LA MAUVAISE ETOILE
II y avail une fois une dame qui 6tail sur le point d' avoir un enfant. Un pauvre, qui ^taildans laniaison, dit:
— Si I'enfant pent encore tarder une heiire k venir, ce sera un bonheur pour lui, car sans cela ft t'flge de vingt ans il sera pendu les pieds en I'air et sera brlll§.
Peu d'instants aprfes I'enfant vint au monde, II gi'andit, m'ais, h inesurequ'ilprenaitdel'ilge, sam^re devenait triste et ne pouvait s'empficlier de pleurer en le regardant. U lui disail :
— Qu'avez-Tous k pleurer, ma mfere? est-ce que je vous ai fail de la peine?
Mais elle ne lui r^pondail point; I'enrant continuait & grandlr, et tons les jours ilallait<i I'^cole; sa mJre pleurait toujours. Quand il eut seize ans, i! lui dit:
— Ma m6re, je veux savoir pourquoi vous pleurez en me regardant; maintenant je ne suis plus un enfant, et vous devez me le dire.
— Ahl mon fils, r6pondit-elle; tu es ni sous une mauvaise ^toile, et un grand malheur doit I'amver: il Vige de vingt ans, tu dois gtre pendu par les pieds et brai4.
— Puisque c'est ma destinSe, dit-il, elle ne s'accomplira pas id, je ne veux pas faire tionte h ma famille, et je vais m'en aller au loin.
33i LA MAUVAISE ETOILE.
It partit, et, aprlis avoir longtemps march^, il eotra au service d^un homme riche, et, comme il ^tait doux et de bon caract^re, tout le monde Taimait bien. Ghaque jour, quand son service 6tait fini, il allait pri^r ^u pied du Galvaire, et il suppHait Dieu de d^tourner de lui son malheureux sort.
Le soir m6me oti il allait avoir vingt ans, son maitre le suivit pour voir Ce qu'il faisait tous les jours. 11 le vit prier au pied de la croix, puis s'endormir, et, pendant qu'il dormait, les anges descendiretit et le pendirent h la croix par les pieds sans le r^veiller, puis lis allum^rent une fou^e comme pour le brtller, mais ie feu ne lui faisait point de mal. Son mattre vit tout cela, et il partit pour s'en retourner chez lui, mais U marchait lentement en songeant h. ce qu'il avait vu.
Quand le garQon s'6veilla, il dit :
— Ahl je suis rest6 longtemps ici, mon maitre va me gronder.
Mais, quand il arriva h, la maison, son maitre n'^tait pas encore de retour. Peu apr^s, il rentra et dit h. son domestique :
— Tu n'es pas encore couch6; il est tard cependant.
— Non, r6pondit-il, je vous attendais.
— DSsormais, lui dit son mattre, tu peux6tre tranquille, ce qui devait t'arriver s'est accompli.
II lui raconta ce qu'il avait vu au pied de la croix, ^t il proposa h son domestique de Tadopter pour son fils.
— Non, r6pondit-il, ma pauvre mfere est & pleurer 1^-bas; il fautquej'aille la consoler; car elle doit roe croire mort.
II se mit en route et revint le plus vite qu'il put chez sa m^re : le soir mdme oti les vingt ans de son fils s'^taient accomplis, elle ^tait aussi all^e prier au pied d'une croix, et elle avait vu les anges y pendr^
LA HAUVAISE BTOILB. a3&
son enfant par les pieds, puis allumw aatour de lui un grand feu, qui ne le brAlait point.
EUe fut bien contenlo de le revoir, et ils v6ciii't!nl heureux tous les deiu ensemble.
ConU en 1880, an chtteau do la Saudraie en Peiiguilly, pai- Atig^Iique Lucas, de Sijnt'Gleii, domastlque, igie da 15 uns.