‹ Contes populaires inédits de la vallée du NilChapitre 37 sur 39 · Pièce d'argent · texte numérisé non relu

Pièce d'argent

filles qui disait à son père : « J'espère que le roi me prendra pour épouse, et alors je lui étalerai de la soie d'ici jusqu'à son palais, tout le long du chemin. »

La seconde disait : Et moi, s’il m'épouse, je. lui ferai un gâteau assez grand pour qu'il puisse suffire à lui et à tout son monde.

— Quant à moi, dit la plus jeune, si j'avais cet honneur, je lui ferais un garçon et une fille en une seule couche. La chevelure du garçon serait moitié en argent, moitié en or, et dès qu'il pleurerait, le ciel deviendrait sombre, la pluie tomberait et il ferait froid même si on était en plein été; au contraire, s’il riait il ferait un temps splendide, même en plein hiver. »

Après avoir tout entendu le roi dit à son vizir de le conseiller ; celui-ci lui répondit que Dieu seul pouvait lui donner un conseil. Alors le roi lui demanda s’il connaissait ces filles et apprit ainsi qu'elles étaient filles d’un marchand de fèves. Sur ce ils rentrèrent tous deux et quand la nuit fut venue, et même presque passée, le roi donna ordre à deux de ses hommes d'aller et de Îui amener le mar-

chand de fèves. Quand celui-ci arriva, il se prosterna à deux reprises aux pieds du souverain en baisant la terre. Le roi lui dit alors : & Je désirerais devenir ton beau-fils. »

Le marchand de fèves lui répondit : « O sire, trouvez-vous qu'il convient à vos pareils de s’allier à mes semblables ?

— Mes désirs sont des ordres, répliqua le rot, et si tu ne me donnes pas la main de ta fille aînée tu es un homme perdu. »

Le marchand dut se soumettre à la volonté royale et le contrat de mariage fut dressé devant le kadi, puis, après avoir promené en grande pompe la jeune mariée par toute la ville, on l’amena au palais du roi.

Dans la soirée, le roi entra dans la chambre nuptiale et passa fort gaîment toute la nuit avec sa jeune et belle femme.

Le lendemain matin en se réveillant, il lui dit : & Ne vas-tu pas tenir ta promesse, c'est-àdire, ne vas-tu pas m'étendre de la soie depuis la maison de ton père jusqu’à mon palais ?)

Elle lui répondit : &« La parole dite la nuit est toute empreinte de beurre frais, lorsque le jour paraît là-dessus elle se fond. »

Le roi en fut très froissé et ordonna de la mettre avec les autres esclaves pour servir comme elles.

Le lendemain il épousa la deuxième fille du marchand de fèves. Il passa, comme avec la première, toute la nuit avec elle, et au matin il lui demanda sa promesse et obtint la même réponse que celle de l’aînée. Elle eut aussi le même sort.

Le troisième jour, il épousa la plus jeune des trois sœurs. Après toute une nuit de délices, il dit à sa femme : « Où sont les deux enfants que tu as promis ? »

Elle lui répondit : « Pardon, ô mon roi, mais nous ne sommes ensemble ni depuis un mois, ni depuis deux, pour que tu me poses cette question.

» Attends que les neuf mois de grossesse s'écoulent et tu verras si j'ai menti. »

Le roi se tut.

Les neuf mois presque écoulés et le moment des couches étant tout près, les deux sœurs en disgrâce en devinrent jalouses et se mirent à forger leur imagination pour trouver un moyen quelconque pour perdre leur sœur

auprès du roi. Voici ce qu'elles décidèrent : elles mandèrent la sage-femme, lui donnèrent quarante dinares' et lui dirent : « Lorsque notre sœur accouchera, tu lui enlèveras les enfants et les remplaceras par ce chien et cette chienne. »

La méchante sage-femme rentra, toute satisfaite du marché, avec les deux chiens.

Dans la nuit on vint la réveiller et lui dire que la reine s’accouchait. Elle se leva, s’habilla, prit les deux chiens et alla au palais. La reine accoucha assez heureusement, et l'infâme sagefemme se retira après avoir emporté deux petits jumeaux : un garçon et une fille, et les avoir remplacés par un petit chien et une petite chienne.

Quand la reine reprit ses sens, elle voulut voir ses enfants mais ne vit, hélas ! que deux chiens. Elle en fut navrée, mais dit cependant: « Tout ce que Dieu fait est bien fait. »

Elle les mit dans des langes en soie et leur fit préparer un superbe berceau.

A la tombée du jour, le roi rentra au palais,

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