Bateau de voyage sur le Nil
en amenant des chanteuses et des danseuses renommées.
Elle fit amarrer sa dahabieh assez près de celle du prince, son mari.
Il remarqua tout ce luxe et en fut frappé à tel point qu'il envoya un de ses eunuques demander à la maîtresse de la dahabieh si elle voulait bien permettre au fils du Sultan d’aller lui tenir compagnie.
L'eunuque obéit et reçut l'autorisation qu'il demandait pour son maître qui ne pouvait en croire ses yeux, tellement l'aventure lui plaisait. Enfin, il se rendit sur cette fameuse dahabieh et, transporté de joie, il conversa avec la fille du menuisier. Ils goûtaient tous deux un plaisir indicible à s'aimer.
Ils continuèrent ainsi bien avant dans la nuit. En se séparant elle demanda au prince comment s'appelait le village où ils se trouvaient. Il lui dit qu’il s'appelait Haroun.
Sachant qu'elle avait conçu, elle ne voulut pas oublier ce nom pour le donner à son premier-né.
La noce terminée, chacun se retira de son côté. Le fils du Sultan rentra plus amoureux
que jamais, ne sachant quoi penser de cette délicieuse aventure.
Neuf mois plus tard elle accoucha d'un garçon, qu'elle nomma Haroun, sans que le prince se doutÂt de rien. |
La seconde année, le prince retourna en dahabieh et sa femme le suivit comme elle l'avait fait un an avant. |
Tout — sans exception — ce qui s'était passé la première fois, se renouvela encore et, une fois les voluptueux moments écoulés, elle lui demanda le nom de l'endroit où ils se trouvaient ; il lui répondit : Karoun.
Chacun se retira de son côté et neuf mois plus tard elle accouchait d'un second garçon qu'elle nommait Karoun.
La troisième année tout se renouvela de même.
Elle lui demanda le nom du village qu'ils avaient devant eux, il lui dit : Jekh-el-nour, (source de lumière).
Neuf mois après ces délicieux moments, elle accoucha d’une fille qu’elle nomma Fekh-el- Nour.
Quelque temps après, elle apprit que le
prince partait pour une des villes voisines, elle sortit alors en hâte et se rendit chez un: marchand d’esclaves en lui disant de l’amener dans la ville où se rendait le fils du sultan et de tâcher de la vendre au prince. Ils furent si prompts dans l'exécution de leur projet qu'ils arrivèrent dans la ville avant le prince et se mirent sur la voie qu'il devait suivre:
Celui-ci ne tarda pas à venir et l’acheta une seconde fois; elle fut envoyée au palais comme la première fois.
Bientôt le prince rentra dans sa ville qu'il avait quittée pour quelque temps. La première nuit 1l la passa dans ses appartements, tout seul; le lendemain matin il alla trouver sa femme et lui posa les mêmes questions qu'il lui avait posées le lendemain de leur mariage : ( Que faut-il pour que la mariée soit considérée comme pure, etc. »; 1l en eut les mêmes réponses et la quitta, croyant l’avoir encore humiliée et mortifiée.
Quelque temps après il voulut se remarier et prendre une nouvelle femme : au moment des réjouissances générales, les trois enfants descendirent dans les cuisines pour déranger
les domestiques, et ils leur disaient : € Nous sommes les fils du prince, votre maître. » Les serviteurs, tout étonnés, allèrent communiquer la chose à leur maître qui, les ayant aperçus pendant qu'ils se sauvaient chez leur mère, pensait : ( Si j'avais d'aussi beaux enfants je ne me remarierais jamais. )
Il se mit à les attendre dans un corridor et bientôt ils apparurent de nouveau : ( De qui êtes-vous fils ? leur dit-il.
— Nous sommes tes enfants, » répondirentils en se sauvant vers leur mère: le père les suivit et arriva en face de sa femme : « D'où sortent ces enfants », lui dit-1l sèchement.
Elle répondit : « Ce sont tes fils; as-tu oublié nos délices en dahabieh, quand nous étions ensemble ? J'ai eu de toi ces enfants et leur ai donné les noms des villages où nous nous arrêtions. )
Le prince en fut très heureux et reconnut la supériorité de sa femme. On changea les réjouissances de la noce en celles de la triple circoncision des enfants.
Depuis ils vécurent dans le bonheur et la prospérité jusqu’à leur dernière heure.
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