‹ Contes populaires inédits de la vallée du NilChapitre 32 sur 39 · LA BONNE OUM-ALY · texte numérisé non relu

LA BONNE OUM-ALY

N homme qui s'appelait Abou-Aly, avait

une femme dont le nom était Oum- Aly ; il avait trois enfants et était d'une pauvreté extrême. La nourriture de toute la famille ne se composait que de pain et de radis.

Sa femme, Oum-Aly eut un jour envie de lentilles, elle en fit la demande à son mari qui lui promit de lui en apporter.

Dès qu'il sortit, elle prépara le feu et emprunta à ses voisines tous les ustensiles de cuisine nécessaires pour faire cuire les lentilles : une casserole, une tasse pour les faire sauter au beurre, une louche et une passoire.

Au coucher du soleil son mari rentra; ïil rapportait comme tous les jours le pain et les radis, mais il n’apportait point les lentilles demandées.

Lorsque sa femme, Oum-Aly, lui en demanda la raison, il lui répondit : « Après avoir müûrement réfléchi, j'ai trouvé que le mieux serait de t'acheter une chemise pour remplacer celle que tu portes et qui est en lambeaux. ».

Elle s'en réjouit, et toute satisfaite elle approuva l'avis de son mari.

Le lendemain matin Oum-Aly rendit à ses voisins tout ce qu’elle s'était fait prêter la veille.

Elle déchira sa chemise et en jeta, sur la terrasse de chaque maison voisine, un petit morceau en disant que son mari allait lui en rapporter une neuve.

Lorsqu'il revint, ne rapportant, comme d'habitude, que du pain et des radis, elle lui demanda sa chemise. Il lui répondit qu'il avait encore bien réfléchi et qu'il trouvait préférable de lui acheter avec cet argent une belle paire de boucles d'oreilles pour parer ses oreilles.

La joie de la femme n’en fut que plus grande. Dès que le jour parut, elle ramassa toutes les pièces de sa chemise et les recousit

pour avoir de nouveau sa chemise, puis elle communiqua à tout son voisinage le superbe projet de son bon mari. Elle se dépêcha ensuite de percer ses oreilles ; mais elle se servit d’un clou et elle eut une inflammation aux deux oreilles.

Au coucher du soleil, son mari revint comme toujours avec le pain et les radis habituels. R

Lorsque sa femme, Oum-Aly, lui demanda ce qu'il en était de ses promesses, il lui répondit que le plus utile serait une maison où elle pourrait loger à l'aise avec ses enfants. Après 1l lui achèterait les boucles d'oreilles. Elle fut très heureuse de cette nouvelle pensée et la raconta à ses voisines.

Lorsque Abou-Aly, son mari, s’en fut allé à ses occupations, un courtier passa sous les fenêtres de Oum-Aly en criant qu'il avait une belle maison à louer.

Elle crut que c'était son mari qui le lui-envoyait.

Elle demanda au courtier de la conduire à cette maison. Elle prit ses enfants avec elle et s'en alla, après avoir indignement insulté

tous ses voisins et voisines, en se basant sur le proverbe arabe qui dit : Si tu dois quitter le lieu où tu vis, ne crains point de te conduire mal avec ceux qui y sont.

Dès qu'elle visita la maison, elle lui plut et lui convint beaucoup. C'était un petit palais au milieu d’autres, appartenant tous à des gens nobles et fort considérés.

Lorsque le courtier lui dit que le prix était de 60 bourses. elle s’entendit avec lui et il fut convenu qu'il sérait payé dix jours après ; en attendant elle prit consignation de la maiïson et s’yinstalla avec ses trois enfants.

Elle y trouva deux paires de sabots, un balai et une grande époussette pour les murs. |

Elle se chaussa d'une des paires de sabots et sa fille chaussa l'autre paire, et elle commença à balayer la maison.

Tous les voisins pensèrent qu'elle était une grande dame de la haute noblesse. Une des dames du quartier supposa qu'étant occupée à nettoyer la maisonelle n'aurait pas le temps de préparer le dîner, elle prépara une table bien garnie et un plateau fort copieux qu’elle

envoya à la nouvelle venue avec son domestique le plus fidèle.

Lorsque le serviteur frappa à la porte, la fille de Oum-Aly alla lui ouvrir. Il lui dit que sa maîtresse envoyait ce plateau à la damede la maison, en la priant de l’accepter. La jeune fille prit alors le plateau en priant le domestique de repasser le lendemain pour le prendre.

La fille de Oum-Aly s’amusa alors à apprêter la table et ensuite elle la plaça devant sa mère qui, après l'avoir minutieusementexaminée, constata que c'était une table on ne peut plus complète. I] y avait même une assiette pleine d'olives.

Telle est l'aventure de Oum-Aly. Quant à son mari, lorsqu'il retourna comme d’habitude chez lui il n’y trouva personne. On lui dit que sa femme était partie avec le courtier, à la nouvelle maison. Il se fit alors accompagner par un enfant de leur quartier et alla rejoindre sa famille, tout tremblant de la crainte d’avoir été le jouet d’une farce.

Il arriva enfin, et trouvant Oum-Aly dans cette somptueuse maison, il lui demanda des

explications. Elle répondit simplement: « Mais, c'est toi qui m'as envoyé le courtier. »

[Il nia énergiquement et lui dit : « Comment peut-on acheter une maison pareille quand on n'a pas le sou ! Si je t'ai dit que je t’en acheëterais une, c'était tout bonnement pour te faire rester tranquille et par simple plaisanterie.

— Bon ! lui dit sa femme, calme-toi, quand les dix jours seront passés Dieu nous viendra en aide et tout finira pour le mieux. »

Elle ajouta que les voisins, gens honorables, leur avaient envoyé une table superbe, qu'elle apporta et qu'elle mit entre eux deux.

[ls soupèrent avec grand appétit et laissèrent les olives pour leur déjeuner.

Le lendemain matin Oum-Aly alla chercher les olives, elle ne les trouva point, mais s'aperçut avec une joie indicible que l'assiette était remplie d’or. Elle courut alors à son mari et lui dit : « Sois en paix, tiens, regarde, Dieu nous est venu en aide, car celui qui sait supporter avec patience ses maux en est bientôt guéri. »

Lorsque le serviteur des voisins revint cher-

cher le plateau, Oum-Aly mit dans chaque assiette une pièce d'or etelle en donna deux au domestique qui, plein de joie et de contentement, remporta la table chez sa maîtresse.

Lorsque les esclaves levèrent les couvercles des assiettes du plateau, elles trouvèrent dans chaque assiette une pièce d’or; elles se réjouirent et dirent à leur maîtresse : (« Nous n’avons pas pris assez de peine pour servir la nouvelle voisine, car elle est de la plus grande noblesse ; elle a mis dans chaque assiette une pièce d’or et en a donné deux à notre serviteur. »

Leur maîtresse ordonna alors de préparer un autre plateau et recommanda qu'il fût encore plus soigné que le premier. Les esclaves préparèrent un superbe plateau et y mirent deux assiettes de chaque mets avec deux raviers d'olives. Leur serviteur le porta chez Oum-Aly qui l’accepta comme la veille, en mangea le contenu avec son mari et garda les deux raviers d'olives pour le déjeuner du lendemain.

Oum-Aly était fort curieuse, elle voulait savoir quel était l’auteur de l’heureuse substitution des olives par de l'or. Elle passa à cet

effet une partie de la nuit éveillée. Vers minuit, le mur se fendit en deux, un individu en sortit, prit les olives qu’il remplaça par de l'or, puis partit. Oum-Aly le suivit. Il entra dans un magnifique palais et s’assit près d’un grand jet d’eau. Oum-Aly en fit autant et s’assit de façon à voir sans être vue.

L'homme retroussa la manche de son habit, prit une rose blanche et la jeta délicatement dans l’eau de la fontaine.

Il en sortit une reine resplendissante de beauté. Elle demanda les olives, l'homme les lui présenta, elle les prit, les mangea toutes, flirta quelque temps avec l'individu, puis elle lui donna une dragée qu'il mangea, aussitôt après il s’endormit.

La femme le quitta alors et se dirigea vers la cuisine. Oum-Aly la suivit. La reine apprêta un joli plateau qu’elle emporta avec elle et alla à une ruine voisine.

Un esclave noir l’appela de l’intérieur de la porte et lui dit qu'il ne lui ouvrirait pas parce qu'elle avait trop tardé. Ce n’est que lorsqu'elle l'eût prié et supplié qu'il accéda à sa prière et lui ouvrit.

Oum-Aly la suivait toujours.

Le nègre lui demanda pourquoi elle avait tant tardé. Elle répondit que cela n'avait pas été de sa faute, et tout en s’excusant elle dit qu’elle avait dû attendre que l’autre s’endormit.

ls mangèrent ensuite copieusement et commencèrent à s'amuser de leur mieux et puis elle le quitta et sortit.

Oum-Aly sortit aussi et se mit à ses trousses ; dès que la porte se referma, indignée dans son honnêteté de ce qu'elle venait de voir, elle jeta à la reine une grosse pierre sur la tête, ets’en alla chez elle aussi vité qu’elle lé put.

La reine se mit à crier parce que la pierre jui avait fait grand mal, l'individu qu’elle avait endormi s’éveilla aussitôt et s’empressant ‘autour d'elle, lui demanda ce qu'elle avait. Elle le lui dit.

I lui promit de la venger et se mit sur le champ à la recherche de l’auteur de cette audacieuse action.

Il prit à cet effet un baudet qu'il chargea d’étoffes et de toiles, puis s’en alla dans les rues en criant qu’il donnerait gratis de l’étoffe à quiconque lui raconterait un conte.

Toutes les femmes lui contèrent de petites histoires qui ne lui plurent pas trop; il donna néanmoins quelque chose à chaque conteuse.

Enfin, il arriva à Oum-Aly qui lui raconta la dernière nouvelle qu'elle connaissait, d'un bout à l'autre, en commençant par la substitution des olives jusqu’à la pierre lancée à la reine.

Le malheureux lui dit que c'était lui qui avait été si indignement trompé par la reine et qu'il voulait se rendre compte par lui-même de la réalité du fait. Il ajouta que si les paroles de Oum-Aly étaient des calomnies, il s’en vengerait en la tuant.

A minuit l'infortuné époux vint trouver Oum-Aly et lui dit de l'accompagner, puis il lui donna un breuvage, en lui disant : « Si la reine m'endort comme hier, tu me donneras à boire de cette eau, je me réveillerai aussitôt et reprendrai mes sens. » Puis ils se dirigèrent tous deux vers la fontaine.

La reine parut, elle flirta comme la veille, lui donna une dragée, il s’endormit et elle s’en alla.

- Oum-Aly abreuva l'homme de cette eau

enchantée; il retrouva ses sens et suivit avec Oum-Aly les traces de la reine jusque chez le moprc IPN et Que PR on neue Le Sa colère fut si forte qu’il tua la reine et le nègre sur le coup.

Puis il raconta à Oum-Aly son histoire :

« Cette fille, lui dit-il, qui n'était pas digne de vivre sur la surface de la terre, était, hélas! fille d’un puissant monarque. Je m'en épris follement; pendant sept ans, je souffris en silence, j'arrivai enfin à l'enlever, et jaloux de ma conquête je l’amenai ici pour la cacher à tous les yeux, croyant qu'il n’y avait ici ni hommes, ni esprits sataniques. Il y a quinze ans que je mène cette vie délicieuse, et tout cela n’a pas empêché cette malheureuse créature de me tromper si ignominieusement et, ce qui plus est, elle a su en garder le secret.

» Maintenant je vais partir et aller trouver ma famille que je n'ai pas vue depuis quinze ans. Prenez, Madame, tous les trésors qui sont ici et que Dieu vous rende éternellement

heureuse ! »

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