‹ Contes populaires de la Haute-BretagneChapitre 70 sur 91 · LE DOREUR ET LE DIABLE · texte numérisé non relu

LE DOREUR ET LE DIABLE

II y avait une fois im recteur qui fit b&tir uae ^glise neuve, puis il Torna de boiseries sculpt6es et d'autels sur lesquels on voyait des saints en bois. Mais quand il s'agit de les dorer, il ne trouva pas de doreur assez habile. Gomme il demandait partout h qui il pourrait s'adresser, on lui dit que personne n'6tait plus capable de dorer les sculptures que le p^re Thomas, qui demeurait dans une forftt.

Le recteur dit h ses fabriciens de monler k cheval et d'aller parler au doreur. A Tentr^e de la forftt, ils virent une vieille cabane d61abr6e, et ils se dirent : a Bien silr ce n'est pas 1^ qu'il demeure. » Et voyant h la fen^tre un homme de pauvre apparence, ils s'adress^rent k lui.

— Bonjour, mon brave homme, dirent-ils ; pourriez-vous nous enseigner oh demeure Thomas le doreur?

— Thomas le doreur? c'est moi, r^pondit-il.

— Nous venons vous chercher pour dorer les sculptures d'une^glise, car on nous a parl6 de vous comme d*une personne habile dans son m6tier.

— Je ne demande pas mieux, dit Thomas, si nous nous arrangeons.

Les fabriciens attach^rent leurs chevaux k des arbres, et ils entrferent dans la cabane. Ils ftrent voir

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les plans au doreur, et, quand il les cut examines, ils laidirent :

— Combien tous faudrait-il pour fatre cet ouvrage ?

— Deux cent mille francs, ripondit-il.

— C'est plus que nous ne pouvons mettre ; si vous le voulez, nous nous arrangerons pour cent quatreviogt mille francs.

— Soil, r^pondit le doreur.

11 signa rengagement et promit de se mellre k i'oeuvre dans quinze Jours.

Quand les fabriciens furent partis, il dit it sa femme de chercber ses feuilles d'or ; mais ils ne purent en troaver en tout que quatre.

— II faudra.lui dit sa femme, denianderde I'argeiit au recteur.

— Non, r4pondit-i1, je ne veux pas lui eo demander maintenant.

— H6 bienl dit-elle, il y a ua monsieur qui a maintes fois voulu acheter la bonne Vierge qui est daus une niche au-dessus de noire porte; Je vais la lui monlrer et lui dire que nous voulons bien la lui vendre ; sans doute, il nous en donnera un bon prix.

Mais quand la femme arriva k la maison du mcnsieur qui avail euenvie de sa bonne Vierge, on lui dit qu'il flail absent, e telle a'en retoiirnabienmarrie; car il n'y avail plus d'argent k la maison, et elle ne savait commenlnourrir ses treize enfants ct acheter des feuilles d'or pour les boiseries de I'^glise'.

Thomas le doreur se d^solait encore plus qu'elli et il pensait.^ un seigneur du pays h qui tout '■i-

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sissait, parce que, disait-'OU, il avail fait uti pacte avec le diable, et tous les soirs le compare (1) venait le voir dans une tour de son chateau qu*on appelait h cause de cela la Tour Maudite.

— Comment faire? se disait le doreiir : je n'ai plus qu'urie ressource, c'est d'appeler le compare de Monseigneur; on pretend qu'il lui fournit de Targent et de Tor h foison. II faut que j'en aie aussi moi, quand je devrais me donner au diable.

Aussit6t, il vit devant lui un beau monsieur qui lui dit :

— H6 bieni es-tu d6cid6, Thomas?

— A quoi ? r6pondit-il.

-— A me vendre ton ^me pour de Tor.

— Oui.

— Alors trouve-toi ce soir k onze heures h la Tour Maudite.

Le monsieur disparut, et Thomas alia se coucher, bien tourment^ de ce que le diable lui avait dit, et sa femme Tentendait se remuer et s'agiter.

A dix heures, il se leva et arriva k la Tour Maudite; quand il en ouvrit la porte, le seigneur qui croyait que c'6tait son compare le diable, lui dit :

— Vous venez de bien bonne heure aujourd'hui. Mais aussitdt il reconnut le doreur et lui dit :

— C*est vous, mailre Thomas, qu'6tes-vous venu chercher ici ?

— De I'argent que doit me donner votre compare.

— Ah! dit-il, vous n'6les pas retir6 de ses griffes. Le diable arriva quelques instants apr^s et dit k

Thomas :

— As-tu chang6 d'avis ?

— Non, r6pondit-il.

(1) On appelle famiU6rement lo diable c le comp^e »,

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Le diabie se mil a rire =1 fort que les vilres Iremiiiaient,

- Donne-lui I'or qu'il demande, dUil au seigneur.

— Non, tu es plus riche que moi.

- c-e.l vra, mals a.ec I'or du diable on ne pent ■lorer les sainls. Cbepche-lui deVor qui le vienne de les parents. , ■ a-,

Avant de remellre Tor au doreor, le diable lui dit :

— Signe un engagement pour dix ans.

- Non, ripondil Thomas, je ne signe rien avant que tout mon ouvrage soit terminS.

— Soil, dit le diable, mail si 4 ce raomenl tu essaies de mo Iromper, je saurai me veoger.

Thomas parlil avec son argent; 11 aohela des teuilles d-or el se mil k I'ouTrage. Sa femme awl bien aoonSe et elle disait :

Oil a-t-il pu prendre avec quoi se fournir de lenilles d'or? On dit que le seigneur a un oompSra qui lui donne de I'argont; mats k coup sUr mon man ne s'esl pas adresa^ k lui.

Copendant fouvrage avaocait, el la dorure Stall 51 bellequedetousc6l6!onvenailpourlavoir-,ontaisa,t des compliments 4 Thomas et le jour oi la dernl6re FeuiUe Tut pos6e, le recteur lui dil :

Apporlez domain voire compte, el tous serei pay6. ...

Thomas pripara .on compte, et il la porte do 1 6gliseil vit le compiirequi lui dil :

— Maintenanl tu vas signer le paete.

— Non, pas encore.

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