‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 8 sur 91 · LE PAIN DES F£ES ET L'(EIL DB CRISTAL · texte numérisé non relu

LE PAIN DES F£ES ET L'(EIL DB CRISTAL

gait saoB toas leurs d£gulsemanta, ■ I'telt »rracli£ par one t6a qai paradilt sot I'estrade d'une baraque de Baltim ban quel. La bonne femme qui dane la conte de la Goale it fies s'^tait frottS aussi I'lBil svac de la pommade, ayant d£noLic£ une Ke qui volait et quQ siiulc ellB apercevait, perd aussi I'cblI qui ^tait dercnu clairvLiyant. La uourrice de VEnfantde la fie,a' XVIIdes Contea popolaires do la Haute-Bretagne, qui a'^tait augai frott^ leg yeux, est punie moins g^Tirement de son indiacrfition ; maig les T^es lui enlevirent !<Dn nuurriason et les prrisenta qu'elles lui avaient faita. 11 en Gst do infeme dftns la Boule de CMlin, n* VII du present volume.

II £tait une fois un homme et ane femme qui ne demeuraient pas loin de la Houle Saint-Michel d'Erquy. C'^taient de pauvres gens qui labouraient une petite ferme, et ils avaient bien du mal k manger du pain ; mais leur plus grand chagrin 6tait d*avoir un enfant qui 6tait innocent j et qui h T&ge de quinze ans n'avait encore jamais ni parl6 ni march6. Us en ^taient bien d6so]6s, et ils auraient donn6 tout au monde pour que leur filsdevintsemblable aux garQons de son ^ge.

Souvent la nuit ils entendaient une voix sourde qui semblait venir de dessous leur foyer ; et, comme ils y ^taient habitues, ils ne s*en effrayaient gudre. Mais une nuit ils oui'rent un son qui ressemblait aux cris d'un cochon.

— Ecoute, dit la femme h son mari, je crois que les f6es sont k luer leur cochon; Tentends-tu crier?

Le mari pr6ta Toreille et il ouit aussi la voix. Le lendemain matin, quand la fermi^re alia pour porter h manger h son cochon, elle ne le trouva plus dans la sou (2), et elle vint dire k son mari que le cochon avail disparu.

(i) La Houle Saint-Michel est en Erqay, canton de Pl(§neuf (C6tes-du-Nord), pays oil il y a plusiears houles, dont les plus considerables sont celle-ci et la Houle de Galimoux.

(2) Nom que portent en Haute-Bretagne les Stables oa refuges k pores.

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38 La noULE SAnrr-HlCHEL.

— Ce 3oiit, rSpiinditHl, lea Efies qm ooas I'ont en.lev^i c'l^Liit liii ipie nous avona entendu crier cettenull. Je vais dematoonacleapierreadufoyer, et m'm.troduiredans leiii- grotte.

II ae tnit aus^itcit k I'onvrage, et tpund il ent tra.yaxM vingt minai^s eoviron, il enteHdlt aortir de dessous terre nne voix qni loi cria :

— Cease ta hftsojneetneva, pas plus loin; celien-ci est un endroii ^r-ret ah I'lioiDnie ne doit pas aller. Tiens, void hup. ! ourse ; regarde ce qn'elle coatieat, c'est pour achetfir nn cochoQ i la place de celai qai fa ^li^ pris. Quam! tii auras besoin de quelqae chose, ta nous le dem.ii.iieras; mais ne dis jamais i personne que nois demenrons ici; ta Tie n'est plos, si tu as le malhein- ile bavarder.

L'homme prit. l.i bourse qui setronrasnrlespiCTres du foyer, et. il l-avrit: elle contenait cent pieces d'or.

— Merci, mes bonnes dames, s'£cria-t-il ; quand vous aurez ticsoin d'an autre cochon, ne vous gteez pas et prenez-lft p-inr le mfime prix.

Avec I'argenL i\::i f§e3, Jean et sa femme acbet^rent nti autre c.ochon, et il lenr resta encore de quoi se mettre i\ laise. IN ^taient Men contents de ce que les fees leur av;ii< nt donn6, et ils se gardaient bien d'en parler k flmc qui yne.

Ils itvuienl aus^i denx vacbes; et, qnelqne temps aprgs, I'une d'elles disparnt:

— Ah ! dit la femme, ce sent encore les ftes qui I'ont prise ; il ne Taut pas nous d^soler, car elles ont paye R^n^reasement notre cocbon.

— Je vais toujoufs frapper sur le foyer pour les aTertir, Mpondit Jean.

11 avait beau cogner, il n*oblint point de i^ponse; *^ '1 semit i crier : Madame! madamelaMel II

LA HOULB SAINT-MIGBEL. 29

appela plusieurs fois sans se lasser ; & la fin une voix sortit de terre et lui demanda ce qu'il d^sirait .

— Je Youdrais bien, r6pondit-il, que Yoas me donniez de quoi ayoir une vache.

— T*es-tu aperQu que la tienne manqnait? dit la ¥oix.

— Oui, r6pondit-il.

— Eh bien, tiens; voici encore une bourse.

Le fermier acheta une autre vache, et se mil encore plus k son aise ; tout le monde d'Erquy se demandait oh Jean prenait tant d*argent ; mais il se gardait bien de parler des f^es.

Qaelque temps apr^s sa femme tomba malade, et elle fut obligee de se mettre au lit ; un jour qu'elle iidli seule et qu'elle se d^solait en songeant h son paavre enfant qui 6tait innocent et infirme, elle vit la pierre du foyer s6 souleiyer, et une belle dame se montra devant elle >

— Qu'as-tu, demanda-t-elle k la femme, hie d& soler de la sorte?

— Ah 1 ma bonne dame, r^pondit la fermi^re, je sens que je vais mourir, et j'ai un grand chagrin de laisser aprSs moi un pauvre innocent qui n'a jamais mparl6ni march6.

— Je ne puis, dit la f6e, t'empftcher de mourir; mais je rendrai la parole k ton fils; 11 marchera et cessera d'Mre innocent. Void une petite bouteille; tu yas lui frotter la plante des pieds, et il sera gu6ri.

— Ah I Madame, je suis trop faible pour me lever; ne pouvez-vous gu6rir Tenfant vous-m6me ?

— Non, r^pondit la fie, cela m'est d6fendu.

La mdre se leva k grand'peine; elle frotta avec Tonguent de la bouteille la plante des pieds de son fils, et aussitAt il commen^a k marcher, lui qui n'avait jamais pu faire un pas.

26 LE PAIN DES Fl^ES ET L'CEIL DE CRISTAL.

salt sous tous leurs d^guisements, a Teeil arracb^ par une f^e qui paradait sur I'estrade d'une baraque de saltimbanques. La bonne femme qui dans le conte de la Goule is fees s'^tait frott^ aussi Toeil avec de la pommade, ayant d6nonc4 une f6e qui voiait et que seule elle aperceYait, perd aussi Toeil qui 6tait devenu clairvoyant. Lanourrice de VEnfantde la fee,n'* XVHdes Contes populaires de la Haute-Bretagne, qui s'^tait aussi frott4 les yeux, est punie moins s^v^rement de son indiscretion ; mais les f^es lui enlev^rent son nourrisson etles presents qu*elles lui avaientfaits. II en est de m^me dans la Houle de CMlin, n* VII du present volume. .

LA HOCLK smr-ncBiL. ^

appela plasieors fois sans se lasser ; i !a fin nne Toix sorlit de terre et lui demanda ce qnll dfsirait .

— Je Toadrais bien, rtpoodii-fl, qne toos me donniez de qaoi aToir one Tache.

— Tes-ta aperQa qne la tknne manqnait? dil la Toix.

— Oui, r£pondit-il.

— Eh bien» tiens, Toici eneore one bourse.

Le fermier achetauneaatre Tache, et se mil encore pins k son aise ; tont le monde d*ErqiiT se deman* dait oti Jean prenait tant d*argent ; mais il se gardait bien de parier des Kes.

Qaelqae temps apr^s sa femme tomba malade, et elle f ut obligte de se mettre an lit ; un jour qn'eUe iiait seule et qn'eUe se d^solait en songeant k son pauvre enfant qni £tait innocent et infirme, elle Tit la pie pre dn foyer se sooleTcr, et one belle dame se montra deTant elle :

— Qu'as-tu, demanda-t-elle k la femme, k te d6soler de la sorte?

— Ah ! ma bonne dame, r^pondit la fermi^re. je sens qne je vais mourir, et j*ai un grand chagrin de laisser aprSs moi un pauTre innocent qui n'a jamais dI parl6 ni march£.

— Je ne puis, dil la ffie, t'empftcher de mourir; mais je rendrai la parole k ton fils; il marchera et cessera d*6tre innocent. Voici une petite bouteille; tu Tas lui frotter la plante des pieds, et il sera gu6ri.

— Ah! Madame, je suis trop faible pour me lever; ne pouTez-voos gu6rir Tenfant Tous-mfime ?

— Non, r6pondit la f*e, cela m'est d^fendu.

La m^re se leva k grand'peine; elle frolta avec Tonguent de la bouteille la plante des pieds de son fils, et aussit6t il commen^a k marcher, lui qui ,|»^^ vait jamais pu faire un pas.

— Ce sont, r6pondit-il, les f6es qui nous Tont en- ]ev6; c'6tait lui que nouS'avons entendu crier cette nuit. Je vais d6maQonner les pierres du foyer, et m*introduire dans leur grotte.

II se mil aussit6t k Touyrage, et quand il eut travaill6 vingt minutes environ, il entendit sortir de dessous terre une voix qui lui cria :

— Gesse ta besogne et ne va pas plus loin ; ce lieu-ci est un endroit secret ou rhomme ne doit pas aller. Tiens, voici une bourse ; regarde ce qu*elle contient, c'est pour acheter un cochon k la place de celui qui t'a ^t6 pris. Quand tu auras besoin de quelque chose, tu nous le demanderas ; mais ne dis jamais h personne que nous demeurons ici; ta vie n'est plus, si tu as le malheur de bavarder.

L'homme prit la bourse qui se trouva surles pierres du foyer, et il Touvrit : elle contenait cent pieces d'or.

— Merci, mes bonnes dames, s'6cria-t-il ; quand vous aurez besoin d'un autre cochon, ne vous g6nez pas et prenez-le pour le m6me prix.

Avec Targent des f6es, Jean et sa femme achet^rent un autre cochon, et il leur resta encore de quoi se mettre h Taise. lis 6taient bien contents de ce que les fdes leur avaient donn6, et lis se gardaient bien d'en parler h tme qui vive.

lis avaient aussi deux vaches ; et, quelque temps apr^s, Tune d*elles disparut :

— Ah ! dit la femme, ce sont encore les f^es qui Tout prise ; il ne faut pas nous d^soler, car elles ont .pay6 g6n6reusement notre cochon.

— Je vais toujours frapper sur le foyer pour les avertir, r6pondit Jean.

11 avait beau cogner, il n^obtint point de r6ponse; alors il se mit h crier : Madame I madame la f6e I II

LA HQULE SAINT-MiGHEL. 29

appela plusieurs fois sans se lasser ; k la fin une voix sortit de terre et lui demanda ce qa'il d^sirait .

— Je Youdrais bien, r^pondit-il, que Toas me donniez de quoi avoir une vache.

— T'es-tu aperQU que la tienne manquait? dit la voix.

— Oui, r6pondit-il.

— Eh bien, tiens; voici encore une bourse.

Le fermier acheta une autre vache, et se mit encore plus k son aise ; tout le monde d'Erquy se demandait oh Jean prenait tant d'argent ; mais il se gardait bien de parler des f6es.

Quelque temps apr^s sa femme tomba malade, et elle fut obligee de se mettre au lit ; un jour qu'elle ^tait seule et qu*elie se d^solait en songeant k son pauvre enfant qui 6tait innocent et infirme, elle vit la pierre du foyer se souleiver, et une belle dame se montra devant elle /

— Qu'as-tu, demanda-t-elle k la femme, & te d^ soler de la sorte?

— Ah 1 ma bonne dame, r^pondit la fermi^re, je sens que je vais mourir, et j*ai un grand chagrin de laisser aprSs moi un pauvre innocent qui n'a jamais ni parl6 ni march6.

— Je ne puis, dit la f6e, f empftcher de mourir; mais je rendrai la parole k ton fits; il marchera et cessera d'fttre innocent. Voici une petite bouteille; tu vas lui frotter la plante des pieds, et il sera gu6ri.

— Ah I Madame, je suis trop faible pour me lever; ne pouvez-vous gu6rir Tenfant vous-mfime ?

— Non, r6pondit la fie, cela m'est d6fendu.

La m^re se leva k grand'peine; elle frotta avec ronguent de la bouteille la plante des pieds de son fils, et aussitAt il commen^a k marcher, lui qui n'avait jamais pu faire un pas.

36 LA. HDCLff ^37-

— Frotte-ini maintenant ^ 'imgim. £t la fie.

His qne rongneat nC ^m:&t! la Juistu da jenue gais, il se mil a parier, A u. Jp^doLC f-ifBn et Papa.

— Frotte4ai t« ran. jainm;mii;i Li S*.

Quand 3«« yeax eomit ei^ ^:c:«a aiiec la pommade, il ee^^ d'ters tam:t:ttiiL ec -1 parUit de tout comme un ^oroici^ *^i! ^O- ^^-

— Je \i>as remcfue. mn bcoiu •iime, dit la mtre ; maioteoeDt je pais moanr taai^-iU^-

— Tame reawttujs tvp iJc rep^ccit lafee; jelui ai rendu la sante et ii ni&ca^ ^e rjis Ici donner son pain de reute.

£Ue fit priK«at aa jeone ^miiw <i'aae petite baguelle et iui dit :

— Tout c« ijutf ta dei&a::<ien£ a <»tte bagaetle, lu Tauras; niaU 1 la ifoa<ii~<:a upa to n'on paries jamais. Toili it dernier simiiat t^z-e ye reads dans Gniuy; aiAiuteaaut je t^ aller cuif an autre pays.

La f^ dispanit aloi^. et j.uii.t:£ oa ne la reme. La mistQ uourul coDlente. et ap»s &a mort son fils rosta Bveo son p^r«: la ta£-,ieUe ieor porta bonbeur, depuis iU furent ti>uji>ars 1 leor aU«, et s'Os ne soot pas Diorts, Us Tirenteno^ve.

UotilO eii \M9, pu- Rom R«M34 *e Su^i^Cast. qui tieot cs '

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