‹ Contes populaires inédits de la vallée du NilChapitre 18 sur 39 · LE CHEVAL ENCHANTÉ · texte numérisé non relu

LE CHEVAL ENCHANTÉ

| N roi avait un fils qu’il aimait beaucoup.

La mère de ce prince étant morte, 1 le roi se remaria. | ‘ Tout d’abord, la belle-mère du prince, jalouse de l’amour que le roi avait pour son fils, le persécuta; mais ensuite, comme le prince était fort beau et le roi fort vieux, la reine devint amoureuse de son beau-fils.

Cependant le jeune prince se tenait toujours éloigné de sa belle-mère.

Celle-ci résolut de l’empoisonner.

Elle prépara à cet effet un gâteau dont le prince raffolait et elle y mit du poison pour qu'il mourût le matin, dès qu'il en aurait goûté.

Le prince avait un superbe cheval qu'il

allait voir tous les matins à son réveil, avant déjeuner.

Ce matin-là, le cheval dit à son maître de ne pas manger du gâteau.

Le prince, en rentrant chez lui, mangea de tout, excepté du gâteau.

La reine voyant cela, devina que c'était le cheval qui avait avisé le prince. Elle déciaa aussitôt de tuer le cheval.

Pour cela, elle fait semblant d’être malade; elle dit que pour guérir il lui faut manger le foie du cheval du prince.

Le sultan ordonne de tuer le cheval et de servir le foie rôti à la reine pour qu’elle guérisse de sa maladie.

Le cheval voyant le prince en larmes et ayant appris le motif de son chagrin, lui dit de sécher ses larmes. d’aller chez le sultan et de lui dire: («© mon sultan, Ô mon père!

avant de faire égorger mon cheval, permetsmoi de le monter encore une fois et de faire une course avec lui. »

Le prince suit le conseil, de son cheval, va chez le roi et lui expose son envie de monter son cheval avant de le faire tuer.

Le roi ne voyant aucun inconvénient à satisfaire le désir de son fils, lui permet de monter son cheval uné dernière fois.

Le cheval ayant sur son dos le prince, galope sur la place du château une fois à droite, une fois à gauche, puis tout d’un coup il prend sa course, part comme une flèche, vole vers la campagne et disparaît en moins:

de temps qu'il n’en faut pour ouvrir et fermer les yeux.

Arrivé très loin, dans le pays d’un autre roi, le cheval s’arrête, fait descendre le prince et lui donne trois brins de paille.

« Chaque fois que tu auras besoin de moi, lui dit-il, tu n'auras qu’à brûler un peu un de ces brins de paille, et je serai à tes côtés. » Puis il disparaît.

Le prince tout triste dans ce pays étranger cache ses brins de paille, se transforme en jardinier et va chercher du service de par la ville.

Le roi de ce pays avait justement besoin, à ce moment-là, d’un jardinier habile; on lui parla de cet étranger. Il le fit venir, le vit et,

sur sa bonne mine, l’engagea,

Ce roi avait trois filles. Les deux aînées se couchaïent de bonne heure, mais la troisième veillait tard et avait coutume de regarder par sa fenêtre qui donnait sur le jardin.

: Depuis l’arrivée du nouveau jardinier, elle remarquait que tous les soirs, quand tout le monde était couché, un magnifique cavalier, monté sur un superbe cheval, galopait et faisait des tours et des détours dans le jardin royal.

Un soir, au clair de la lune, elle reconnut dans ce cavalier le nouveau jardinier.

Elle en devint amoureuse.

À quelque temps de là, le roi pensa à marier ses-filles qui étaient d'âge.

Les deux aînées choisirent chacune un seigneur, qui tous deux étaient jeunes, beaux et riches. La troisième demanda à se marier avec le jardinier du roi.

Le roi ne voulut pas contrarier le goût de sa fille et l’autorisa à contracter ce mariage. Mais ne voulant pas avoir à sa cour un gendre jardinier, il les maria sans noces ni musique et les envoya demeurer dans la hutte du jardinier, avec défense absolue de rentrer jamais au palais.

Pendant ce temps, les mariages de ses deux filles aînées se faisaientavec pompeet duraient quarante jours et quarante nuits, et chacune d’ellés prit possession d’un des deux magnifiques palais bâtis pour elles et leurs maris, en face même du palais royal.

Dès que les fêtes furent finies, le sultan voisin attaqua les États de ce roi. Une guerre acharnée s’ensuivit.

Les deux gendres du roi l’accompagnèrent à la guerre.

A la première bataille, malgré la présence du roi et de ses deux gendres, et malgré les prodiges de valeur qu'ils firent, les ennemis gagnèrent du terrain, lorsque tout à coup, un cavalier tout couvert d’une armure éclatante, en costume vert,.rouge et blanc, apparut monté sur un superbe cheval.

Il entre au plus fort de la mêlée et renverse tout sur son passage avec sa lance qu’il tenait en arrêt.

Son apparition rendit le courage à l’armée du roi, elle se rua sur l’ennemi avec tant d’élan que ce dernier se débanda. On en fit un

grand massacre.

Au moment où la bataille était définitivement gagnée, le cavalier inconnu reçut une blessure au bras et s’arrêta. Le roi qui était curieux de savoir qui pouvait être ce brave, descendit de cheval et alla lui-même panser sa blessure.

En lui attachant une bande, le roi dérangea le masque du guerrier et reconnut aussitôt son jardinier, son troisième gendre.

Il comprend alors que c'est un prince déguisé, plus grand seigneur que ceux mariés à ses filles aînées.

Le. prince alors lui raconte son histoire.

Le roi en rentrant en ville, le loge dans son propre palais, y fait venir sa troisième fille et la nomme maîtresse de tout le pays et son mari devient le vizir du roi.

Le nouveau vizir construisit une écurie splendide pour son cheval et il vécut heureux entre son beau-père, sa femme et son merveilleux coursier .

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