‹ Contes populaires malgachesChapitre 56 sur 114 · LES SEPT FRÈRES QUI VEULENT ÉPOUSER · texte numérisé non relu

LES SEPT FRÈRES QUI VEULENT ÉPOUSER

RAMITOVIAMANDRENINY1

(Imcrina)

Il y avait, dit-on, dans un village, sept frères de la même mère qui étaient rivaux l’un de l’autre. Ils apprirent, un jour, qu’il y avait une femme du nom de Ramitoviamandreniny 2 qui était fort recherchée, mais que personne n’avait encore pu épouser.

Les sept frères partirent à sa recherche avec l’intention de la prendre pour femme. En sortant de sa case, l’aîné rencontra une mouche

1. Le texte de ce conte m'a été dicté par un Hova de Tana* narive.

2. Ra, particule ; mitovy, semblable; amandreniny, à six mère.

LES SEPT FRÈRES

j qui lui dit : '« Où vas-tu, l’aîné? » ■ — « Je vais prendre Ramitoviamandreniny pour femme, répondit-il. » — « Donne-moi un peu de miel, reprit la mouche, et je t’indiquerai un moyen pour arriver à ton but. » — « Que sais-tu, mouche, reprit l’homme, si ce n’est te vautrer sur les ordures. » Et il s’en alla. Il rencontra ensuite une guêpe qui lui dit : « Donne-moi du miel, et je te dirai comment tu pourras épouser Ramitoviamandreniny. » — « Guêpe, répondit l’homme, tu ne sais rien autre que te reposer | sur des choses malpropres. » Et il continua son chemin. Ensuite une alouette lui demanda où il allait : « Je vais épouser Ramitoviamandreniny, répondit l’aîné. » — « Jette-moi un peu de riz blanc *, reprit-elle, et je t’indiquerai le moyen de l’obtenir. » — « Tu n’as pas honte, répondit l’homme, toi, si petite, de m’offrir ton appui. » Et il poursuivit sa route. « Où vas-tu, lui demanda un porc qu’il rencontra? » — «Je vais prendre pour femme Ramitoviamandreniny, répondit-il. » — « Donne-moi des patates, du manioc et du son, reprit le porc, et je t’indiquerai le moyen de l’obtenir. » — « Qu’as-tu à me conseiller, toi qui passes ton temps à fouiller les ordures avec ton groin. » Et il continua sa route. Apercevant une mare d’eau, l’homme

i. Riz décortiqué.

alla se baigner. Un grèbe qui se tenait sur Peau lui dit : « Où vas-tu? » ^ « Je vais prendre pour femme Ramitoviamandreniny. » — « Donne-moi du riz blanc, reprit le grèbe, je te la ferai épouser. » — « Quel conseil as-tu à me donner, toi qui ne sais que t’amuser dans Peau. » Et il continua son chemin. Il arriva enfin auprès de Ramitoviamandreniny. Celle-ci ressemblait tellement à sa mère qu’on ne pouvait deviner laquelle des deux était la mère ou l’enfant. L’aîné dit au père et à la mère de la jeune fille : « Parvenez à la vieillesse, seigneurs ; et soyez exempts de maladies. Je suis venu pour chercher Ramitoviamandreniny et la prendre pour femme. » — « Je le sais, répondit le père; mais tu ne pourras pas arriver à l’épouser. » — « Pourquoi, reprit l’homme? » — « Allons ensemble dans les champs, dit le père. Je vais jeter du riz blanc; et si tu peux compter les grains sans te tromper, je te donnerai la main de ma fille. » Le père jeta le riz à la volée et retourna chez lui. L’aîné ne put pas arriver au bout de sa tâche. Il revint vers le père de Ramitoviamandreniny et avoua qu’il avait échoué : « Si tu peux reconnaître, lui dit de nouveau le père, la première vache de mon troupeau qui a vêlé, tu épouseras mon enfant. » L’aîné regarda les vaches mais ne put désigner la première mère : « Tu vois mes rizières, dit

LES SEPT FRÈRES

io5

ensuite le père; si tu peux les labourer, tu épouseras ma fille. » L’aîné commença à labourer les rizières, mais il ne put terminer le travail qu’on lui avait donné à faire ; et il retourna l’avouer au chef de famille : « Je vais jeter une perle, dit encore celui-ci, dans une mare; si tu la rapportes, tu épouseras ma fille. » L’aîné ne put pas la retrouver. « Voici maintenant la dernière chose que je te demande de faire pour obtenir la main de ma fille : voici ma fille et sa mère, si tu devines laquelle des deux est Ramitoviamandreniny, tu pourras l’emmener avec toi et l’épouser. » L’aîné se trompa et prit la mère pour la fille. Découragé, il allait retourner chez lui, lorsque ses frères arrivèrent : « Hélas, leur dit-il, j’ai échoué. Vous serez bien adroits si vous réussissez. » Les autres frères firent successivement leur demande au père de Ramitoviamandreniny; ils furent soumis aux mêmes épreuves que l’aîné; mais aucun d’eux n’obtint la main de la jeune fille. Le plus jeune frère, Faralahy, ne s’était pas encore présenté. Il était parti de chez lui pour aller chercher Ramitoviamandreniny, lorsque, sur son chemin, il rencontra une mouche : « Où vas-tu, Faralahy, lui dit celle-ci? » — « Je vais me marier avec Ramitoviamandreniny. » (Faralahy plus avisé que ses frères, avait préparé pour son voyage du miel, du riz blanc, des patates, du manioc, du son, du

iob

riz etc.) — « Je te la ferai épouser, Faralahy, reprit la mouche, si tu me donnes un peu de miel. » Faralahy s’empressa de satisfaire cette demande; et la mouche, heureuse d’avoir obtenu du miel, ajouta : « Lorsque le père de celle que tu veux épouser te demandera de désigner laquelle des deux femmes est sa fille, appellemoi, je me poserai sur la joue de Ramitoviamandreniny pour te la désigner. » 7 — « Bien », répondit Faralahy, et il continua son chemin. Peu après, il rencontra une guêpe : « Où vas-tu, lui dit celle-ci? » — « Je vais, répondit-il à la recherche de Ramitoviamandreninypour l’épouser. » — « Donne-moi un peu de miel, reprit la guêpe, et je t’indiquerai un moyen pour arriver à tes fins. » Faralahy donna du miel. « Lorsque le père de Ramitoviamandreniny, ajouta la guêpe, te demandera de désigner la vache de son troupeau qui a vêlé la première, appellemoi et je te l’indiquerai en me posant sur sa tête. » — « Bien », dit Faralahy; et il continua son chemin. Puis il rencontra une alouette :

« Donne-moi du riz blanc, lui dit celle-ci, et je te ferai obtenir Ramitoviamandreniny pour femme. .» Faralahy donna du riz. L’alouette ajouta : « Lorsque le père de celle que tu veux épouser te demandera de ramasser du riz qu’il aura jeté à la volée dans un champ, appellemoi et j’irai te le ramasser moi-même. » —

LES SEPT FRERES

Page 1