LE PAIN DES F£ES ET L'CEIL DE GBISTAL
Un jour sa comm^reTint la voir et lui dit:
— Tu t'es bien enrichie depuis quelque temps?
— Oui, r6pondit-elle sans penser, je suis mieux maintenant que je n*6tais. Veux-tu manger un morceau?
— Oui, dit la commdre.
— Ah I je ne sais pas oti j*ai mis mon couteau.
— Tiens, voilh le mien.
Elle coupa un morceau dans le pain des f6es;'mais celte fois il ne repoussa plus, et le chanteau s'en alia comme un chanteau ordinaire. Alors seulement elle sesouvint, mais trop tard, de ce que la f6e lui avail recommand6.
Un jour qu'elle 6tait all6e au march^ de Matignon, elle vit par son ceil de cristal une femme qui prenait sur Tetalage des boutiques tout ce qui lui convenait, etpersonne ne lui disait rien.
— Ah I s'6cria 6tourdiment la femme de Saint-Cast, comment yous laissez-vous ainsi voler k votre nez?
Mais les marchands avaient beau 6carquiller les yeux, ils ne voyaient pas la voleuse. Celle-ci qui 6tait la f6e, se retournavers elle et lui arracha son o&il de cristal en disant :
— Tu as fait ce que je t' avals d^fendu ; tu viens de patler de ce que tu voyais par ton oeil de cristal, tu as coup6 pour une 6trang^re un morceau du paio que ^^ Vavais donn^; maintenant tu mourras defaim.
ContSen 1880, par Joseph Mac4 de Saint-Cast, mousse, &g6 de H ans.
V^pisode de Toeil enlevd se retrouve dans d'antres contes du P^yi gallot; dans la Goule is fiesy que j'ai publi^e en patois dans la Liiteraiure ovale de la Haute-Bretagne, page 19; dansla/Tou/e CosseUf page 24 du m6me volume, un p^cheur de Saint-Jacut qui ft'^tait frott4 un coil avec la pommade des f^es et les reconnais.
26 LE PAin DBS FfiES ET L'CEIL DE CaiSTAL. ■ sail sous tous iBurs dfguUetnenu, > reell arracliA psr une 16^ qui psradiit sut* Teatrade d'one baraque de saltimbanqaes. La. bonne remmc qui dans le conte de la Goule it fee> s'fiuit frott^ aani I'aal avec de la pommade, ajrtnt dinonci one t&e qui volaiE. et que seulc elle .iperCeTait, perd aussi I'ceil qui itait devenu clairToyant. La nourrice de VEnfant de la fee, a' XV]I rteB Contes popDlairea de ]a Haute-ltretsgne, qui a'dtsit augsi frottS les yeux. eel punio mains s^v^rement de son indiscretion ; mais les f^sa lui enleviirent son nQiirrisson etles presents qu'elles lui avaientfaits. II en est de mgrne dans li Hoult de CMlin, n* VII du pr^senc volume.
II 6tait une fois un homme et ane femme qui ne demeuraient pas loin de la Houle Saint-Michel d'Erquy. G'^taient de pauvres gens qui labouraient una petite ferme, et lis avaient bien du mal k manger du pain; mais leur plus grand chagrin 6tait d'avoir un enfant qui 6tait innocent ^ et qui h T&ge de quinze ans n'avait encore jamais ni parl6 ni march6. Us en 6taient bien d^sol6s, et lis auraient donn6 tout au monde pour que leur ills devint semblable aux garQons de son ige.
Souvent la nuit ils entendaient une voix sourde qui semblait venir de dessous leur foyer ; et, comme ils y ^taient habitues, ils ne s'en efPrayaient gu5re. Mais une nuit ils ouirent un son qui ressemblait aux cris d*un cochon.
— £lcoute, dit la femme k son mari, je crois que les f6es sont k luer leur cochon; Tentends-tu crier?
Le mari pr6ta Toreille et 11 ou'it aussi la voix. Le lendemain matin, quand la fermi^re alia pour porter k manger k son cochon, elle ne le trouva plus dans la sou (2), et elle vint dire k son mari que le cochon avait disparu.
(1) La Houle Saint-Michel est en Erqay, canton de Pl(§neuf (C6tes-du-Nord), pays oh il y a plusiears houles, dont les plus considerables sont celle-ci et la Houle de Galimoux.
(2) Nom que portent en Haute-Bretagne les Stables oa refuges k pores.