur doDoait autanl dor qu'ils en avaient besoin, ils termiD^rent vile le Bceuf d'op ; quand il fut prflt, on I'apporta dans la cbambre de la princesse. Elle d^clara qu'elle le trouvait k son goAt, et elle promit k son p^re de I'^pouser le lendemain.
Mais pendant la nuit, elle mit des vivres et des v6lements dans le corps du Bceuf d'or, et elle s'y cacha ; car il y avail une plaque qui s'ouvrait et se fermail i Tolont^. Quand le roi vint chercher sa fille pour se marier avec elle, il ne la Lrouva point dans sa chambre, ni dans aucun des appartements du ohflteau; il pensa qu'elle s'^tail noy^e dans la riviSre on i|ti'ell(! s'£lait jel^e du baut des murs, ou bien qu'elle s'^lait entuie-llenvoyadetouscAt^s des gens isa recherche, mais personne ne put lui dire ce que ia princesse 6lail devenue.
Le roi eut beaucoup de chagrin, et comme la vue du B(Buf d'or le faisait penser k sa flUe qu'il croyait ntorte, il r^solut de le vendre, et fit partout publier qu'il avait dans son chateau un Bosur d'or creux en dedans et qui ressemblait si bien k un bceuT vivant que c'itait merveille de le voir. Le jour de la vente, il Tint pour I'acheter des rois et des princes de tou^ les pays, et ce fut le roi d'Espagne auqucl il fiiL adjug^.
Ce roi avail un Hlsddijil grand; mais, quoiqu'il fuL beau garQon et bien purtant, nen ne lui plai^ail, et il viviut k r^cart dans sa cbambre, ne riant jamais el ne Touiant voir kme qui vive.
Le roi d'Espagne, qui pensait quela vue de ce d'or merveilleux ferait plaisir k son GIs, le lU
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dans son appartement, mais le prince le regarda h peine.
G'6tait.la coutume des domestiques d'apporter k manger au prince pendant quMl dormait, et son sommeil ^tait profond. Quand la iille du roi eut 6puis6 les provisions qu*elle avail mises dans le Boeuf d*or, elle sortait sans bruit de sa cachetic et venail manger les plats destines au fils du roi. II s*aperQut que tous les mels qu'on lui servait 6taient entam6s, et 11 fit des reproches k son domestique :
— Comment, lui ditil, maintenant vous ne me servez plus que des restes I
— Mais non, r6pondit-il, tous les plats 6taient enliers quand je vous les ai apport6s.
Plusieurs jours se pass^rent, et toujours le prince s'apercevait qu*c>n avail touch6 h, son diner; il se dit:
— II faut que je fasse semblant de dormir ; mais je ne fermerai les yeux qu'cl moiti6 el je saurai qui a Taudace de venir me voler j usque sous mon nez.
D^s que le domestique eut apport6 le diner, le prince vit une jeune personne sortir du Boeuf d*oret se mettre h manger. Quand elle eut fini, il fit semblant de se r6veiller, et il lui dit :
— e*est done vous qui venez tous les jours goiiter h mes plats? restez h diner avec moi.
lis se mirent h manger, et il la trouva si jolie que lui qui ne pouvait soufTrir personne, il commenQaklui sourire et h lui parler. Quand le domestique vint chercher les restes du repas, il fut bien surpris de voirle prince assis k la table k c6t6 d^une jeune fille.
— Priez mon p5re de venir ici, dit-il au domestique. Le roi vint aussit6t, et.quand il vit le prince k c6t^
de la jeun6 fille, il fut bien content, car il la trouvait jDlie comma un jour.
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— H^ bieo, mon fih, lui diUil, cette belle demoiselle teplail done?
— Oui, mon pfere, r^pondil-il.
— En ce cas, il faut I'^pouser.
— Je le veus bien, si elle y consent.
La princesse r^pondit qu'elle le voulait bieo, cnais qu'il Fallait obtenir le consentement de son phre qui Maitaussi unroi. Sonpfere ne voulait pas d'abord, tit iidisaitquesit flileluiavait promisdel'^pouser le premier ; mais on le pressa tant qu'il nnit par consenlir au mariage de sa fllle avec le prince d'Espagne, et ai6me ilvinl k lanoce.
Rienn'y manquait; il y eut un lepas cossii oiU'on Tit les g^n^raux et les amirauz en graode tenue. La prince ct la princesse v^curent heureux ensemble, et s'ils ne sent pas morts iUvivent encore,
Canxi en ISSO par Francois Depays, de Saint-Cul, picheur, tge de GO ana environ.