LA SERAINE DE U FRESNAYK
— Retourne k ta maison, lui r6pondil-elle, je t'as* sure qu'il y a maintenant chez toi da pain et da beorre a discretion.
Quand il arriva chez lui, sa femme lai dit qa'an monsieur ^tait venu apporter uil gros tonrteaa de pain et une forte mottede beorre. Cejour-li, ilsmang^rent tous k leur faim.
Peu apr^s, il fit grand froid, et les enfants da sabotier n^avaient que de pauvres habits lout perc^s ; 11 alia trouver sa Seraine et lui dit :
~Ma Seraine, comment faire? jen'ai point d*argent et rien h mettre sur le dos de mes petits enfants.
— Retourne chez toi, r^pondit-elle; dans qaelqaes beures, tu vas avoir de quoi les y^lir chaudement.
Quelques heures apr^s, arriva de Paris an gros paqoetpour le sabotier, oh il trouva du linge, des lainages, et jusqu'^ des poup^es pour les petites filles. Les enfants et leurs parents farent bien v^tus pour tout leur hiver.
Le sabotier alia remercier la Seraine qui lui dit : ' — Je suis une reine enchant^e, tu m*as prise, et tu ne m'as pas tu6e ; pour te r6compenser, tu seras heureox jusqu*k la fin de tes jours, et tous les tiens avec toi.
Le sabotier v^cut jusqu'^ un kge avanc^, et ses enfants devinrent tout k fait riches.
Gont^ en 1880, par Addle Durand, de Saint-Cast, coutaridre, ig^e de 25 ans ; elle a eatendu falre ce r^cit h, son grand-pdre, mort k un Age avanc6.
LA IIOULE DE LA TEIGNOUSE W
Dans la Houle de la Teignoase sodI les chambres des fSes : c'est Ik qu'elles demeuraient au temps jadis, el Ton j voit encore les pierres taitl^es en forme de Uble, autour desqnelles les bonnes dames s'asseyaienl pour prendre leurs repas.
Une de ces f6es, qui s'appelait Truilonne, avail pris en affection deux jeunes mari^s de Pl^venon, et, quand it leur naquit une fllle, elle fut sa raarraine. Elle accorda h sa filleule le don de la beauts, et elle pr^dil ti ses parents qu'un jour, k cause de sa joHe ligure, elle ferait un ricbe mariage.
La filleule de la Ke embeilissait tous les jours, et, quand elle eut atteint I'&ge de quinze ans, elle ^tait la plus belle fllle de la paroi^se. Aussi les galants venaient de tous cbi6s la voir, et parmi eux un jeune homme riclie qui lui plaisait mieus que les autres. Tout le monde pensait que s&rementil se marierait avec elle ; aussi il allait et venait librement dans la maisOD, commeun flanc4.
Un jour qu'il arrivait de grand matin, il trouva sa bonne amie qui dormait, et il vit que sa boucbe entr'ouverle 6tail pteine de vers. II ne la r^veilla pas, mais, irks surpris de ceprodige, il alia k confesse pour raconler au prfitre ce qu'il avait vu et lui demander
(1) I^ grotcn oa Honle de U Teiitnaiue est sitato dsni I'lnse CiKuniiierB, Bnlrelectp rriheleilerorl la Lattei Je netils I lui vient co iiom, qui veut dire teigneutt en pttoia giiUot.
LA HOl^LE DE LA TEIGNOUSB.
coDseil. Son confesseur lui dit que, si la jeune fi avail des vers dans la boaohe, c'est qu'elle n'avait p itibaptis^e; mais qa'ils disparaitraient d^s qu'e aurait reQu le sacrement du bapt^me.
Le jeune homme ne retourna plus voir sa bon amie : elle en fut bien chagrine, et alia se plaindn sa marraine. La fde Truitonne, sans rien dire ^ iilleule, emmorphosa son galant, sauf yotre respe< en cochon. II demeura longtemps sous cette form tous les jours il venait grogner d'un air plaintif h porta de la jeune fille, et, quand elle allailaux cham] il la suivait comme un animal apprivoisi.
Un jour la filleule de la Ue vint chercher de Ye ^unefontaine qui est aubord de lafalaise, et elle auprts une belle dame, vfttue comme une princes; qui lui dit :
— Bonjour, mon enfant.
•^Bonjour, Madame, r6pondit la jeune fille.
— Voulez-vous me donner h boire un peu de Te Claire de cette fontaine ?
— Volontiers, Madame.
Bile riuQa son pot avec soin, et, apr&s TaVoir rei pli d*eau h la source, elle le pr6senta h la dame q but nne gorg^e et lui dit :
— Je te remercie, mon enfant; pour te r^compen; de tapolitesse, je vais te donner une baguette qu beaucoup de pouvoir et que tu seras bienaise de p sMer. Tu vois souvent, n'est-ce pas, un petit coch qui vient grogner devant ta porte, et quite suit par to
— Oui, Madame, et parfois il me regarde com une personne.
— C'est le jeune bomme qui autrefois te faisai
•il LA ilOULE DE LA TEIGNOUSE.
cour ; et ta marraine I'a ainsi emmorphos^ pour le punir de t'avoir ubandoaa^e. Quand tu le reverras, si tu veux qu'il reprenne sa premifere forme, tu le frapperas trois Fois avec la baguette eo disaot: n Par la verlu de ma petile baguette, cesse d'6tre cochon, et redeTienshomnie. n
La jeune fiUe rmuercia la f^e, et elle s'en alia bien contente. Qivind elle revit le petit cochon, elle le frappa trois fois en proaooQant les paroles que la f£e lui avail apprises, et elle Tit devant elle son galaot cjui lui liL miJIc amiUis.
Le Icndemain, elle retourna ii la fontaine; la f^e y filait encore, et elle Ini dlt :
— As-lii fait ce que je t'avais conseill6?
— Oui, Madame,
— Elqu'as-lu vu?
— Un beau jeune homme, mon galant d'autrefois, qui a la mine d'un prince.
— Conserve bien ta baguette, ma fille, et ne dis h personnc, pas mdme h ton bon ami, de qui tu la liens. Par elle tu poarras le procurer tout ce que tu d^sireras.
he jour d'apre^, la jeune fillejoua de sa baguette, en soubaitanluii beau cbflteau,ellL Tins tan t la pauvre demeure de stis ])arents fut cbang^e en une maison belle comoie cclle d'un seigneur.
La marraine ile lajeuneflllevint la visiter dans son
chAlcuii; d'un coup de baguette, elle lui donna de
riches vfttenionls, et la rendit encore plus belle qu'elle
n'^tait. To us les jours, le jeune bommevenail la voir;
<,emps api'^s, il I'^pousa, et ils furentfl jamais
beureux.
LA flOULK DK LI TEIGXOUSE. 23
La f^e avait dit k la jeune fiUe que la fontaiae oil elle s*£tait d6salt^r6e ga6riraitd§sonnais de toates les maladies ceux qui boiraient son eaa oa qui se laveraientavec. Elle avail frappe on coup de bagaeite, et il 6tait poass6 sur les bords de ia mandriale{i); ies gens de Pl^venon anxqnels la jeune fille raconta qa*elle avait Yo la f§e, venaient k la fontaine cueillir cette herbe, et nagu^re if s y allaient encore.
(1) Sorte de foagerote.
Gont£ en 1S80 k Smint-Cast, par Soolastiqoe Texier, reare Dannd, de Pl^Tenon, &g6e de 72 aos.
EHe avait appris ce conte, 6Unt toate jeone, d*ane femme tr^ igie, mats qui avail bonne m^moire, et racontait le soir beancoup de conies de Tancien temps. La Houle de la Teignoase est en Plivenon, dans la falaise eotre le cap Fr^hel et le cbiteaa de laLatte.
Bans la F^ et le Marin^ n* XXII des Contes popnlaires de la Haate-Bretagne, il est anssi question d*ane jeune fille qai dort la boache onverte et remplie de tots, parce qa'elle n*a pas 6tj& baptist. D'apr^s on aatre conte : la Mort des fies, toates les f<te oot des petits vers dans la boacbe, parce qu^elle n*a pas M tooch6e par le sel da baptdme.
Une femme de Saint-Gast, nomm^e Marie Darand, &g4e de 80 ans, m'a racontd asses confas^ment an petit conte qui n'est qaele commencement decelui-ci. Settlement le galant qui s'^tait d'abord Eloign 6, revint an boat de quelque temps voir la jeune f^e qui lui dit : — Vous m'avez vae endormie, et des vers plein la boache? — Oui. — Vous avez eu la bouche saI6e, et mo pu, dit-elle, en signifiant par Hi qa*elle n'avait pas et^ baptis^e
LE PAIN DES FfiES ET L'C^IIL DE CRISTAL
til y avail une fois h Saint-Cast, une femme qui n'elait pas riche; on jour line mendiante se prfisenta
f &sa porte, et lui dit:
, — Charity, s'il vous plait,
m — All I raa pauvre fename, r^pondit-ellej tous 6tes
5 bien mal lomb^e ; il n'y a giifere de pain chez nous;
mais jc ne voudrais pas vous refuser, et je vais vous en oouper un petit morceau,
' — Ja vous remercie, dit la mendiante ; si je vous
ai demand); la charitfi, c'6tait pour voir si vous aviez bon cceur; car je n'ai besoin de rien. Tenez, voici un cbanteau de pain que je vous donne; vous pourrez en couper pout vous et pour vosenTantstant que vous voudrez; le morceau enlev4 repoussera aussittit et il sera loujours Trais; mais si vous en faisiez manger k d'auti'es personnes, il diminuerait comme un cbanteau ordinaire.
Cette femme £tait borgne ; la mendiante, qui itaii une fSe, lui mit aussi un ceil de cristal et lui dit :
— Voici nn ceil que je tous donne, et qui sera aussi bon quecelui que vous avez perdu; mais ce que
I vous verrcz par cet oeil-lil, il ne faudra jamais le dire.
/ La fSe s'en alia, et la femme 6tait bien contente;
f elle avait beau couper dans le cbanteau de la tie, il
, ne diminuait point, et comme elle n'avait pas besoin
*^ d'acbetcr de pain, elle se mit h son aise.