XVII
SOUHEIM-EL-LEYL"
L y avait une fois un chasseur marié à une Arai femme qui n'avait jamais conçu. Il était très marri de ce qu'il n'avait pas d’héritiers.
Un jour il demanda à Allah le Tout-Puissant et le Très-Haut, un fils ou une fille, quitte à mourir après l'avoir vu. Dieu exauça sa prière et sa femme devint aussitôt enceinte. Lorsqu'elle fut près d’accoucher, elle se souvint alors que son mari, le chasseur, mourrait aussitôt qu'il aurait vu le nouveau-né. Elle craignit pour la vie de son bon mari et alla accoucher d’un fils dans un souterrain qu'ils
1. Petite flèche de la nuit qui, lancée dans l’obscurité, frappe et blesse à tort et à travers. Ne serait-ce pas la flèche que dans la mythologie grecque on faisait lancer par l'Amour ?
avaient sous leur maison; elle cacha ainsi aux yeux de son mari son cher petit qu'elle appela Souheim-el-Leyl.
Quand elle savait que son fils avait faim, elle trouvait un prétexte auprès de son mari pour aller l’allaiter.
Or, un jour son mari lui dit : (O ma chère femme, dis-moi donc, je t'en prie, comment il a pu se faire, que tu ne sois pas accouchée ? » Elle lui répondit résolument : « Hélas! j'ai fait une fausse coùche! — Allah nous l'a donné, conclut le mari, Allah nous l’a repris; si nous devions en jouir, il aurait vécu. Le créateur du jour et de la nuit nous le remplacera. » |
Bref, Souheim-el-Leyl continua à grandir de jour en jour jusqu'à ce qu'il commença à pouvoir courir librement. Il devint d’une beauté rare.
Un jour, pendant l'absence du mari, la femme alla rendre visite aux voisines. Le père de Souheim-el-Leyl ne tarda pas à rentrer, 1l trouva l'enfant qui jouait tout seul dans la maison. À sa vue, il sentit son cœur battre fort dans sa poitrine et comprit aussi-
tôt que celui qu'il avait sous les yeux n'était autre que son fils et que sa femme le lui avait caché ! Il couvrit ses joues de tendres baisers patéernels et rendit l'âme à ses côtés.
L'enfant continua à s'amuser autour du corps de son père. Lorsque la mère rentra et qu'elle trouva son mari étendu sur le sol, elle se mit à crier de toutes ses forces. Les. voisins s’assemblèrent, consolèrent la pauvre veuve et procédèrent aux funérailles du mort.
Dans la suite, la mère de Souheim-el-Leyl devint pauvre. Son fils lui dit un jour :
« Mère, est-ce que mon père n'avait aucun métier ? » Elle lui répondit qu'il était chasseur. [1 demanda alors où étaient ses instruments. Elle lui répondit qu'il ne restait plus qu'un bout de filet qui étaïît jeté sur la terrasse. Il voulut le raccommoder, puis il dit à sa mère : J'irai, Ô ma mère, où le sort me mènera, et avec l’aide de Dieu je tâcherai de t'apporter quéique chose. » |
Sa première chasse fut assez heureuse, il prit deux oies et un petit oiseau, Il en fut tout joyeux et se dirigeait vers chez lui quand une bande de voleurs l'arrêta. Le cheïkh le
pria fort poliment de lui remettre les deux oies et l’oiseau. Le garçon répondit hardiment qu'il ne donnerait sa première chasse à personne. Bref, le cheikh les lui enleva de force, tout en le raillant.
Souheim-el-Leyl se jura alors de se venger.
Le cheikh des voleurs appela un de ses serviteurs et lui dit : & Porte ceci à la maison et dis à la cuisinière de les bien cuire; puis, lorsque quelqu'un ira chez moi et touchera le petit doigt de l’esclave, qu'elle le charge du plateau qui sera déjà prêt. »
Souheim-el-Leyl, qui s'était caché non loin de là, avait tout entendu. Il attendit quelque temps, puis alla chez le chef des bandits; pinça le petit doigt de l’esclave et s’en retourna chargé du plateau. Il rentra et fit un petit festin avec sa mère en remerciant le Très-Haut.
Avant de quitter la maison du voleur, il eut soin d'écrire sur un morceau de papier :
(Nul ne vous a joué ce tour, si ce n’est Souheim-el-Leyl, le maître des deux oies et de l'oiseau. »
Telle a été sa première prouesse. La seconde advint bientôt :
Le cheikh des voleurs s’aperçut du fait, il chercha le coupable, mais en vain, il ne put même pas savoir quel chemin 1l avait pris.
Souheim-el-Leyl dit à sa mère : ( O ma mère, proèurez-moi, je vous en prie, un habara*, un seble?, et un bourkou*, c'est-à-dire tout ce qu'il me faut pour me déguiser en femme, car je vais ce soir en travesti à la noce d'un de mes amis. »
Elle lui procura le costume complet, il s'en affubla, s’arrangea très élégamment, se maquilla la figure, se teignit lescils etles sourcils et se transforma en un mot en une fille de grande beauté.
[Il sortit avec la bonne intention de se rendre au camp même des voleurs. Il y arriva enfin.
Après s'être longtemps amusé avec eux, il leur dit : &« O braves, je vais à telle ville, puisje y parvenir ce soir ? »