L'INSTRUCTION ET LE JUGEMENT
— Mon pauvre Jean, tu as bien fait de tuer r6pervier qui me poursuivait; tu n'as gu^re d*esprit; mais tu as bon coeur. Pour le r6compenser, je vais te donner h choisir entre deux dons : tu auras h. ton choix I'instruclion ou le jugement ; r6&echis bien.
— Je veux rinstruction, r6pondit Jean.
— Pense h ton choix, dit la Ke; si tu prends Tinstruclion, tu pouiras Ven repenlir.
— Cela ne fait rien, r^pliqua Jean, je veux 6tre instruit pour qu'on ne m'appelle plus Jean le Diot.
Elle le toucha de sa baguette, et d^s qu'on lui dcmandait quelque chose il le savait, et il en disait les raisons; les gens 6taieut 6tonn6s, et ils disaient :
— Oil diable a-t-il 6t6 pour apprendre tant de malice?
Le notaire du pays avait besoin d'un clerc ; il entendit parler d'un gargon de ferme qui 6tait savant comme tout; il lui proposa d*6tre son clerc, mais quand Jean fut chez lui, il 6tait plus savant que son maltre, et^ chaque fois que celui-ci lui commandait quelque ouvrage, il r6pondait :
— Je sais cela ; et il disait tant de raisons, tant de raisons, sans jugement, que le notaire finitpar s'ennuyer, et il lui dit :
* — Allez-vous-en oil vous voudrez, je n'ai plus besoin de vous.
Le pauvre Jean retourna h la forftt, et h. peine y fut-il arriv6, qu'il vit venir la belle dame qui lui dit : . — Je savais bien que tu te serais repenti d'avoir choisi rinstruction, n'^tant pas plus fln que tu ne Tes.; je vais te la retirer et te donner h sa place le jugement*
La dame le toucha avec sa baguette, puis elle disparut,* et il ne la revit plus jamais.