‹ Contes populaires malgachesChapitre 55 sur 114 · Voir la note i, p · texte numérisé non relu

Voir la note i, p

2. Instrument de musique fait avec un gros bambou, dont l’écorce soulevée, partagée et placée sur des chevalets, forme les cordes qu’on touche comme celles de la gu'itare. Cf. Dictionnaire malgache-français, p. 748.

3. Il est d’usage d’offrir une piastre ou même un morceau d’argent de valeur inférieure aux personnes amies qui viennent de perdre un de leurs parents.

IOO

C'est moi qui suis cet enfant-là !

Je suis Ratananomby ;

Toujours vivant bien qu'on ait voulu Me faire périr.

Le père et la mère, étonnés de ces paroles, demandèrent : « Tu es vraiment Ratananomby, notre enfant; car 'tu nous ressembles? » — « Je vous l’affirme, répondit le jeune homme. » Et son père et sa mère se prosternèrent à ses pieds. Puis, l’esclave qui avait jeté dans l’étang Ratananomby enfant, après lui avoir fait une marque, ajouta : « Enlève ton chapeau, maître. » Le jeune homme obéit et montra, en se découvrant, une cicatrice à son oreille. C’était la marque que lui avait faite l’esclave. Celui-ci alla donner aux parents l’assurance formelle que ce jeune homme était leur enfant.

Le père et la mère joyeux, déchirèrent leurs vêtements de deuil, en revêtirent de neufs et firent tuer des bœufs, des moutons et des porcs pour fêter le retour de leur fils. La musique et le tambour annonçaient les réjouissances dans le village. Le frère aîné, père deRatongotromby, entendant ce bruit, demanda ce qui se passait chez son cadet : le fils de ton frère, lui répondit-on, qu’on avait jeté dans un étang, est encore vivant et vient d’arriver chez son père : « Mon frère m’a trompé, dit l’aîné, en m’affirmant que son fils avait été noyé. Il l’a au contraire remis

LES DEUX FRERES

IOI

à un de ses serviteurs pour l’élever en secret et il veut, maintenant faire croire qu’on l’a I retrouvé par hasard. Je ne puis pas accepter cela ; d’après notre contrat, nos enfants mâles devaient être tués; il faut donc que celui-ci meure. » Et il se dirigea vers la case de son I frère. Au même moment, Ratananomby disait à ses parents : « Laissez-moi partir, parce que mon oncle va être fâché de me retrouver vivant. » — « Nous te préférons à lui, répondirent le père et la mère; reste. » L’aîné arriva sur ces entrefaites. « Pourquoi n’as-tu pas exécuté l’engagement que nous avions pris ensemble, dit-il. » — « Père, dit Ratananomby, si mon oncle ne désire ma mort que pour hériter de i tes biens, abandonne-les lui. Je suis riche, si riche qu’il me serait impossible de dépenser toute ma fortune. » L’aîné essaya alors de tuer Ratananomby. Celui-ci ne se défendit d’abord pas; puis il répondit à l’attaque de son oncle par un seul coup qui l’étendit raide mort. L’aîné fut enterré en grande pompe aux frais de son neveu.

De là, le proverbe suivant : Chacun reçoit la récompense ou la punition de ses actes.

Page 1