LE DAUPHIN
(. Sainte-Marie de Madagascar )
Il y avait une fois un pêcheur qui aborda dans une île où il n’y avait que des femmes. Une vieille le fit entrer dans sa Case et le garda. Les autres eurent vent de la chose et vinrent trouver la vieille : « Un homme ne s’est-il pas réfugié chez vous, dirent-elles? » — « Non, répondit la vieille. » Le lendemain, même demande et même réponse. Le pêcheur qui entendait ces conversations, caché dans un coin de la case, avait peur qu’ort ne lui fît un mauvais parti s’il était découvert. Un matin qu’il se promenait sur le bord de la mer, il vit, dans un endroit écarté, un poisson énorme. C’était un Dauphin : « Sors-moi d’ici, dit le pêcheur au
i. Recueilli à mon pàssàgé à Sàintë-Marie de Madagascar en 1888.
poisson ; je n’y suis point en sûreté » — « Volontiers, répondit le Dauphin, mais va chercher de la nourriture pour la route. » L’homme prit du riz dans la case de la vieille, revint sur le rivage et partit avec le Dauphin. Celui-ci le déposa sur une île appelée Nosy-Borahy *. Ce nom lui vient probablement de celui du pêcheur qui s’appelait, dit-on, Borahy. Les descendants habitent encore cette île. Pour remercier le Dauphin d’avoir rendu un signalé service à leur premier ancêtre, ils ne lui font jamais la chasse, ne le tuent ni ne mangent sa chair 2.
1. En français Sainte-Marie de Madagascar. Petite ile française située sur la côte orientale de la Grande-Terre, dans le nord de Tamatave.
2. L’abbé Balmond, dans un ouvrage devenu introuvable (Vocabulaire et Grammaire pour les langues Malgaches, Sakalave et Betsimisara (sic). Ile Bourbon, 1842, in-8°, p. 117-1 19) donne le texte et traduction mot à mot d'une légende intitulée Burahe (sic). Elle contient un épisode que ne mentionne pas la nôtre. Du reste, la traduction interlinéaire de l’abbé Balmond, peu claire et quelquefois incorrecte, suffirait seule à justifier la reproduction de celle que je traduis ici : « Burahe alla pêcher la baleine. Il la vit et la piqua (avec son harpon). La baleine entraîna sa pirogue en pleine mer. Les piroguiers lui disaient : « Coupe la corde. » — « Non, répondit Burahe, ou retrouverons- 'îîous une autre baleine ? » Arrivés très loins les hommes virent une terre et coupèrent la corde. Quand ils abordèrent, ils s’aperçurent que ce pays n’était peuplé que de femmes. Tous les matelots moururent; Burahe seul leur