‹ Contes populaires inédits de la vallée du NilChapitre 6 sur 39 · Une heure et demie après le coucher du soleil · texte numérisé non relu

Une heure et demie après le coucher du soleil

» Vers minuit lé maître frappa à la porte.

» — Qui va là ? demanda le faux portier.

» æ Moi ! répondit mon mari.

» = C'est bon; avez-vous le mot d'ordre ?

» — C'est juste ! dit mon mari; puis après un moment de silence : peste soit du mot d'ordre et de toi; je l'ai oublié, le mot d'ordre! ouvre !

©» æ Passez votre cheïnin, répondit Île portier tranquillement, et il vint me retrouver.

» Nous le reègardions par la fenêtre; äül paraissait fort en colère, mais fort empéché, ne sachant à qui s'en prendre.

» En ce moment, un passant attardé vint à traverser la rue; mon mari l’arrêtant :

» — Hé, l'ami ? lui dit-il, en mauvais arabe et comme s'il lui cherchait querelle, comment homtimez-vous cètte chose qui se mange, qui n'est ni du riz, ni de la farine !... on en fait une soupe !...

» L'homme interpellé si brusquemént ne savait que répondre : maïs... mais... de la farine. du riz. balbutiat-il. — puis croyant avoir affaire à un fou ou à un malfaiteur, il prit ses jambes à son cou et se mit

à courir comme un dératé, sans regarder derrière lui, malgré les imprécations et les appels de mon mari.

» Celui-ci surexcité par la fureur, mais impuissant contre la solidité de la porte et l’entêtement du portier, craignant d’ailleurs de causer du scandale en faisant du bruit, attendit bon gré mal gré jusqu’au petit jour. Enfin, à ce moment un marchand de kischke vint à passer.

» Comment nommes-tu ce que tu vends ?

lui demanda mon mari.

» — Kischhke ! répondit le marchand effrayé.

» — Kischke! kischlels'écria mon mari, en frappant à coups redoublés sur la porte.

» Le faux portier ouvrit sur le moment.

» — Monseigneur rentre bien tard, lui ditil, après lui avoir souhaité le bonjour selon son rang; il serait prudent, une autre fois, de vous faire accompagner par un de vos esclaves et d’une lanterne.

» Quoique mon mari écumât de rage, voyant la tranquillité du portier, il ne lui parla pas et monta droit dans ma chambre.

Éte) LES FOLK-LORES EN ÉGYPTE

» [1 me trouva réveillée, assise à causer avec ma sœur de lait. Dès que je le vis paraître, je me levai et me mis en devoir de le servir et de le déshabiller. Je lui racontai, pendant ce temps, que toute la nuit, des voleurs, sans doute... si ce n'est des assassins... en tous cas, des bandes de vauriens avaient essayé de tromper la vigilance de son nouveau portier, mais que celuici avait fait son devoir! Je lui contai ensuite toutes les précautions qu'il avait prises contre les accidents, tels que : vol à l’intérieur de la maison, incendie, etc. Je fus si aimable, je fis tant et si bien, qu'il se dérida, sa colère se calma, il convint même qu'il avait un portier excellent |...

» Quant à moi je ne me reconnaissais plus, tellement ma frayeur m'avait enlevé. le sentiment de la peur que j'éprouvais naguère à la seule vue de mon mari!

» Il eut la bonté de me dire qu'il me trouvait fort à son goût et de m'en donner des.

preuves. certaines !

» Tout avait si bien réussi que notre bonheur nous paraissait devoir durer long-

temps! Mais pense-t-on, quand on est heureux, que tout a une fin dans ce monde fini »..

» Les esclaves et la domesticité, jaloux de l’ascendant que prenait mon amant sur leur maître, finirent par découvrir notre intrigue amoureuse, et vendirent notre secret au maître; celui-ci nous surprit!... tua mon amant !... Et partit pour faire la guerre aux mécréants ! )

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